
UniversNews – Jeribi appelle à renforcer les capacités techniques du Conseil de la concurrence, consolider son rôle consultatif et ses prérogatives.
Le Conseil de la Concurrence tunisien était à l’origine de la création d’une structure homologue en Egypte.
En Tunisie, le passage de l’économie dirigée à une économie de marché n’a pas été une simple décision politique, mais un véritable chemin semé de défis, de crises et de réformes successives. Dans un épisode passionnant du podcast de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises, Ghazi Jeribi, ancien président du Conseil de la Concurrence tunisien, raconte ce parcours avec un mélange d’analyse historique et d’expériences vécues au cœur des décisions économiques du pays.
Les années 1980 ont été un tournant décisif. La Tunisie traversait une crise économique majeure qui menaçait de paralyser l’État et d’asphyxier ses entreprises.
Selon Jeribi, il ne s’agissait pas seulement de sortir de la crise, mais d’établir un équilibre entre les entreprises, afin d’éviter que le marché ne devienne un terrain de monopoles et de spéculation régie par la loi du plus fort !
C’est à cette époque que les économistes tunisiens commencent à envisager un virage vers l’économie de marché, posant les bases d’une transition lente mais irréversible.
Au début des années 1990, les premières réformes structurelles voient le jour. Une commission, rattachée au ministère du Commerce, est créée pour encadrer la concurrence, bien que ses prérogatives restent limitées.
Les amendements successifs de la loi de concurrence, en 1993 puis en 1995, ouvrent la voie à la création du Conseil de la Concurrence, institution clé pour garantir l’équité sur le marché tunisien, en lien avec le partenariat avec l’Union européenne et l’article 52 de l’accord de partenariat Tunisie-UE.
Les années 90 transforment le paysage économique : même les établissements publics deviennent des acteurs soumis aux règles de concurrence, et le Conseil avait, dans certains cas, infligé des sanctions à des offices publics et à une municipalité, affirmant l’importance d’un marché régulé et transparent.
En 2001, Ghazi Jeribi prend la tête du Conseil dans un contexte marqué par une vague de privatisations. Les années suivantes sont décisives : entre 2003 et 2005, le Conseil voit son autonomie financière et administrative renforcée, un gage d’indépendance et d’efficacité. Le Conseil est désormais un acteur économique incontournable qui régule la concurrence dans plusieurs secteurs.
A ce titre, Jeribi a évoqué le secteur bancaire où à l’époque des sanctions ont été infligées à 18 banques dont l’Associations professionnelles des banques.
Le Conseil de la concurrence avait exporté son modèle à l’international : l’expérience tunisienne a ainsi inspiré la création de conseils homologues en Égypte et à Malte.
Pour Jeribi, le succès de cette transition repose sur la capacité du Conseil à renforcer ses compétences techniques, à travailler en réseau avec les ministères, et à développer ses prérogatives consultatives.
Au fil de cet entretien, il apparaît clairement que la réussite d’une économie de marché ne se limite pas aux lois et régulations. Elle dépend aussi d’institutions solides, d’une culture de transparence et de l’application équitable des règles. De la crise des années 80 à la mise en place d’un Conseil autonome et influent, la Tunisie a suivi un chemin exigeant, mais instructif : celui d’un pays déterminé à transformer sa structure économique tout en consolidant ses institutions.
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