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De Hormuz à Tunis : Pourquoi l’escalade dans le Golfe menace directement l’économie tunisienne

Une envolée du baril vers les $150 représenterait un séisme pour un budget de l’État déjà sous pression

Universnews – Le monde retient son souffle face aux tensions croissantes dans le golfe Persique. Si la distance géographique entre le détroit de Hormuz et les côtes tunisiennes semble immense, la réalité économique ne connaît pas de frontières. En 2025, la consommation mondiale de pétrole a atteint une moyenne de 103 millions de barils par jour, tandis que la production oscillait autour de 104 millions. Ce fragile équilibre est régi par la loi implacable de l’offre et de la demande : les prix s’ajustent brutalement pour éviter la paralysie économique des États, prêts à payer le prix fort pour garantir leur approvisionnement.

Les mécanismes d’un marché sous tension

Le marché pétrolier repose sur deux piliers fondamentaux qui dictent la marche du monde. D’un côté, l’OPEP+, incluant les pays du Golfe et la Russie, contrôle environ 40 % de la production mondiale. Bien que ce chiffre puisse paraître modeste, ces nations sont les seules à disposer d’une capacité de réserve permettant d’augmenter la production sur demande pour stabiliser les cours. De l’autre côté, la rentabilité technique fixe un plancher : si le baril descend sous les $50, l’extraction du pétrole de schiste américain ou des sables bitumineux canadiens devient déficitaire. À l’inverse, toute réduction de l’offre globale propulse les prix vers des sommets, car le pétrole reste le sang de l’économie mondiale.

Le détroit de Hormuz : Le « bouton panique » mondial

L’Iran est pleinement conscient de la valeur stratégique du détroit de Hormuz. En menaçant de freiner ou d’interrompre la navigation dans ce goulot d’étranglement, Téhéran peut théoriquement priver la planète d’un tiers de sa production pétrolière et neutraliser les seuls pays capables de réguler le marché. C’est une stratégie de la terreur économique : bien que l’Iran dépende vitalement de ses propres exportations pour son budget, transformer son conflit avec l’axe israélo-américain en une crise planétaire est un levier de pression immense. Avec 95 % des transports mondiaux dépendant des hydrocarbures, aucun citoyen, de la Californie à la Tunisie, ne restera à l’abri des conséquences d’une telle rupture.

Le paradoxe tunisien : L’illusion de l’immunité

Récemment, des déclarations officielles en Tunisie ont tenté de rassurer en affirmant que l’approvisionnement depuis l’Azerbaïdjan nous protégerait d’une fermeture du détroit de Hormuz. Cette lecture est malheureusement incomplète. Le pétrole azerbaïdjanais n’évolue pas en vase clos ; il subira la même flambée que les autres indices mondiaux. De plus, ce brut sert principalement à alimenter la raffinerie de la STIR à Bizerte, dont la production est loin de couvrir nos besoins nationaux. La réalité est plus préoccupante : la Tunisie importe 100 % de son essence, 80 % de son gasoil et 90 % de son GPL sous forme de produits déjà raffinés, achetés aux prix du marché international qui doubleront si le brut explose.

Un choc majeur pour une économie fragile

La question n’est pas logistique, mais purement financière et stratégique. Avec un taux d’indépendance énergétique d’à peine 35 %, la Tunisie doit importer les deux tiers de ses besoins. Une envolée du baril vers les $150 représenterait un séisme pour un budget de l’État déjà sous pression et aggraverait une inflation déjà galopante. Même le gaz algérien, essentiel à notre électricité, reste indexé indirectement sur ces dynamiques mondiales. En l’absence de politiques d’anticipation et de transition énergétique sérieuses, notre économie se retrouve exposée de plein fouet à une crise majeure, sans bouclier pour en atténuer les effets.

KS

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