
Univers News (SEF) – Au 30 juin 2026, la hiérarchie est nette : la BNA domine largement le trio public avec 156,3 MDT de bénéfice net, loin devant la BH Bank à 15,2 MDT et la STB à 9,1 MDT. Derrière ces écarts de résultats, trois trajectoires se dessinent : puissance et maîtrise des charges pour la BNA, pression du risque pour la BH Bank et abondance de liquidité à redéployer pour la STB.
Les trois grandes banques publiques tunisiennes n’ont pas évolué au même rythme au premier semestre 2026. Si elles ont toutes bénéficié d’une collecte de dépôts dynamique et d’un environnement marqué par la baisse du taux directeur à 7 %, leurs performances révèlent des modèles de plus en plus différenciés.
La BNA confirme son statut de locomotive du secteur public. Avec 25 474,8 MDT de total bilan et 156,3 MDT de bénéfice net, elle affiche un résultat plus de dix fois supérieur à celui de la BH Bank et dix-sept fois supérieur à celui de la STB.
La BH Bank, malgré une progression de son PNB de 8,7 %, voit son résultat net chuter de 72 %, principalement sous l’effet de l’explosion des provisions.
Quant à la STB, elle affiche une situation plus contrastée : une liquidité abondante, un coût du risque en baisse, mais une activité de crédit en recul et une marge d’intérêt fortement comprimée.
Tous les montants sont exprimés en millions de dinars (MDT), sur la base des comptes individuels au 30 juin 2026, comparés au 30 juin 2025.
- La BNA pèse presque autant que la STB et la BH Bank réunies
Le premier élément qui frappe est la différence d’échelle.
À fin juin 2026, le total bilan de la BNA atteint 25 474,8 MDT, en hausse de 7 % sur un an. À elle seule, la banque affiche une taille proche de celle de la STB et de la BH Bank réunies, dont les bilans ressortent respectivement à 15 900,7 MDT et 15 361,8 MDT.
La collecte constitue l’un des principaux moteurs de cette croissance.
Les dépôts de la clientèle progressent de 18,8 % à la BNA, pour atteindre 15 393,1 MDT. La STB enregistre une progression de 10,3 %, à 12 973,4 MDT, tandis que la BH Bank affiche une hausse de 7,9 %, à 10 209,7 MDT.
Sur le front du crédit, les trajectoires divergent.
La BNA porte ses créances sur la clientèle à 14 548,1 MDT, soit une progression de 5 %. La BH Bank reste quasiment stable à 10 350,2 MDT (+0,6 %), tandis que la STB voit son encours reculer de 4,1 %, à 8 720,2 MDT.
Cette évolution ramène le ratio crédits/dépôts de la STB à seulement 67,2 %, contre 94,5 % pour la BNA et 101,4 % pour la BH Bank.
Graphique 1 – Total bilan, dépôts et crédits au 30 juin 2026.
- Baisse des taux : les intérêts souffrent, les titres de l’État prennent le relais
Le premier semestre 2026 confirme également une tendance devenue structurante pour les banques publiques : la pression sur la marge d’intérêt et le poids croissant des revenus tirés du portefeuille d’investissement.
La baisse du taux directeur, de 7,5 % à 7 % en janvier 2026, a pesé sur les intérêts perçus.
Ils reculent de 3,9 % à la BNA, de 5,8 % à la BH Bank et de 22,2 % à la STB.
La situation est particulièrement marquée à la STB. Les intérêts sur crédits à la clientèle passent de 374,2 MDT à 276 MDT, soit une chute de 26,3 %. Sa marge d’intérêt s’effondre parallèlement de 80,4 MDT à seulement 9,2 MDT.
Face à cette pression, les revenus du portefeuille d’investissement jouent le rôle d’amortisseur.
Ils progressent de 13,2 % à la BNA, de 14,9 % à la BH Bank et de 27,1 % à la STB.
La BNA en tire notamment 394,4 MDT, soit environ 70 % de son PNB.
