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17 points pour réformer l’éducation

Par Sadok Chaabane, universitaire et ancien ministre de l’enseignement supérieur

Tunis – Univers News. Mon objectif, en présentant ces points, est de fournir des informations utiles, ce qui est mon devoir. Vous pouvez les adopter, en partie, ou aucun.

Premier point : Concernant les programmes scolaires

1- Ne pas interrompre le processus. Une réforme repose sur un système fonctionnel, et non sur les ruines d’un système défaillant. La progressivité est une condition essentielle au succès ; rien ne s’y oppose.

2- Ne pas tout changer d’un coup. Tout changement radical et global engendre une résistance généralisée. Un changement progressif et séquentiel, qui peut être corrigé au fur et à mesure, est plus efficace que toute décision décidée et imposée brutalement.

3- Ne pas imposer de décisions ; écouter. Écouter les experts, écouter les acteurs de terrain des secteurs public et privé, et surtout écouter les enseignants. Ce sont eux qui mettront en œuvre la réforme au quotidien, et son succès dépend de leur conviction, et non de leur simple accord.

4- S’inspirer des meilleures expériences étrangères, sans les reproduire à l’identique. Chaque expérience réussie (Singapour, Estonie, Finlande) est née de son contexte spécifique. Il s’agit d’en extraire le principe, et non d’en copier la forme.

5- Utiliser l’intelligence artificielle pour les comparaisons et les propositions. Elle ne remplace pas la souveraineté décisionnelle, mais constitue un outil permettant d’élargir l’éventail des options envisagées et de comparer différents scénarios avant de prendre une décision finale.

6- Associer chaque orientation à un indicateur de suivi unique, simple, publié et accessible à tous. Sans mesure régulière et transparente, toute réforme se réduit à de vaines intentions sans impact vérifiable. L’indicateur ne doit pas être complexe, mais il doit être cohérent et fiable dans le temps.

7- Financer la réforme progressivement, et non en une seule fois, en établissant des priorités claires en période de restrictions budgétaires. Dans un contexte financier tendu comme celui que nous connaissons actuellement, la question n’est pas « Combien dépenser ?» mais « Que financer en premier ?» La numérisation et la formation doivent précéder toute autre dépense, car elles constituent le socle de toutes les autres.

8- Ne pas s’enliser dans les détails. Définir les grandes orientations, établir un calendrier de suivi et laisser les modalités de mise en œuvre aux experts du domaine. Un État qui gère chaque détail paralyse son entourage.

Deuxièmement : Concernant les orientations

9- Numérisation complète des contenus pédagogiques et de la gestion institutionnelle. Ni une numérisation partielle axée uniquement sur la gestion sans les contenus, ni l’inverse. Les deux doivent être mises en œuvre simultanément.

10. Former les enseignants aux nouveaux outils pédagogiques. Avant d’utiliser un outil, les enseignants doivent le maîtriser. Toute réforme qui privilégie l’élève à l’enseignant est une réforme à l’envers.

11. Faire entrer les écoles dans l’ère numérique, indépendamment de la simplicité des autres équipements. La priorité doit être donnée à la connectivité et aux contenus numériques, et non à des infrastructures luxueuses. L’expérience estonienne a démontré qu’un pays aux ressources limitées peut progresser numériquement avant de progresser matériellement.

12. Envisager l’éducation de demain comme un système hybride : présentiel et distanciel, à tous les niveaux. L’apprentissage à distance n’est pas une solution exceptionnelle réservée aux situations d’urgence, mais une composante permanente du système éducatif, de la maternelle aux études supérieures. Il apprend à l’apprenant à apprendre et, s’il est passionné, il peut surpasser l’enseignant.

13. Adopter des systèmes performants pour définir les compétences requises à chaque étape, dès la maternelle. Chaque groupe d’âge possède des compétences minimales qui doivent être clairement définies et régulièrement comparées aux systèmes de référence, sans que leur définition ne soit laissée à la discrétion des enseignants ou des établissements. Une attention particulière doit être portée à l’enseignement préscolaire et à l’enseignement secondaire technique.

14. Accorder une certaine autonomie aux établissements publics et encourager la concurrence entre eux. Les écoles et les universités publiques ont besoin non seulement de ressources, mais aussi d’incitations. Une concurrence encadrée, fondée sur des résultats publics, permet d’atteindre des objectifs que le seul financement ne peut atteindre.

15. Considérer les écoles et les universités comme des espaces de développement des compétences et de création d’entreprises. L’éducation ne s’arrête pas à l’obtention d’un diplôme, mais se poursuit jusqu’à l’entrepreneuriat. Tout parcours éducatif réussi doit aboutir à la capacité de s’engager dans une activité économique, et non se limiter à des connaissances théoriques.

16. Adopter l’anglais comme langue principale à tous les niveaux, aux côtés de l’arabe, tout en maintenant autant que possible le français. Sans cela, il sera difficile de rivaliser avec les meilleures universités, et l’accès à l’économie mondiale restera partiellement fermé aux diplômés tunisiens, quelle que soit la qualité de leur formation locale.

17. Accorder la réintégration définitive au système éducatif à toute personne l’ayant quitté, quel que soit son parcours professionnel. C’est une décision que j’ai prise à l’université privée que je dirige. La numérisation et l’expertise des enseignants rendent cela techniquement possible pour la première fois, sans coût supplémentaire significatif pour l’État.Ce n’est pas tout, mais je crois que c’est un point essentiel.

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