
Deux nouveaux crimes relancent l’alerte sur la progression des violences faites aux femmes et les limites de la prévention.
La Tunisie fait face à une succession préoccupante de crimes de violence contre les femmes, dont plusieurs surviennent au sein même du cercle familial.
Selon l’association « Aswat Nissa », un nouveau drame s’est produit lundi dernier à Borj Touil, dans le gouvernorat de l’Ariana, où un homme aurait tué son épouse en lui infligeant une quarantaine de coups de couteau. Quelques jours auparavant, le 16 août, une mère de deux enfants avait été tuée à Oum El Araies, à Gafsa, après avoir été poignardée à deux reprises au niveau du cœur par son mari.
Ces affaires s’inscrivent dans une évolution préoccupante. Le nombre de femmes victimes de violences ayant conduit à des meurtres est passé de 6 en 2018 à 25 en 2023, puis à 29 en 2024 et 30 en 2025, avec également cinq tentatives de meurtre.
Pour les associations, ces chiffres pourraient toutefois ne pas refléter l’ampleur réelle du phénomène, en raison notamment de la sous-déclaration et de l’absence de statistiques officielles globales et harmonisées.
Au-delà des statistiques, la multiplication des violences au sein du couple et de la famille souligne l’urgence de renforcer la prévention. Menaces, violences répétées, harcèlement et violences psychologiques doivent être considérés comme des signaux d’alerte nécessitant une intervention rapide.
La lutte contre les féminicides ne peut ainsi commencer au moment où le crime est commis. Elle doit intervenir en amont, à travers une meilleure prise en charge des plaintes, des mécanismes de protection plus efficaces et une coordination renforcée entre les services sécuritaires, judiciaires et sociaux.
À l’occasion du 70e anniversaire du Code du statut personnel, la question rappelle que les acquis juridiques des femmes doivent être accompagnés d’une protection effective contre les violences.
Le véritable enjeu n’est donc plus seulement de compter les victimes, mais de déterminer combien de drames auraient pu être évités siu les signaux d’alerte avaient été pris en compte à temps.
KS



