
Tawfik BOURGOU*
- Seule la force compte et on n’a jamais que la diplomatie de son armée et de sa puissance
- La fin de Maduro n’a rien d’exceptionnel… le nombre de fois où on a eu recours à ce type de procédés au fil de l’histoire en fait presque une habitude
- L’Afrique et le monde arabe ont été le domaine où on a vendu à profusion le mensonge du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »
- Une prédation fraternelle est une prédation qu’elle se situe dans la mer des caraïbes ou en Afrique du Nord ou dans la péninsule arabique
UniversNews (Politique) – Il y a quelques années, recevant dans mon université de rattachement Monsieur Russel Walter Mead, j’ai repris, pour introduire sa conférence une phrase de son mentor: «Nul ne peut négliger ses relations avec les Etats-Unis», non pas pour dire que le monde ne peut tourner qu’autour des Etats-Unis, mais pour dire que la puissance des Etats-Unis leur permettait d’atteindre tout point de la planète par leurs capacités s’ils devaient en avoir besoin sans s’encombrer le moins du monde du droit. Non pas que ceci devait être légitime et légal, mais tout simplement, étant «hyperréaliste», je crois que seule la puissance compte.
Les Etats et les pays en capacité de se défendre par eux-mêmes et en capacité de déployer un jeu diplomatique réaliste et de tenir seuls et en monopole leurs frontières, survivront, les autres disparaitront. Ceux qui consentent à déléguer leur défense aux autres disparaitront, seront effacés en tant que peuples et Etats.
Les accords et les alliances ne sont jamais égalitaires, le plus faible est toujours avalé par le plus fort. D’ailleurs, en la matière, la fraternité relève de la baliverne dans les jeux internationaux, elle est servie aux naïfs.
Walter Mead, très influencé certainement par son Mentor Henry Kissinger et par son époque me répliquait que la force et la diplomatie allaient de concert et qu’il devait y avoir un équilibre. Notre discussion avait eu lieu durant la guerre américaine en Irak. Au contraire de ce qu’il pensait, je crois toujours que seule la force compte et qu’on n’a jamais que la diplomatie de son armée et de sa puissance. Le reste n’est qu’une douce poésie. Sans intérêt aucun. L’actualité le montre.
Sans « Hard power » pas de « soft power », la force impose les idées, les meilleures des idées comme en 1945, mais aussi les pires comme en ce moment de l’histoire où nous voyons devant nos yeux finir le monde d’avant, celui de 1945, « illusoirement » construit autour du droit et de l’égalité entre les peuples et les Etats. Mais ce fut illusoire aussi bien entre 1945 et 1992 que depuis. Est-il nécessaire d’égrener toutes les guerres de prédation depuis 1992 ? La liste serait longue.
La fin de Maduro n’a rien d’exceptionnel, ni rien de pathétique, le nombre de fois où on a eu recours à ce type de procédés dans le monde et au fil de l’histoire en fait presque une habitude, à l’est comme à l’ouest. La Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Pologne sous l’URSS étaient des pays confisqués et Moscou posaient et déposait qui elle voulait. Les Etats-Unis n’étaient pas en reste de Mossadegh en Iran aux Somoza au Nicaragua, en passant par les Duvalier à Haïti ou de Trujillo en République Dominicaine ou de Battista à Cuba, Panama avec Noriega désigné par le sobriquet «face d’Ananas» jusque dans les couloirs de la CIA dont il fut un des agents d’ailleurs, Pinochet au Chili a été encore plus sinistre, mais imposé depuis l’extérieur, justement par la doctrine Kissinger.
L’Afrique et le monde arabe ont été le domaine où on a vendu à profusion le mensonge du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » vraisemblablement la blague la plus cynique jamais prononcée. Les Etats tiers, les plus puissant disposent des peuples et de leur devenir si ces derniers ne se donnent par les moyens d’agir par eux-mêmes pour leur propre compte.
A ce titre et à l’occasion de l’anniversaire de la ridicule « révolution » de janvier 2011, certaines questions méritent d’être posées comme à chaque année depuis quinze ans. Nous connaissons les réponses, mais un rappel s’impose.
Qui a ordonné à Ben Ali de partir et qui lui a choisi son exile saoudien ? Madame Clinton et Monsieur Obama. Qui a choisi les islamistes pour lui succéder ? Madame Clinton et Monsieur Obama.