Le phénomène mérite d’être relevé : une part importante de la rentabilité des trois banques publiques repose désormais sur les titres d’État plutôt que sur la seule intermédiation bancaire.
Graphique 2 – Composition du produit net bancaire (commissions nettes = commissions perçues − commissions encourues).
Graphique 3 – Résultat net semestriel, 1er semestre 2025 et 2026.
Le coût du risque absorbe 42 % du PNB de la BH Bank et de la STB, contre 18 % à la BNA.
Graphique 4 – Coefficient d’exploitation et dotations sur créances, en % du PNB.
v Tableau comparatif et conclusion
| Indicateur (1er semestre 2026) | BNA | BH Bank | STB |
| Total bilan (MDT) | 25 474,8 | 15 361,8 | 15 900,7 |
| Créances sur la clientèle (MDT) | 14 548,1 | 10 350,2 | 8 720,2 |
| Dépôts de la clientèle (MDT) | 15 393,1 | 10 209,7 | 12 973,4 |
| Crédits / dépôts | 94,5 % | 101,4 % | 67,2 % |
| Marge d’intérêt (MDT) | 65,2 | 106,3 | 9,2 |
| PNB (MDT) | 560,1 | 345,7 | 313,7 |
| Évolution du PNB sur un an | +4,3 % | +8,7 % | −10,5 % |
| Coefficient d’exploitation | 38,0 % | 47,2 % | 60,0 % |
| Dotations sur créances / PNB | 17,9 % | 42,4 % | 41,9 % |
| Résultat net (MDT) | 156,3 | 15,2 | 9,1 |
| Évolution du résultat net | +13,8 % | −72,0 % | −59,4 % |
| Capitaux propres (MDT) | 2 458,2 | 1 378,8 | 1 320,1 |
| ROE annualisé | 12,7 % | 2,2 % | 1,4 % |
ROE annualisé = résultat net semestriel × 2 / capitaux propres au 30 juin 2026. Coefficient d’exploitation = (frais de personnel + charges générales + amortissements) / PNB.
- BNA : 156,3 MDT de bénéfice et une efficacité opérationnelle supérieure
La BNA confirme sa position dominante.
Son PNB atteint 560,1 MDT, en progression de 4,3 %, tandis que son résultat net grimpe de 13,8 % à 156,3 MDT.
La banque bénéficie surtout d’une meilleure maîtrise de ses charges.
Son coefficient d’exploitation ressort à 38 %, très loin devant la BH Bank à 47,2 % et la STB à 60 %.
Les frais de personnel progressent de 5,9 %, à 150,2 MDT, mais restent contenus par rapport à la croissance du PNB.
Le coût du risque constitue également un avantage relatif. Les dotations sur créances s’établissent à 100,3 MDT, quasiment au même niveau que l’année précédente.
Résultat : le résultat d’exploitation progresse de 4,8 %, à 242,1 MDT, tandis que les capitaux propres atteignent 2 458,2 MDT, en hausse de 9,9 %.
Mais la performance ne doit pas masquer un point de vigilance : 20,35 % des engagements demeurent classés, avec un taux de couverture de 64,82 %.
- BH Bank : le PNB progresse, mais les provisions effacent la performance
La BH Bank présente un paradoxe.
Sur le plan commercial, la banque signe une performance plutôt favorable. Son PNB progresse de 8,7 % à 345,7 MDT et sa marge d’intérêt augmente de 3,7 %, à 106,3 MDT.
Elle est même la seule des trois banques à afficher une hausse de sa marge d’intérêt.
Mais cette dynamique est largement neutralisée par la progression du coût du risque.
Les dotations sur créances passent de 79,8 MDT à 146,7 MDT, soit une envolée de 84 %. Elles comprennent notamment 94,7 MDT de provisions individuelles et 48,8 MDT de provisions additionnelles.
Le résultat d’exploitation chute ainsi de 86,5 MDT à 26,4 MDT.
