Ça a commencé avec le Z’har et… ça finit avec des roses !

UniversNews (Patrimoine) – Au printemps, l’odeur entêtante de la rose de Damas, une variété apportée selon certains par des voyageurs au temps du commerce caravanier, embaume la place des martyrs à Nabeul. Ici, tout tourne autour de cette fleur cultivée dans les délégations de Kairouan-Nord (El Gatrania et Dhraa Tammar), de Kairouan-Sud (Khazazia et Aouled Nhar) et de Chebika (Sidi Abdallah) où 110 agriculteurs pratiquent cette culture en intercalaire, et peu exigeante en eau et en intrants.
Ainsi chaque année, Nabeul dévoile ses trésors et avec la Fête des roses, la ville souhaite apporter une couleur locale et soutenir cette fleur qui est le symbole de toute une ville, de ses habitants, de ses métiers et de ses vergers, avec une culture, des savoir-faire et des traditions ancestrales. «J’ai grandi dans la vapeur des alambics, les mains rosies par la cueillette», se souvient Nejib, spécialisé dans la fabrication des huiles essentielles et végétale. L’eau de rose si précieuse qu’elle était jadis offerte en dot ou en bénédiction de mariage, est pour les Nabeuliens, le symbole parfumé d’une appartenance, d’un art exigeant et fragile, qui fait la fierté de la ville.
Les fleuristes racontent que Nabeul a toujours été façonné par la fleur «la rose est au centre de nos fêtes. Elle marque le cycle entier de nos vies. Skander, pépiniériste, confie : «Il y a quelques années, la floraison durait deux mois, aujourd’hui, certains printemps sont torrides : la floraison s’accélère, quelques jours seulement pour cueillir avant que la chaleur du mois d’avril ne brûle tout ». Sami spécialiste dans la distillation des roses souligne : «Ce métier est l’héritage de mes grands-parents. Je préfère toujours la méthode traditionnelle car elle nous donne une meilleure qualité d’eau de rose. Qui dit bonne qualité dit plus de bienfaits. Il faut compter au moins 4 kilos de pétales de roses pour avoir une bonbonne de 2 litres d’eau de rose distillée. Son parfum n’est pas son seul atout. Elle est réputée pour calmer l’anxiété, les problèmes émotionnels et psychologiques».
Nabeul vit, comme le reste du pays, le changement climatique comme une blessure ouverte. Un jardinier de Bir Challouf témoigne : «Notre région était fameuse pour sa rosée, c’était elle qui donnait ce parfum unique aux roses. Maintenant, nombre de nuits sont sèches, la fleur s’affaiblit, le parfum s’amenuise. Mais nous gardons encore cette tradition florale car ça commence avec le Z’har et à finir avec les roses». (M.S)



