
UniversNews (SEF) – Un recours excessif à la dette publique intérieure risque d’exercer des pressions sur les investisseurs et le système bancaire compromettant ainsi la stabilité du système financier et privant le secteur privé de financement, prévient l’IACE, dans une note d’analyse rendue publique vendredi 6 février 2026.
Intitulée « Le financement de l’économie tunisienne : politique d’endettement budgétaire et rôle du secteur bancaire » cette analyse montre que face l’accès restreint aux ressources de financement extérieur, la Tunisie a opté pour un recours massif et inédit à l’endettement intérieur afin d’assurer le financement du Budget. Cette orientation pourrait être expliquée par la volonté d’alléger le poids des échéances extérieures et limiter la fuite des devises dans la mesure où le service de la dette intérieure ne génère pas de sortie de capitaux vers l’étranger.
« Si cette orientation traduit une adaptation aux contraintes extérieures, elle soulève néanmoins plusieurs enjeux notamment en matière de financement de l’investissement productif, de soutenabilité de la dette intérieure, etc. En effet, nonobstant l’intérêt qu’il présente à court terme, le financement intérieur massif du Budget tend à réduire la disponibilité des ressources financières pour le secteur privé, un phénomène communément appelé « effet d’éviction » ».
L’institut précise que les ressources d’emprunt rapportées au PIB ont enregistré une accélération marquée à partir de 2020 passant de 77,9% du PIB en 2020 à 80,5% du PIB en 2025 traduisant une dépendance manifeste du financement budgétaire à l’endettement. Parallèlement, la structure des ressources d’emprunt du budget a connu, à partir de 2020, une recomposition notable en faveur du financement intérieur au détriment des ressources extérieures.
En 2011, l’emprunt intérieur ne représentait que 35,79% du total des d’emprunts budgétaires alors qu’en 2021 cette part a atteint 47,58% pour s’établir à environ 78,1% en 2025. Cette transformation s’explique par plusieurs facteurs notamment l’absence d’un accord avec le FMI, les difficultés d’accès aux marchés financiers internationaux dans un contexte de révision de la notation souveraine ainsi que la hausse du cout de l’endettement extérieur.
Le total des crédits octroyés par le système bancaire aux entreprises, professionnels et particuliers est passé de 98,8 milliards de dinars en 2020 à 118,6 milliards de dinars en 2024. Cette évolution s’est accompagnée d’une structure relativement stable entre les crédits destinés aux entreprises et aux professionnels d’une part et ceux accordés aux particuliers d’autre part.
Nécessité de mettre en œuvre une action coordonnée et cohérente
L’IACE préconise les solutions suivantes :
- Nécessité de mettre en œuvre une action coordonnée et cohérente, à travers la promotion de partenariats public-privé en tant qu’instrument privilégié de mobilisation des ressources pour la réalisation de projets à fort impact économique et social contribuant à alléger les pressions sur le financement budgétaire et le soutien de la relance de l’économie réelle à travers une politique active de promotion des PME notamment par la mise en place de lignes de crédit dédiées et la mise en place de dispositifs d’incitations favorisant l’investissement productif et l’innovation.
- Réorienter les ressources de financement extérieur vers les projets d’infrastructure et les secteurs à forte valeur ajoutée afin de renforcer la compétitivité de l’économie nationale,
- Renforcer la transparence et la qualité de l’information financière dans le but d’améliorer l’évaluation du risque de crédit
- Favoriser une meilleure allocation des ressources et réduire l’aversion au risque du secteur bancaire.
- Instituer une structure nationale de gestion de la dette publique chargée d’assurer la maitrise de la dynamique d’endettement public dans le cadre d’une stratégie à moyen terme et le suivi, la coordination et la consolidation de l’ensemble des engagements financiers de l’Etat.