Le bénéfice net suit la même trajectoire : de 54,4 MDT au premier semestre 2025, il tombe à 15,2 MDT, soit une baisse de 72 %.
La BH Bank conserve néanmoins le ratio crédits/dépôts le plus élevé du trio, à 101,4 %, signe d’une intermédiation toujours soutenue.
- STB : beaucoup de liquidité, une reprise du crédit qui se dessine dans un cadre de risque maîtrisé
La STB ne se trouve pas dans la même situation que les autres banques. Ses dépôts progressent de 10,3 %, à 12 973,4 MDT, alors que l’encours des crédits recule de 4,1 %, à 8 720,2 MDT. Le ratio crédits/dépôts n’atteint donc que 67,2 %, et le ratio de liquidité s’établit à 624,91 %, pour un minimum réglementaire de 100 %.
Ce recul de l’encours mérite toutefois une lecture nuancée. Il découle d’abord d’une politique d’octroi plus rigoureuse, adossée à un nouveau cadre d’appétence au risque. Les flux montrent d’ailleurs un début de redynamisation : la distribution de crédits progresse de 2 % au 30 juin 2026. La banque cherche à renouer progressivement avec son rôle de financement de l’économie, tout en restant sélective.
Cette prudence améliore la qualité du bilan. Le taux de couverture des créances par les provisions passe de 44 % à 47 %. Les dotations sur créances diminuent de 15,4 %, à 131,4 MDT. Le risque de crédit est donc mieux maîtrisé.
L’excédent de liquidité est à la fois une force et un défi. Les ressources existent, mais la banque doit encore les transformer en crédits de qualité et en revenus. La baisse des taux accentue cette pression. Les intérêts sur crédits reculent de 26,3 % et la marge d’intérêt tombe à seulement 9,2 MDT. Le portefeuille d’investissement amortit en partie le choc, avec des revenus de 216,3 MDT, en hausse de 27,1 %. Le PNB recule malgré tout de 10,5 %, à 313,7 MDT.
Du côté des charges, les frais de personnel augmentent de 14,6 %. Le coefficient d’exploitation monte ainsi à 60 %, le niveau le plus élevé des trois banques. La rentabilité opérationnelle reste fragile : le résultat d’exploitation est négatif, à -3,6 MDT. Le bénéfice net de 9,1 MDT tient notamment à 15,4 MDT de gains sur autres éléments ordinaires.
L’enjeu pour la STB ne se limite donc pas à faire croître les volumes. La banque doit convertir son réservoir de liquidité en crédits sains et ainsi reconstruire sa marge d’intermédiation. Elle doit aussi maîtriser ses charges pour que sa rentabilité repose sur son activité courante et non sur des éléments ponctuels.
- Trois banques, trois équations
Les chiffres du premier semestre 2026 dessinent finalement un secteur public bancaire à deux, voire trois vitesses.
La BNA domine par la taille, la collecte, la maîtrise des charges et la rentabilité. Son bénéfice net atteint 156,3 MDT et son ROE annualisé environ 12,7 %.
La BH Bank conserve un moteur commercial performant, avec un PNB en hausse et la seule marge d’intérêt en progression, mais le coût du risque absorbe l’essentiel de cette performance.
La STB dispose d’un important réservoir de liquidité, mais doit encore redéployer ses ressources vers le crédit et améliorer son efficacité opérationnelle pour reconstruire sa marge.
Un autre point commun apparaît cependant : la dépendance croissante aux revenus du portefeuille d’investissement, essentiellement composé de titres d’État. Selon les données comparées, entre 46 % et 70 % du PNB provient désormais de ce portefeuille.
À court terme, cette configuration soutient les résultats. À plus long terme, elle pose une question stratégique : les banques publiques pourront-elles retrouver une rentabilité davantage fondée sur le financement de l’économie que sur le rendement des titres souverains ?
C’est probablement là que se jouera la prochaine bataille de la banque publique tunisienne.



