Tunis – Univers News. Entre affirmation du poids du camp de l’Est, recherche d’un équilibre régional et préparation de la prochaine étape politique, le déplacement du maréchal Khalifa Haftar au Caire dépasse largement le cadre protocolaire.
La visite du commandant de l’Armée nationale libyenne (ANL), Khalifa Haftar, au Caire intervient dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement sensible en Libye. Elle apparaît comme un signal politique destiné à renforcer la position du camp de l’Est dans la perspective d’une éventuelle nouvelle phase de transition et de la recomposition des institutions libyennes.
À travers ce déplacement, le camp de l’Est cherche notamment à se présenter comme un acteur capable d’assurer la stabilité et de contrôler les infrastructures stratégiques, en particulier dans un contexte marqué par les tensions persistantes dans l’ouest du pays. Les difficultés liées aux services publics, aux coupures d’électricité et aux menaces pesant sur certaines installations pétrolières nourrissent, dans cette lecture, une comparaison entre les deux régions.
L’objectif est ainsi de transformer la maîtrise sécuritaire du territoire en véritable levier politique auprès des acteurs internationaux et des Nations unies. Dans la perspective d’un processus devant conduire à des élections, la question de la légitimité institutionnelle pourrait donc se conjuguer de plus en plus avec celle de la capacité réelle à garantir l’ordre et la continuité des institutions.
Le Caire joue la carte de l’équilibre
Pour l’Égypte, la rencontre s’inscrit dans une stratégie de pragmatisme et de préservation de ses intérêts sécuritaires. Le fait que le président Abdel Fattah al-Sissi ait reçu Haftar quelques semaines seulement après avoir rencontré le chef du gouvernement d’unité nationale, Abdelhamid Dbeibah, illustre la volonté du Caire de maintenir le dialogue avec les différentes composantes du paysage libyen.
Cette approche répond d’abord à un impératif sécuritaire : préserver la stabilité de la frontière occidentale égyptienne. Elle vise également à maintenir l’influence de l’Égypte sur toute future architecture politique libyenne, tout en défendant officiellement le principe de l’unité des institutions et du territoire libyens.
Cette dynamique intervient alors que la Turquie semble elle aussi adopter une approche plus pragmatique à l’égard du camp de l’Est. L’ouverture de contacts diplomatiques et sécuritaires avec Benghazi, ainsi que les échanges entre responsables turcs et figures proches de Haftar, témoignent d’une évolution du rapport de forces régional.
Le recul relatif de la polarisation entre puissances étrangères offre ainsi au Caire une marge de manœuvre supplémentaire et pourrait favoriser l’émergence de nouvelles figures libyennes capables de conjuguer influence militaire, ancrage politique et relations régionales diversifiées.
Au-delà des différends actuels, la rencontre du Caire apparaît donc comme une étape dans la préparation de « l’après-transition ». En Libye, les différents camps cherchent désormais moins seulement à défendre leurs positions présentes qu’à s’assurer une place dans la future négociation sur la refondation de l’État.
La prochaine bataille pourrait ainsi se jouer autour d’une équation devenue centrale : la capacité à garantir la sécurité sur le terrain devra-t-elle désormais s’accompagner d’un compromis politique suffisamment large pour reconstruire durablement les institutions libyennes ?
KS



