Forêts sous-marines : richesse non protégée dans un écosystème complexe

La législation pour la protection de la plante posidonie a été discutée ce mardi 21 juillet 2026
par les représentants du ministère de l’Environnement et la Commission de l’industrie, du
commerce, des ressources naturelles, de l’énergie et de l’environnement à l’Assemblée des
Représentants du peuple. Cette audition constitue un pas important pour les Tunisiens dans la protection de la biodiversité marine.
Par définition, Posidonia oceanica est une plante marine à fleur qui vit uniquement en
Méditerranée sous forme d’herbiers, véritables forêts sous-marines que l’on peut trouver
jusqu’à 40 mètres de profondeur.
En Tunisie, comme ailleurs en Méditerranée, les herbiers de posidonie appelée en dialecte
tunisien « Dhrii » ont subi une importante régression durant les dernières années, en raison
principalement de la pêche illicite, de la compétition avec des espèces introduites, de
l’aquaculture côtière et de la pression de la pollution chimique sur plusieurs côtes tunisiennes,
surtout dans le golfe de Gabès, connu pour ses herbiers tigrés, selon l’Agence de protection et
d’aménagement du littoral (APAL).
En effet, la posidonie n’est pas une simple plante marine ; elle forme un écosystème
complexe, une véritable « forêt sous-marine » cruciale pour la stabilité du littoral. Elle freine
l’érosion, abrite une biodiversité dense et joue un rôle clé dans la capture du carbone, ce qui
en fait un allié direct dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Les données de recherche confirment d’ailleurs qu’un seul hectare de posidonie absorbe le
carbone à un rythme trois à dix fois supérieur à celui de la forêt amazonienne, comme l’a
mentionné Afef Gharbi, qui figure parmi les personnalités actives pour la protection de cette
espèce.
De plus, la posidonie représente un rempart naturel protégeant nos côtes et nos habitations de
De l’effondrement. Elle n’est pas un simple « débris », comme certains le croient encore. Elle est
au contraire un gardien naturel qui brise la force des vagues et prévient l’érosion des plages
tunisiennes.
Sur le plan socio-économique, préserver la posidonie, c’est aussi préserver les moyens de
subsistance des pêcheurs et stabiliser le prix du poisson. En effet, elle sert à 20 % de
la faune marine méditerranéenne. Sa destruction, entraîne directement l’anéantissement des
stocks de poissons et conduit à une flambée des prix pour les consommateurs.
Enfin, la protection juridique de cette plante constitue un atout économique majeur et un
soutien direct au budget de l’État. Elle ouvre à la Tunisie la possibilité de vendre des « crédits
carbone bleus » à des entreprises internationales en devises, garantissant ainsi au pays d’importants financements verts sans le fardeau de prêts onéreux.
Des campagnes de sensibilisation sont organisées par des figures comme la journaliste Afef
Gharbi, qui pratique le « solutions journalism ». Elle a lancé une campagne inédite intitulée «
Messages d’Underwater : Boussi 2050 » en collaboration avec l’APAL.
Ce projet pionnier en Tunisie utilise l’Intelligence Artificielle (IA) pour transformer la
perception des risques climatiques qui menacent nos côtes. Venue tout droit de l’an 2050,
cette créature marine interpelle les Tunisiens sur l’avenir sombre qui attend notre littoral si
rien n’est fait.
D’où urgence de légiférer pour protéger ce trésor sous-estimé, souvent traité comme un
déchet sans valeur par des citoyens qui ne mesurent pas pleinement l’importance capitale de
ces herbiers pour un avenir écologique de la Tunisie, surtout dans un contexte de réchauffement
climatique, de hausse des prix de l’électricité et de crise énergétique.
Balkis Layouni



