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Bourse de Tunis : la question Bilel Sahnoun, entre stabilité institutionnelle et essoufflement stratégique

La bourse de Tunis a besoin d’un nouveau cycle, d’une nouvelle génération et d’une gouvernance plus offensive

UniversNews – Depuis plus de onze ans, incarne la gouvernance de la BVMT. Une longévité rare dans les institutions financières tunisiennes, qui interroge aujourd’hui autant qu’elle divise.

Certes, le dirigeant a traversé plusieurs périodes complexes : crise économique, pandémie, tensions budgétaires, raréfaction de la liquidité et recul de l’investissement étranger. Mais après plus d’une décennie aux commandes, la question n’est plus celle de la résistance du marché financier tunisien ; elle est devenue celle de son immobilisme structurel.

Car malgré les discours répétés sur la modernisation, la digitalisation ou encore la diversification des instruments financiers, la Bourse de Tunis demeure un marché étroit, dominé par les valeurs bancaires, peu liquide et marginal dans le financement de l’économie réelle. Les chiffres rappelés par Bilel Sahnoun lui-même sont sévères : la Bourse ne financerait encore que 5 à 10 % de l’économie tunisienne, tandis que le système bancaire concentre près de 95 % du financement.

Le paradoxe est donc évident : celui qui alerte depuis des années sur les limites du marché est aussi celui qui le dirige depuis 2015!!!?

Plusieurs projets présentés comme structurants n’ont d’ailleurs jamais réellement changé la profondeur du marché. La “Bourse digitale” destinée aux startups, annoncée dès 2020 avec un positionnement innovant autour de la blockchain, reste encore peu visible dans ses effets concrets sur l’écosystème financier tunisien.

Même constat pour le marché alternatif des PME. En 2021, Bilel Sahnoun reconnaissait publiquement que des “erreurs” avaient été commises dans sa conception initiale, évoquant même “beaucoup de casse” pour les investisseurs. Cette autocritique, rare dans le paysage économique tunisien, a été saluée par certains observateurs. D’autres y voient toutefois l’aveu d’un pilotage insuffisamment efficace.

Sur le plan institutionnel, la question de la gouvernance devient également sensible. Dans la plupart des places financières modernes, les mandats longs à la tête des institutions de marché sont généralement accompagnés d’objectifs mesurables : augmentation du nombre d’introductions, amélioration de la liquidité, diversification sectorielle ou montée en gamme technologique. Or, malgré quelques introductions réussies et une résilience relative du Tunindex, la Bourse tunisienne reste loin des standards des marchés émergents comparables.

Les critiques portent aussi sur une forme de communication devenue répétitive. Depuis plusieurs années, les mêmes diagnostics reviennent : dépendance bancaire, absence de grands secteurs à la cote, besoin de réforme réglementaire, nécessité d’attirer les investisseurs étrangers. Des constats pertinents, mais qui finissent par nourrir une interrogation plus profonde : pourquoi ces réformes n’ont-elles pas avancé plus rapidement sous une gouvernance aussi stable ?

Les défenseurs de Bilel Sahnoun rappellent néanmoins que la BVMT ne dispose pas seule des leviers réglementaires et dépend fortement de l’État, du CMF et de la Banque centrale. Ils soulignent également que le marché tunisien souffre avant tout des faiblesses structurelles de l’économie nationale.

Mais dans les milieux financiers, une idée gagne progressivement du terrain : la Bourse de Tunis aurait peut-être besoin d’un nouveau cycle, d’une nouvelle génération de leadership et d’une gouvernance plus offensive pour sortir d’une logique de gestion prudente et retrouver une véritable ambition régionale.

Après plus d’une décennie à la tête de la BVMT, la question n’est donc plus uniquement celle du bilan de Bilel Sahnoun. Elle est devenue celle du renouvellement stratégique d’une institution qui peine encore à trouver sa place dans le financement de l’économie tunisienne moderne.

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