
UniversNews (Tourisme) – Le Forum économique mondial a publié son classement 2026 de l’indice de développement des voyages et du tourisme. Cet indice 2026 révèle un secteur qui a largement dépassé la phase de reprise, avec un record de 1,5 milliard d’arrivées de touristes internationaux en 2025. Les atouts touristiques, la connectivité et la capacité d’accueil continuent de se renforcer dans une grande partie du monde. Cependant, les conditions de réussite évoluent. Les difficultés d’accès au tourisme, les déficits d’investissement, les contraintes liées à la main-d’œuvre et les enjeux de durabilité façonnent de plus en plus l’avenir du secteur.. Depuis 2024, 92 % des 110 pays étudiés ont amélioré leur note, un niveau au plus haut depuis la pandémie. Le Japon arrive donc en tête, suivi des États-Unis et de l’Espagne. L’Australie prend la quatrième place, devant la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Chine, la Suisse et l’Italie. Ce sont les mêmes pays qu’en 2024, dans un ordre légèrement différent.
Le classement du WEF ne mesure toutefois pas directement les performances touristiques en termes d’arrivées, de nuitées ou de recettes. Il évalue les facteurs et politiques permettant le développement durable et résilient du secteur, notamment l’environnement des affaires, les infrastructures, la connectivité aérienne, le capital humain, le numérique, l’ouverture internationale, les ressources naturelles et culturelles ou encore la durabilité.
La Tunisie 7éme en Afrique
À l’échelle de l’Afrique du Nord, l’Egypte occupe la première position parmi les quatre pays couverts, derrière le Maroc, classée 70e mondiale . La Tunisie arrive au 82e rang avec 3,62 points, devant l’Algérie, 89e avec 3,52 points.Le Maroc se distingue surtout par son rythme d’amélioration. Sa progression de 5,5% entre 2024 et 2026 est la plus importante parmi les économies nord-africaines couvertes par l’indice, devant l’Algérie (+3,6%) et l’Égypte (+2,1%), tandis que la Tunisie enregistre un léger recul de 0,2% depuis 2024.
Le secteur peut aujourd’hui s’appuyer sur des résultats qui témoignent de sa capacité à attirer des volumes croissants de visiteurs, mais ces performances ne doivent pas masquer les défis structurels qui continuent de limiter la pleine contribution du tourisme à la création de richesse et au développement équilibré du pays. Le recul dans le classement mondial trouve son origine dans certaines caractéristiques du tourisme tunisien, à dominante balnéaire, mais aussi dans un schéma de développement basé sur l’extension des capacités d’accueil pour faire face à l’incapacité de générer des gains de productivité.En outre, la saisonnalité de l’activité touristique oblige recourir à une main-d’œuvre temporaire, ce qui ne favorise ni la qualité ni, surtout, la productivité et, partant, la compétitivité.Un autre facteur de la croissance lente des recettes du tourisme, est la dépréciation de près de 50% de la monnaie tunisienne ces vingt dernières années, dans un contexte où les prix négociés avec les grossistes du voyage demeurent libellés en dinars et que près de 40% des intrants hôteliers sont importés .Ce schéma explique l’inquiétante aggravation de l’endettement des hôteliers.
Le nouveau défi du tourisme tunisien
La destination tunisienne a perdu sa compétitivité sur les marchés mondiaux . Si le tourisme tunisien doit se transformer, il faut penser à développer le tourisme alternatif sur tout le territoire. Encore faut-il savoir comment élaborer des programmes spécifiques répondant aux besoins de ces nouveaux touristes qui ont des habitudes particulières à prendre en considération. Le tourisme durable est un segment du secteur qui mérite d’être développé, promu et renforcé. Toutes ces problématiques sont étroitement liées. Il est difficile de lutter contre la saisonnalité sans développer la connectivité et diversifier l’offre. Il est difficile de développer le tourisme intérieur sans traiter la question du pouvoir d’achat. Il est difficile de renforcer l’équité territoriale sans développer les infrastructures et les entreprises locales. Il est enfin difficile de piloter efficacement le secteur sans disposer de données territoriales suffisamment précises.
La question centrale de la prochaine étape pourrait ainsi être formulée simplement : comment transformer une croissance quantitative incontestable en une croissance touristique davantage créatrice de valeur, d’emplois, d’investissement et de développement territorial ? Il ne s’agit pas de remettre en cause les objectifs de croissance des arrivées, ni de minimiser l’importance de la compétitivité internationale.Il s’agit de compléter cette approche par une lecture beaucoup plus exigeante de la performance. Un tourisme performant est celui qui attire, mais aussi celui qui fait séjourner plus longtemps, fait dépenser davantage, crée des emplois de qualité, fait travailler les entreprises locales, stimule l’investissement et permet à plusieurs territoires de bénéficier de la croissance.
Mohamed Sélim



