
Tawfik BOURGOU
- Par leur ingérence, leurs soutiens aux islamistes depuis 2011, les Etats-Unis ont contribué à démolir la Tunisie
- En poussant et soutenant l’islam politique, les Etats-Unis ont poussé à la déstabilisation de la Tunisie à un niveau jamais atteint depuis 1956
- Le Département d’Etat et la CIA ne pouvaient ignorer que les islamistes avaient envoyé près de 9000 tunisiens, partis assassiner et violer en Syrie
- Le peu que nous avons lu du successeur de Monsieur Hood et ce que nous voyons de la nouvelle politique américaine augurent de très mauvaises choses pour la Tunisie
- Dès 2011, la Tunisie inaugure la pire période d’insécurité sur son territoire : terrorisme, criminalité organisée et le pire allait suivre : l’invasion subsaharienne
Tunis, UniversNews (Tribune) – L’Ambassadeur Hood quitte la Tunisie après la fin de sa mission, il a laissé un document filmé dans lequel il affirme que «La Tunisie sera un point de stabilité pour tout le continent».
Pour sa dernière apparition et son dernier message nous allons le contredire mot pour mot et nous allons dresser le bilan des Etats-Unis en Tunisie durant les quinze dernières années, les pires de l’histoire de la Tunisie, colonisation compris, les pires dans l’histoire des relations entre les deux pays.
Par leur ingérence, leurs soutiens aux islamistes depuis 2011, les Etats-Unis ont contribué à démolir la Tunisie. Certes, ils ne sont pas les seuls responsables, le peuple tunisien est responsable de ses malheurs, les pays limitrophes, surtout l’Algérie et l’Italie ont été des acteurs de la déstabilisation et de l’effondrement de la Tunisie.
L’Amérique de l’Administration Obama, le département d’Etat sous Madame Clinton de son aveu, de façon explicite, dans son livre, ont prêté main forte au pire groupe politique, au pire ramassis de nihilistes, anciennement des terroristes, ont adoubé le Qatar une microscopique autocratie comme financeur de la démocratie en Tunisie. En poussant et soutenant l’islam politique, les Etats-Unis ont poussé à la déstabilisation de la Tunisie à un niveau jamais atteint depuis 1956.
Quand, en 2011, les Etats-Unis poussent à la fuite de Ben Ali et imposent à sa place les islamistes d’Ennahdha soutenus ouvertement, publiquement et sous la menace véhémente de Madame Clinton lors de la funeste réunion de Paris de février 2011, ils ne pouvaient ignorer que l’islam politique allait démolir la Tunisie, ils savaient que les islamistes tunisiens allaient s’enrôler dans le djihadisme transformationnel, sous la férule des services de renseignement américains et occidentaux, notamment en Syrie. Le Département d’Etat et la CIA ne pouvaient ignorer que leurs nouveaux amis, les islamistes, avaient envoyé près de 9000 tunisiens hommes et femmes, partis assassiner et violer en Syrie.
L’Ambassadeur Hood, ne peut ignorer que la Tunisie avait été érigée en laboratoire par l’Administration Obama pour tester le « concordat » planétaire entre les Etats-Unis et les frères musulmans et plus largement la mouvance islamo-djihadiste. Cette expérience, non seulement a échoué dans la construction d’une hypothétique démocratie (incompatible avec l’Islam politique par principe), elle a eu pour conséquence d’enclencher un processus de régression que les Tunisiens voient chaque jour dans leur quotidien : invasion submersive subsaharienne, une évaporation de l’Etat et une démolition des fondamentaux du quotidien.
Dès 2011, de laboratoire d’une démocratie par financement qatari et sous la férule de l’islam politique, la Tunisie va glisser vers le statut peu enviable de lupanar de l’Afrique, la Tunisie inaugure la pire période d’insécurité sur son territoire : terrorisme d’abord, criminalité organisée et le pire allait suivre : l’invasion subsaharienne.
Depuis 2011, les coûts de la sécurité ont explosé, les budgets de la défense et de la sécurité intérieur ont atteint des sommets en ratio du PIB, sans aucun résultat en termes de sécurité publique et en termes de sécurisation des frontières. Pire, cela ressemble à un tonneau des Danaïdes, plus les coûts de la sécurité augmentent plus l’efficacité de la sécurité baisse. Nous avons enseigné cela dans les cas des pays d’Amérique centrale et dans le cas du Sud Vietnam. C’est le cas actuellement en Tunisie. Ce processus n’augure d’ailleurs rien de positif à court terme. La faille est à chercher dans le modèle sécuritaire imposé par les Etats-Unis et par l’Italie. C’est ce modèle qui peut causer la perte de la Tunisie à terme.
Certes les Etats-Unis ont été le principal pourvoyeur d’aide militaire et d’équipement divers, de formations qui n’ont même pas permis de stabiliser le pays qui s’enfonce chaque jour dans l’importation sur le sol national des problèmes de l’Afrique subsaharienne dont les populations profitent de l’effondrement du système frontalier tunisien pour coloniser villes et villages.
De quelle exemplarité nous parle alors Monsieur Hood ?
Pour très bien connaitre l’histoire militaire américaine, la phrase prononcée par Monsieur Hood lors de sa visite à la Marine Nationale, ressemble à ces phrases prononcées par des diplomates ou des militaires américains lorsqu’ils quittent un pays et qu’ils ont la secrète conscience que peut-être le miel des bonnes intentions s’est mué en un poison. Cela m’a rappelé la dernière rencontre entre le secrétaire d’Etat de l’administration Nixon et le chef de l’Etat du Vietnam du Sud ou plus proche de nous, les phrases rassurantes de l’administration Biden à laquelle appartient Monsieur Hood qui, à la veille de l’effondrement du régime d’Achraf Ghani, affirmait avoir planté une graine de stabilité en Afghanistan. On a vu la suite avec des grappes humaines s’accrochant au dernier Galaxy C17 quittant Kaboul, un air de Saigon, un certain 30 avril 1975.
Bien sûr, on ne peut pas souhaiter un tel destin à la Tunisie, mais le peu que nous avons lu du successeur de Monsieur Hood et ce que nous voyons de la nouvelle politique américaine augurent de très mauvaises choses pour la Tunisie coincée entre l’Algérie et l’Italie, envahie par des peuples que le patron de Monsieur Hood, le Secrétaire d’Etat Blinken avait osé qualifier de « Peuple originel de la Tunisie », oubliant que la Tunisie est d’essence berbère à 98% et non subsaharienne.
Mais de ce que nous avons vécu avec les Etats-Unis depuis 2011, pour avoir connu ce pays et son administration, longuement et profondément, nous ne sommes même pas déçus. Ce que nous voyons est une constante de l’histoire américaine et une suite d’échecs qui se répètent à l’infini. Pour nos fonctions académiques, nous avions compté 17 cas depuis 1947, un nombre appelé à augmenter au regard de ce que nous voyons.
Souhaitons néanmoins, à Monsieur Hood, la plus belle des suites de carrières.
T.B.
Politologue



