Combien de temps faudra-t-il à la Tunisie pour convertir cette résilience en amélioration durable de sa notation ?
Tunis – Univers News : Malgré des déficits encore élevés, une dette publique lourde et une forte exposition aux cours de l’énergie, Fitch Ratings confirme la note souveraine de la Tunisie à « B- », avec une perspective stable. Une décision qui traduit autant les fragilités persistantes du pays que sa capacité à absorber les chocs.
La Tunisie conserve sa note souveraine « B- ». Dans sa dernière évaluation, Fitch Ratings confirme également une perspective stable, un signal qui, dans le contexte actuel, mérite d’être regardé au-delà de la seule lettre attribuée à la signature tunisienne.
Car derrière cette notation relativement basse se trouvent aussi plusieurs fondamentaux que l’agence reconnaît explicitement : un PIB par habitant supérieur à celui de nombreux pays comparables, des indicateurs de développement humain favorables, une économie diversifiée, une main-d’œuvre qualifiée et une position extérieure qui demeure résiliente malgré les différents chocs internationaux.
Autrement dit, la Tunisie n’est pas évaluée comme une économie dépourvue d’atouts. Son problème se situe davantage dans la capacité de ses finances publiques à absorber ces forces économiques.
- Une économie qui résiste malgré les contraintes
Fitch prévoit un déficit courant de 3,9 % du PIB en 2026, principalement sous l’effet de l’augmentation de la facture énergétique. La hausse des cours du pétrole constitue en effet l’un des principaux risques pesant sur les équilibres extérieurs et budgétaires du pays.
Mais plusieurs éléments viennent contrebalancer cette vulnérabilité.
Les exportations d’huile d’olive ont notamment progressé de 44 % au premier semestre 2026, tandis que les recettes du compte des services continuent d’afficher une bonne résistance. Les investissements directs étrangers représentent également un facteur de soutien important : les entrées nettes d’IDE ont atteint 2 % du PIB en 2025, soutenues notamment par les investissements dans les énergies renouvelables et les activités manufacturières.
Cette capacité à attirer des investissements dans des secteurs productifs constitue un élément particulièrement important pour la trajectoire future de l’économie tunisienne.
- Le véritable point de vigilance : les finances publiques
Le principal défi demeure toutefois budgétaire.
Fitch estime que le déficit budgétaire pourrait atteindre 6,4 % du PIB en 2026, largement au-dessus de la médiane de 3,3 % observée pour la catégorie « B ». L’agence met notamment en cause l’augmentation du coût des subventions aux carburants et considère que l’assainissement des dépenses courantes demeure limité.
La masse salariale publique constitue à cet égard un enjeu structurel, tout comme la sensibilité du budget aux fluctuations des prix internationaux de l’énergie.
La situation appelle donc moins à une lecture alarmiste qu’à une réflexion sur la capacité de la Tunisie à transformer ses contraintes budgétaires en réformes structurelles durables.
- Une dette élevée, mais une trajectoire à surveiller
La dette publique devrait atteindre environ 85 % du PIB en 2026 et rester globalement stable jusqu’en 2028. Ce niveau demeure élevé et nettement supérieur à la médiane des pays notés « B ».
Mais la stabilité anticipée de ce ratio est également un élément à prendre en considération. La question n’est plus uniquement celle du niveau de la dette, mais aussi celle de sa structure, de son coût, de ses échéances et surtout de la capacité du pays à assurer durablement son financement.
À ce niveau, l’évolution des besoins de financement extérieur constitue un signal plutôt encourageant. Fitch prévoit une baisse des sorties nettes de financement extérieur à 1,4 % du PIB en 2026, contre 3,6 % en 2024.
Le remboursement intégral, en juillet 2026, de l’euro-obligation de 700 millions d’euros arrivée à échéance constitue par ailleurs un événement important dans la gestion récente des engagements extérieurs du pays.
- Des réserves sous pression, mais pas de rupture
La contrepartie de cette situation demeure la pression exercée sur les réserves internationales. Fitch prévoit qu’elles s’établiront à environ 3,3 mois de paiements extérieurs courants en 2026, avant de remonter progressivement pour atteindre 3,7 mois en 2028.
Cette remontée projetée à moyen terme est loin d’être anodine. Elle signifie que l’agence n’anticipe pas une détérioration continue de la position extérieure tunisienne, mais plutôt une période de tension suivie d’une amélioration graduelle, sous l’hypothèse notamment d’une baisse des cours du pétrole.
- B- : une note qui n’est pas une fatalité
La confirmation de la note « B- » ne constitue évidemment pas une consécration. Elle rappelle que la Tunisie reste confrontée à des déséquilibres importants : déficit budgétaire, dette élevée, besoins de financement et vulnérabilité énergétique.
Mais la perspective stable apporte une nuance essentielle.
Fitch reconnaît en effet que le pays dispose encore de plusieurs amortisseurs : diversification de l’économie, ressources humaines qualifiées, recettes de services, exportations agricoles, IDE et capacité à mobiliser des financements auprès de partenaires bilatéraux et multilatéraux.
La véritable question est donc désormais ailleurs : combien de temps faudra-t-il à la Tunisie pour convertir cette résilience en amélioration durable de sa notation ?
La réponse passera nécessairement par une meilleure maîtrise des déficits, une réduction progressive de la vulnérabilité énergétique, une mobilisation accrue de l’investissement privé et une accélération des réformes capables de stimuler la croissance potentielle.
La note « B- » est ainsi moins un verdict qu’un point de départ. La perspective stable laisse une porte ouverte. À la Tunisie de démontrer, dans les prochains mois et les prochaines années, qu’elle peut franchir progressivement cette porte.



