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Coûts exorbitants : le système « Of-gird » (hors réseau Steg ) reste une chimère

Face à la vague de chaleur et aux délestages de la STEG, l’idée de produire et de stocker sa

propre électricité pour se passer du fournisseur public paraît convenable. Pourtant, si le

recours au solaire semble être une solution de bon sens, les Tunisiens se heurtent à une réalité

: celle des coûts exorbitants et d’une réglementation qui, paradoxalement, freine

l’indépendance énergétique.

D’emblée, aboutir à une indépendance totale vis-à-vis de la STEG reste un chemin peu

rentable et inaccessible à la majorité des citoyens.

Le principal obstacle est financier. S’offrir un système « off-grid » (hors réseau) exige  un

budget considérable, variant généralement entre 20 000 et 40 000 dinars, selon la puissance

crête installée et la marque choisie, pour une installation complète comprenant panneaux,

onduleur hybride et batterie de 5 à 10 kWh.

Le détail des coûts parle de lui-même : une batterie de secours de 2,5–3 kWh revient autour

de 3 500–5 500 DT, une de 5 kWh autour de 6 500–9 000 DT, et une de 10 kWh entre 12 000

et 17 000 DT. Il faut souvent ajouter un onduleur hybride (3 000–8 000 DT).

Plusieurs facteurs expliquent ces tarifs très élevés. D’abord, le prix des équipements est

indexé sur le dollar ou l’euro. Ensuite, l’importation alourdit la facture : les batteries au

lithium sont classées comme marchandises dangereuses, ce qui renchérit le transport. Sans

oublier les droits de douane, qui peuvent atteindre 36 % selon le code tarifaire, et la TVA de

19 % pour un particulier. Comme le précis , le taux réduit de 7 % est réservé

aux projets agréés par l’ANME, généralement destinés aux industriels.

Au-delà du coût, l’accessibilité à l’autonomie se heurte à des contraintes juridiques. En effet,

l’installation d’un système totalement « off-grid » nécessite l’accord de la STEG. Or, le

régime actuel est celui de l’autoconsommation avec injection du surplus, via le mécanisme de

net metering. Dans ce cadre, le réseau public sert de « batterie virtuelle » gratuite, mais il

impose une dépendance technique.

Concrètement, un onduleur classique « on-grid » s’arrête automatiquement dès que le réseau

tombe (par sécurité anti-îlotage), rendant impossible l’utilisation de ses panneaux lors des

coupures de courant. Le programme PROSOL ELEC, porté par l’ANME et la STEG, se

concentre exclusivement sur le photovoltaïque raccordé au réseau, maintient cette dépendance

et rend le recours à l’autonomie totale complexe pour le citoyen ordinaire.

Pourtant, face à la situation critique que traverse le pays, le recours à l’autonomie individuelle

semble plus rentable et pertinent que jamais. Encourager la production d’électricité par les

particuliers permettrait non seulement de sécuriser les foyers contre les délestages, mais aussi

de réduire la pression sur les infrastructures de la STEG.

Sur le plan macro-économique, favoriser l’accès à l’énergie solaire, c’est aussi réduire la

dépendance vis-à-vis des importations de gaz algérien et amorcer une véritable indépendance

énergétique pour la Tunisie. Malgré les obstacles, le potentiel est là : il ne manque qu’une

volonté politique et un soutien financier pour que cette solution, aujourd'hui jugée luxueuse,

devienne un premier pas vers une meilleure souveraineté énergétique nationale.

Balkis Layouni

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