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Facturation électronique… Quand le numérique fait la queue !!

 Devant le siège de la TTN, le numérique au rendez-vous avec la patience des tunisiens…

La révolution digitale commence par une attente sur le trottoir ??

UniversNews    Une file compacte, silencieuse par moments, agitée à d’autres. Les conversations tournent autour des certificats électroniques, des codes d’accès, des signatures numériques. Le vocabulaire est moderne. La scène, elle, ne l’est pas.

Devant le siège de Tunisia Tradenet (TTN), plateforme chargée d’inscrire les entreprises au système de facturation électronique, le numérique semble avoir rendez-vous avec la patience tunisienne !!

Le lieu où se matérialise la réforme. Là où la promesse de dématérialisation se traduit paradoxalement par une présence physique massive.

Il est à peine neuf heures et la file s’étire déjà le long du trottoir. Chemises claires, dossiers cartonnés sous le bras, téléphones à la main, regards fatigués. Certains consultent leurs mails, d’autres tentent une nouvelle connexion à la plateforme en ligne… En vain ! Les tentatives numériques n’ont pas suffi ; il a fallu venir en personne.

 Pour une modernisation du système fiscal tunisien

La généralisation de la facturation électronique, prévue par la loi de finances 2026, marque un tournant majeur dans la modernisation du système fiscal tunisien. À partir du 1er janvier 2026, l’obligation s’étend à l’ensemble des opérations soumises à la TVA, y compris les prestations de services. Professions libérales, sociétés de services, entreprises industrielles ou commerciales : des milliers de structures sont désormais concernées.

Sur le papier, la réforme poursuit des objectifs clairs : renforcer la traçabilité des transactions, lutter contre l’évasion fiscale, améliorer le contrôle de la TVA et accélérer la digitalisation de l’administration.

Pour les entreprises inscrites à la plateforme elfatoora, gérée par Tunisie TradeNet (TTN), les factures seront désormais émises sous format électronique, signées numériquement, transmises via cette plateforme et enregistrées avec un identifiant unique. Toute émission de facture non conforme expose à des sanctions financières.

Mais entre l’architecture réglementaire et la réalité opérationnelle, le fossé apparaît au grand jour.

 Une plateforme. Et après ?

La plateforme technique, appelée à absorber un volume massif de nouvelles inscriptions et de flux de factures, semble confrontée à des limites structurelles. Lenteurs, difficultés d’accès, complexité des procédures d’enregistrement, exigences techniques mal maîtrisées par les petites structures : la transition numérique se heurte à une capacité d’absorption insuffisante.

De surcroît, derrière l’inscription à la plateforme se cache une mécanique administrative et technique loin d’être intuitive. Le dossier d’abonnement, téléchargeable sur le site de Tunisie Trade Net, ne constitue que la première étape. Une fois validé, l’entreprise doit entrer dans une phase dite de test d’intégration, avec des exigences précises : disposer d’un certificat électronique qualifié délivré par l’Agence nationale de certification électronique, traduire ses factures au format TEIF conformément au guide d’implémentation en vigueur, signer électroniquement chaque document selon les normes réglementaires, puis transmettre les factures à la plateforme El Fatoora via un mode de connexion spécifique, Webservice ou SFTP. À cela s’ajoute la communication de de données techniques telles qu’une adresse IP publique fixe, le numéro de série du certificat électronique et l’identification des personnes habilitées à signer. Pour les grandes structures équipées d’ERP performants, ces étapes relèvent de l’ajustement technique.

Pour de nombreuses PME et indépendants, elles représentent un véritable changement de culture administrative et numérique.

 Que disent les experts ?

Le déploiement progressif du système avait déjà concerné certaines catégories d’opérateurs les années précédentes, notamment dans des secteurs spécifiques. Mais l’extension à l’ensemble des opérations soumises à la TVA change d’échelle. Ce n’est plus un segment du tissu économique qui est concerné, mais quasiment l’ensemble des acteurs formels.

Les experts pointent plusieurs problématiques : insuffisance de communication pédagogique en amont, préparation inégale des entreprises, manque d’accompagnement ciblé pour les très petites structures et pression liée à l’entrée en vigueur des sanctions. La réforme, bien que nécessaire dans son principe, exige une infrastructure robuste et une phase d’appropriation adaptée au rythme du terrain.

Car la digitalisation ne se décrète pas uniquement par voie législative. Elle repose sur un écosystème technique stable, des interfaces accessibles et une confiance progressive des usagers.

.. En fin de matinée, la file n’a pas réellement diminué. Elle avance par à-coups, au rythme des vérifications et des explications administratives. Les dossiers changent de main, les écrans s’allument, les connexions se tentent.

Le numérique progresse, mais à pas mesurés. Et pour beaucoup d’entreprises, la révolution digitale commence, pour l’instant, par une attente sur le trottoir.

KS

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