
Mustapha MACHAT
BONNE ET HEUREUSE ANNEE 2026
Beaucoup de santé, rien que la santé
Toute la quiétude, rien que la quiétude
UniversNews (EDITO) – Né à la fin des années cinquante… j’ai traversé plusieurs âges de l’écriture et de la transmission du savoir. Un voyage long de près de sept décennies, où chaque outil, chaque support, chaque mutation technologique a façonné non seulement ma manière d’écrire, mais aussi ma façon de penser le monde.
Au kotteb, tout commença par la planchette (اللوحة). Une écriture lente, exigeante, presque solennelle. Chaque lettre demandait un effort, chaque mot conquis était une victoire. L’apprentissage avait le goût de la discipline et la saveur du sacré.
À l’école primaire, l’encre entra dans nos vies. La bouteille plongée dans la محبرة au centre du pupitre, l’odeur métallique du liquide bleu, le grincement du stylo sur le papier, les doigts tachés à jamais… L’écriture nous apprenait la patience, la rigueur et le respect profond du mot écrit.
Au secondaire, survint la petite révolution du stylo à billes. Plus rapide, plus libre, plus fluide. L’écriture gagnait en vitesse, l’apprentissage en souplesse. Le rapport au savoir changeait de cadence, annonçant déjà un monde plus pressé.
Puis vint la faculté, à l’IPSI. Une étape décisive. La connaissance se méritait. Des heures interminables dans les bibliothèques, entre rayonnages silencieux, fiches cartonnées, revues jaunies et ouvrages rares qu’il fallait parfois attendre des jours. Chaque information se cherchait, se croisait, se vérifiait. Le savoir n’était pas à portée d’un clic : il se construisait dans l’effort et la persévérance. Je me souviens encore de notre professeur, feu Fraj Chaieb (paix à son âme), qui, dans son prestigieux cours « Théories de l’information », nous parlait déjà d’Internet. À l’époque, nous pensions qu’il était un peu déconnecté de la réalité. Quelques années plus tard, nous avons compris combien sa vision était en avance sur son temps !
En 1980, débuta mon parcours professionnel, comme journaliste à Dar Essabah. On écrivait encore sur le beafsteak (Les restes des bobines d’impression découpés en feuillets A4). Les salles de rédaction vibraient au rythme des machines à écrire, des corrections manuscrites et des délais serrés. L’information se fabriquait lentement, méthodiquement, avec responsabilité et conscience de son impact.
Puis vinrent le clavier et l’ordinateur. L’écran remplace la feuille, le traitement de texte facilite la correction, l’archivage devient numérique. L’écrit devient vivant, modifiable, partageable. Une nouvelle ère s’imposait, marquée par la vitesse et l’adaptabilité.
Ensuite survint un bouleversement majeur : Internet. L’accès instantané à l’information, la diffusion sans frontières, la transformation radicale du métier de journaliste. En quelques années, le monde de l’information changea de rythme, de codes et de responsabilités. Une révolution silencieuse, mais profonde.
Aujourd’hui, après près de sept décades, j’assiste à l’émergence de l’intelligence artificielle. Une IA qui comprend, analyse, suggère et crée. Elle n’est plus un simple outil : elle ouvre un nouveau monde, où les idées prennent forme en quelques secondes et où la créativité humaine trouve un partenaire inédit.
L’IA transforme notre rapport à l’information, à la communication et à la réflexion. Elle redéfinit le possible. Pour moi, elle représente le point culminant d’un voyage commencé avec une simple planchette et une plume trempée dans l’encre.
Comme le disait Arthur C. Clarke : «Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie ». Et Léonard de Vinci nous rappelait : « Apprends à voir».
Aujourd’hui, grâce à l’IA, nous voyons plus loin, plus vite — et peut-être, enfin, avec un regard plus lucide sur le monde.
De la planchette du kotteb à l’intelligence artificielle, ce témoignage retrace plus d’un demi-siècle d’évolution de l’écriture et de la transmission du savoir. À travers les mutations des outils – encre, stylo, machine à écrire, ordinateur, Internet puis IA – c’est tout notre rapport avec le temps, la connaissance et l’information qui s’est transformé. Un parcours personnel qui reflète une histoire collective, celle d’un monde passé de la lenteur réfléchie à la vitesse intelligente.



