
Il fut un temps où passer ses vacances d’été dans un hôtel relevait du pur plaisir .Mais de nos jours , les Tunisiens ne peuvent plus se permettre ce luxe. . Comme chaque année, le scénario estival se répète. Les Tunisiens se plaignent des prix exorbitants de certains hôtels par rapport à leurs prestations .La palme de la cherté revient à Hammamet, Sousse et Djerba qui détiennent les trois places du « podium » des prix exorbitants des nuitées, parfois dans des hôtels qui n’ont des 4 ou 5 étoiles que le nom. Les prix pratiqués poussent la plupart des familles à revenu limité, de ne même pas envisager un week-end, surtout pas durant les deux mois de juillet et août. Cet été, il faut débourser en moyenne 200 à 300 dinars pour une nuit d’hôtel à Hammamet ou à Djerba. Les hôteliers continuent à hausser les prix en espérant des miracles, ils accusent les crises mondiales, les coûts de fonctionnement, le climat, mais refusent de regarder la bourse réelle des tunisiens surtout pour les familles nombreuses. Et ce n’est pas uniquement le coût de l’hébergement qui est en cause. «Chaque année, nous recevons des plaintes de consommateurs choqués par la hausse parfois abusive des prix dans plusieurs secteurs liés à l’été, notamment, l’hôtellerie, le transport, la restauration, les loisirs, etc», confie Haykel, hôtelier
Il est vrai que certains Tunisiens réservent avant trois mois avec la formule d’ early booking .Le séjour à l’hôtel me revient en moyenne chaque année moins cher . « J’ai mes plans et je m’y prends à l’avance pour avoir les meilleurs prix. Si j’allais à Hammamet, ça me coûterait presque 30% moins cher », explique Hédi ,père de deux enfants.
Sami, un jeune étudiant, a du mal à payer un séjour dans un hôtel « C’est trop cher voire inabordable. Ce sans oublier les extras comme les boissons dont les prix sont devenus inaccessibles», dit-il . Donia, mère de 3 enfants, plaide pour un encadrement tarifaire prenant en compte le pouvoir d’achat local. «le tourisme ne doit pas être un privilège, mais un droit accessible à toutes les couches sociales. Il est temps que le ministère du tourisme intervienne pour permettre à toutes les familles tunisiennes de profiter des vacances dans leur propre pays», affirme –t-elle
Les vacances et la loi de l’offre et la demande
Du côté des professionnels du tourisme, on s’abrite derrière la loi de l’offre et de la demande. Pour Nabil , expert en économie « Le vrai problème est l’absence d’une véritable politique touristique. En haute saison, la forte demande fait grimper les prix. Ce même logement sera bien moins cher en septembre ou en octobre».Un autre acteur du secteur a déclaré, sous le couvert d’anonymat que «la Tunisie n’est pas plus chère que d’autres destinations. Le problème, c’est le pouvoir d’achat. Il existe une offre variée pour tous les budgets, mais la majorité des vacanciers se concentrent en juillet et en août. Les Européens, eux, répartissent leurs séjours sur toute l’année»
Mais en Tunisie, nous explique, Ahmed, agent de voyage« on n’a pas cette culture de recourir aux agences de voyages. Pour nous c’est un intermédiaire qui va nous surfacturer pour le service, alors que ce n’est pas le cas la plupart du temps. Les prix affichés par certaines agences sont moins chers que dans les hôtels ».Houssem Ben Azzouz, ex -président de la Fédération interprofessionnelle du tourisme, a souligné que les prix sont très élevés pour le pouvoir d’achat des Tunisiens. Il s’agit d’une tendance internationale notamment après la reprise du tourisme suite à deux années marquées par la crise pandémique. Lors de l’ouverture des réservations, qui a commencé très tôt, il y avait alors des tarifs très abordables grâce notamment à des ventes flash et des promotions alléchantes. Malheureusement, il relève que les Tunisiens s’y prennent pour la plupart à la dernière minute. Cela s’explique également que lors de l’ouverture des réservations et des prix abordables, il y avait la période de Ramadan et l’Aïd qui ne permettaient pas à ce moment-là de se projeter sur un projet de vacances », nous dit-il,
Réservations tardives…
Azouz explique que réserver un hôtel à seulement 15 jours du départ, c’est s’exposer à des tarifs très élevés, voire à une absence totale de disponibilité. «Dans les établissements hôteliers, une réservation tardive signifie souvent devoir choisir entre les chambres les plus chères… ou ne rien trouver du tout. Les touristes étrangers réservent leurs séjours plusieurs mois à l’avance, parfois jusqu’à six mois. Cette habitude devrait être adoptée aussi par la clientèle nationale, afin d’éviter les prix exorbitants. Ce n’est pas la couleur du passeport qui fait la différence, mais bien la date de réservation»., précise-t-il, tout en rappelant que les charges pour les hôteliers ont largement augmenté notamment en ce qui concerne la main d’œuvre, la consommation d’électricité, les produits alimentaires, les poussant à augmenter leurs tarifs. Mais ce créneau est à consolider car les Tunisiens ont été les vérifiables sauveteurs du tourisme national pendant les deux dernières années »
La problématique segmentation
Aujourd’hui, les séjours touristiques en Tunisie sont souvent dominés par les hôtels classiques , mais ceux-ci ne répondent pas toujours aux attentes des familles nombreuses. Un développement massif des auberges, des maisons d’hôtes et des gîtes ruraux pourrait favoriser une meilleure accessibilité et répondre aux contraintes budgétaires des touristes tunisiens. L’enjeu pour les années à venir est donc de créer une véritable dynamique autour du tourisme local. Il ne s’agit pas seulement d’attirer des visiteurs étrangers, mais de faire en sorte que les Tunisiens redécouvrent leur propre pays et y trouvent des expériences aussi attractives que celles proposées ailleurs. Une offre mieux adaptée, une diversification des destinations, une tarification plus abordable et une valorisation des régions encore peu exploitées sont autant de leviers à actionner pour redonner à la Tunisie toute sa place dans le cœur de ses propres citoyens.
Mohamed Salim.



