
UniversNews (INTERVIEW) – L’écologie est un enjeu sociétal et économique qui induit l’évolution de nombreuses professions et la création de nouveaux métiers. Les professionnels parlent de métiers verts ou de métiers verdissants. Ces métiers ont pour objet de travailler directement sur la préservation de l’environnement, dans des domaines comme le traitement des déchets ou des eaux usées, la gestion des réserves naturelles, la mesure des pollutions. Que signifient ces termes ? Les explications de Jalel Ben Romdhane, expert en entrepreneuriat vert.
UniversNews : Quels sont les atouts de la Tunisie pour développer ces métiers verts ?
Jalel Ben Romdhane : La transition écologique crée de nouveaux métiers, mais contribue surtout à faire évoluer les métiers existants. La diffusion des technologies d’avenir, la volonté de favoriser les circuits courts et les modes de production responsable dans l’industrie et dans le bâtiment participent au développement d’une économie durable en réduisant l’empreinte écologique de nos modes de vie. La Tunisie dispose d’atouts majeurs : potentiel solaire et éolien exceptionnel, stratégie nationale hydrogène vert ambitieuse (visant plusieurs millions de tonnes d’ici 2050), et un Plan Solaire visant 35 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Le souci de l’environnement et le développement de l’économie circulaire ouvre la voie à la valorisation des déchets et à la création d’emplois locaux. Les métiers verts sont donc des professions dont la finalité et les compétences mises en œuvre contribuent à mesurer, prévenir, maîtriser et corriger les impacts négatifs et les dommages sur l’environnement. Ils regroupent les métiers traditionnels de l’assainissement et du traitement des déchets, du traitement de la pollution, de la production et distribution d’énergie et d’eau et de la protection de la nature. C ’est dans ce cadre que s’inscrit le lancement du projet « Meraviglia » par exemple à Hammamet par l’Association d’éducation à l’environnement de Hammamet avec le soutien du programme Interreg NEXT MED de l’Union Européenne. Cette initiative vise à soutenir l’entrepreneuriat vert en Tunisie et dans la région méditerranéenne, et à transformer les défis environnementaux en opportunités d’emploi pour les jeunes et les femmes peu ou pas qualifiés.
Quels sont ces métiers verts ?
Métiers verts, métiers de l’environnement, éco-activités, métiers de la nature… la terminologie utilisée pour qualifier les métiers liés à l’environnement est variée, non stabilisée, et ne recouvre pas toujours les mêmes champs d’activités. Mais ce foisonnement terminologique traduit la prise en compte grandissante des considérations écologiques dans tous les secteurs de l’économie. Cette sensibilisation accrue à la protection de la nature, la prévention et la gestion des risques naturels et industriels, permet un essor certain aux métiers de l’environnement. Ceux-ci attirent de plus en plus de jeunes
Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) définit les métiers verts ou les «cols verts» comme des «emplois dans l’agriculture, l’industrie manufacturière, la recherche et développement, l’administration et les services qui contribuent de manière substantielle à préserver ou à restaurer la qualité de l’environnement. Il s’agit en particulier, mais pas uniquement, des métiers qui participent à préserver les écosystèmes et la biodiversité ; à réduire la consommation d’énergie, de matières premières ; à décarboniser l’économie ; et à minimiser ou à éviter toute forme de déperdition et de pollution. Les métiers verts seraient donc présents dans tous les secteurs de l’économie et par définition transversaux». Selon cette définition, ils incluent les technologies, produits et services qui réduisent les risques environnementaux, la pollution et l’utilisation des ressources. Les métiers verdissants Aujourd’hui, nombreux sont les professionnels issus de secteurs très variés qui cherchent à limiter les impacts de leur activité sur l’environnement. Cette nouvelle sensibilisation à l’environnement et au développement durable fait apparaître de nouvelles compétences vertes ainsi que certains métiers pour répondre aux nouveaux enjeux de la croissance verte. Les deux tiers s’exercent dans des activités sans lien direct avec l’environnement.
Comment intéresser les jeunes aux métiers verts ?
L’offre de formation des métiers environnementaux s’est fortement développée et diversifiée.D’où la nécessité de former les jeunes à ces métiers verts en intégrant par exemple des modules obligatoires de compétences vertes dans les cursus universitaires, les ISET et les formations continues. On pourra valoriser les postes hybrides et mieux rémunérer et valoriser les profils combinant expertise technique et dimension durable (ingénieur en décarbonation, responsable achats responsables, data analyst pour la performance environnementale). Il faudrait renforcer les partenariats entre universités, entreprises et partenaires internationaux, encourager l’entrepreneuriat vert via des fonds d’impact (Greentech, Bluetech, etc.) sans oublier d’adopter une approche de Just Transition tout en mettre en place des passerelles et des processus d’accompagnement des compétences évoluant dans les secteurs traditionnels vers les nouveaux métiers, mais aussi favoriser la sortie positive des travailleurs de l’informalité. Ceci permettra le développement des grands projets (hydrogène, solaire) en maximisant l’intégration de savoir-faire local. (M.S)