Les printemps et le romantisme de la jacquerie sont une idiotie servie aux naïfs. Quinze ans après, l’aboutissement de la jacquerie souligne son origine : une quasi-colonisation subsaharienne sous l’égide de mafias et d’ONG subventionnées par d’occultes officines.
Maduro, comme tous ceux qui vont suivre dans l’espace caribéen, dans le monde arabe et en Iran, certainement, ont le malheur de ne pas être dans l’axe du moment et de déplaire à Washington ou à la firme Chevron ou aux deux à la fois. On peut le déplorer mais c’est une réalité.
L’ère des protecteurs extérieurs et même l’idée d’un BRICS « alternatif» à Washington est morte, abattue en janvier 2025 par Monsieur Trump et certainement par ses successeurs même s’ils devaient être du parti démocrate. Nous l’avons écrit ici à maintes reprises à l’endroit du voisin de l’ouest, le concept BRICS a été inventé par un économiste américain, mais sa consistance est intimement liée à la sphère économique des Etats-Unis, il suffit d’étudier calmement les relations économiques entre les Etats-Unis et le Brésil et celles entre la Chine et les Etats-Unis pour comprendre que cette alternative n’est pas protectrice politiquement car économiquement elle dépend des règles que les Etats-Unis ont imposé au reste du monde et ils ont encore capacité d’en écrire d’autres, voire même à se délier de leurs propres engagements en matière de libre-échange. On peut le déplorer, mais la Rome de notre temps c’est encore eux. La force s’impose au droit et à la morale.
Comme Bachar Al Assad, Maduro est tombé après un accord tacite au moins entre la Russie, la Chine et les Etats-Unis. Moscou a poussé un petit cri convenu d’avance avec Washington, Pékin s’est fendu d’un « petit » communiqué.
On peut reprocher aux Américains leur attitudes, je suis souvent le premier à les égratigner, mais qu’ont fait les émiratis il y a quelques jours au Yémen et auparavant au Soudan ?
Qu’a fait l’Arabie Saoudite dans sa riposte aux Emiratis et auparavant durant six ans de guerre dans le même Yémen ?
Qu’a fait le Qatar en Tunisie et en Libye. Que tentent de faire certains pays en Tunisie ? Ce sont tout autant des ingérences et si on veut retenir l’argument du droit et alors on devrait le tenir pour tous.
En ce début du second quart du siècle, nous entrons dans l’ère de la prédation des ressources des autres et de leurs territoires. De façon ouverte, assumée et même défendue.
Dans le monde arabe, jusque-là, les Etats se sont interdit la prédation directe, hormis la Syrie au Liban au temps des Assad. Bien avant Trump et bien avant Maduro, certains Etats arabes ont commencé un mécanisme annexionniste et un grandisme maquillé en accords plus ou moins imposés au voisin le plus faible. Ce n’est pas plus différent que ce que les Israéliens ont fait et font en Syrie ou ce que les Saoudiens et les Emiratis font aux Yémen.
Ce sont des prédations de territoires, de ressources et de patrimoine immatériel, et si on devait revenir au droit international qui n’est invoqué par certains que lorsque les Etats-Unis et leurs alliés agissent, un crime de prédation au détriment de son voisin n’en est pas moins un crime si le voisin est un « frère » arabe ou qu’on sert le « ridicule » et « imbécile » argument de la continuité de sécurité pour le justifier.
Une prédation fraternelle est une prédation qu’elle se situe dans la mer des caraïbes ou en Afrique du Nord ou dans la péninsule arabique.
Les arguments de « fraternité » comme ceux du droit, s’ils sont brandis par le plus puissant d’une alliance, servent à maquiller un hégémonisme, le monde arabe et le Maghreb ne dérogent pas à la règle, surtout en ces temps terribles pour les plus faibles.
Les naïfs qui ont bradés leurs frontières ne se réveilleront que le jour où ils seront étrangers sur la terre de leurs ancêtres, nous laissons aux lecteurs le choix des exemples passés et ceux actuels.
Clausewitz disait « Aucun Etat ne vole au secours d’un autre sans tenir compte de ses intérêts propres ». C’est la loi absolue, peu importe sous quels oripeaux se présente le pseudo protecteur.
Un proverbe Kurde dit « Nous t’avons nommé prince des poulets » a-t-il été dit au renard. Il répondit en pleurant « je n’ose croire à ma chance ».
Vous connaissez certainement l’identité des poulets et des renards dans le monde arabe et dans au Maghreb. Les Etats-Unis ne sont pas une exception.
T.B.
* Politologue



