La Tunisie dans le collimateur du GAFI: Eviter à tout prix un retour inquiétant… sur la liste grise??!!!

- Recrudescence du cash, prolifération des bureaux de change et failles judiciaires alimentent les inquiétudes internationales !?!
- La loi relative aux chèques, censée moderniser et sécuriser les instruments de paiement, a conduit à une substitution des paiements par chèque au profit du cash
- Malgré les efforts visibles déployés ces dernières années, la Tunisie continue de souffrir d’une lenteur préoccupante dans le traitement des affaires de BA/FT
- Les bailleurs de fonds internationaux redoutent une détérioration de la réputation financière du pays, ce qui pourrait freiner financements, aides et IDE
UniversNews (SEF) – À l’issue d’une mission d’inspection menée récemment en Tunisie, le Groupe d’Action Financière (GAFI) a réveillé les vieux démons et le spectre de nouvelles sanctions. A cet effet, tout le monde juge qu’il est impératif d’éviter la possibilité d’un retour du pays sur sa liste grise de cette instance internationale, en présentant des insuffisances stratégiques en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (BA/FT). Plusieurs signaux préoccupants ont été relevés, mettant en lumière une fragilisation du dispositif tunisien face aux flux financements illicites.
Une transformation réglementaire aux effets inattendus
Selon plusieurs observateurs, le risque d’un reclassement sur la liste grise trouve sa principale explication dans la récente réforme du système des paiements, notamment la loi n° 2024-41 relative aux chèques.
Cette loi, censée moderniser et sécuriser les instruments de paiement, a paradoxalement conduit à une substitution des paiements par chèque au profit du cash, favorisant ainsi une explosion des transactions en espèces.
Les experts alertent :
« L’augmentation de l’utilisation du cash accroît mécaniquement les risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme, un indicateur scruté de près par le GAFI. »
La circulation massive de liquidités crée un environnement propice aux opérations non traçables, compliquant la tâche des autorités dans un contexte déjà jugé fragile.
Prolifération des bureaux de change et faiblesse des contrôles
Autre source majeure d’inquiétude : la multiplication rapide des bureaux de change privés sur le territoire tunisien.
Alors que cette libéralisation visait à canaliser et formaliser le marché parallèle des devises, elle s’est traduite par une augmentation fulgurante du nombre de points de change, sans que les capacités de contrôle ne suivent.
Plusieurs experts du secteur signalent :
- Des lacunes importantes dans les inspections,
- Des défaillances dans les obligations déclaratives,
- Et un risque élevé d’utilisation de ces bureaux comme vecteurs potentiels de blanchiment, notamment dans les zones frontalières.
L’insuffisance des contrôles, due tant à un manque de moyens qu’à une coordination institutionnelle limitée, est aujourd’hui pointée par les partenaires internationaux comme un risque systémique.
Une justice lente face aux affaires de blanchiment
Malgré les efforts visibles déployés ces dernières années, notamment à travers des programmes de formation intensifs destinés aux juges et aux magistrats spécialisés, la Tunisie continue de souffrir d’une lenteur préoccupante dans le traitement des affaires de BA/FT.
Les dossiers s’accumulent, les procédures traînent, et les condamnations restent limitées en comparaison du volume des affaires signalées par la CTAF, les banques ou les autorités de régulation.
Cette inertie est perçue comme l’un des points les plus faibles par le GAFI, qui exige non seulement un cadre légal adéquat, mais aussi des résultats concrets, mesurés en enquêtes, sanctions, condamnations et confiscations effectives.
Un climat d’incertitude pour les entreprises et les bailleurs
Pour les entreprises, en particulier les PME, la recrudescence du cash complique la gestion de la trésorerie et augmente le risque d’exposition à des partenaires dont les transactions échappent aux circuits bancaires.
Les bailleurs de fonds internationaux, quant à eux, redoutent une détérioration de la réputation financière du pays, ce qui pourrait freiner financements, aides et investissements directs étrangers (IDE).
Un défi stratégique pour les autorités tunisiennes
Le gouvernement se retrouve désormais face à un enjeu déterminant :
- Moderniser les instruments de paiement,
- Renforcer les contrôles sur les bureaux de change,
- Accélérer le traitement judiciaire des affaires BA/FT,
- Tout en préservant la crédibilité financière du pays auprès de ses partenaires internationaux.
Les prochains mois seront cruciaux. La communauté financière tunisienne, tout comme les institutions internationales, attendent avec attention les recommandations et les décisions qui découleront de l’évaluation du GAFI.



