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Entre surabondance et effondrement des cours, la filière crevette tunisienne est sous tension !

Sur les étals des poissonneries et des marchés municipaux tunisiens, le contraste est saisissant. Alors qu’elles s’y négociaient cet été à plus de 60 dinars le kilogramme pour les qualités supérieures, les crevettes connaissent une chute spectaculaire de leurs cours. En ce mois d’octobre 2026, elles s’affichent désormais entre 6 et 10 dinars le kilo dans plusieurs régions de Tunisie.

Cette chute drastique des prix s’explique d’abord par un concours de facteurs réglementaires et biologiques. La réouverture de la pêche à la crevette dans le golfe de Gabès mi-octobre, couplée à la fin du repos biologique du chalutage de fond instauré cet été par le ministère de l’Agriculture, a provoqué une arrivée massive de volumes sur les débarcadères. À cela s’ajoute la prolifération d’une espèce exotique de crevette venue de l’Atlantique Ouest, dont la période de reproduction s’étale de septembre à novembre. Stimulée par le réchauffement des eaux méditerranéennes, cette variété de taille petite à moyenne s’est largement implantée le long du littoral marin, gonflant artificiellement les stocks et saturant les circuits de distribution traditionnels.

Surproduction et panique des prix

L’engorgement du marché met en lumière le non-respect ou le dépassement informel des seuils de capturabilité autorisés pour la saison. Face à l’abondance immédiate, de nombreux pêcheurs ont intensifié les sorties afin d’amortir leurs coûts d’exploitation fixes.

Cependant, cette stratégie de volume crée un effet pervers . L’offre excédentaire face à une demande locale incapable d’absorber ces flux en un temps record entraîne une braderie des cours.Avec des prix de vente sous la barre des 5 dinars, les marges s’effondrent. Les charges ,carburant, entretien des embarcations et main-d’œuvre – ne sont plus couvertes par les revenus générés par la pêche côtière. Ce dérèglement de la chaîne de valeur menace la pérennité financière de la flotte de pêche tunisienne.Au-delà de l’impact économique immédiat, des inquiétudes environnementales et structurelles émergent. Tout d’abord, la prolifération de la crevette d’Atlantique concurrence directement la crevette royale locale, espèce à plus forte valeur ajoutée commerciale. Les volumes débarqués, principalement constitués de calibres petits à moyens, trouvent difficilement preneur sur les marchés d’exportation exigeants (Union européenne, Asie), orientés vers les gros spécimens.Le manque de structures de congélation et de transformation industrielle sur le littoral empêche la régulation des cours par le stockage stratégique.

La révision du quota pour sauver le secteur

Si la saison s’annonce gustativement généreuse pour le consommateur tunisien, l’équilibre de toute la filière halieutique nationale reste suspendu à la mise en place rapide d’un plan de régulation efficace avant l’échéance de la campagne de pêche et surtout la révision du quata .D’aileurs la Tunisie se présente à la 49e session annuelle de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) se tient du 26 au 30 octobre 2026 au siège de la FAO à Rome, en Italie.Les discussions porteront notamment sur les mesures de gestion pour 2027 concernant la crevette rouge géante (Aristaeomorpha foliacea) ainsi que la crevette rouge et bleue (Aristeus antennatus) dans les sous-zones GSA 12 à 16, qui concernent directement la Tunisie et l’Italie.

                                     Mohamed Sélim

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