À la uneAnalyses UNIVERSNEWSECONOMIE

L’inflation ralentit… mais le panier de la ménagère résiste encore à l’accalmie

Un ralentissement de l’inflation qui cache encore de fortes disparités

Les prix libres et les services entretiennent les tensions inflationnistes

Des indicateurs au vert, mais une amélioration encore peu perceptible pour les ménages

Le vrai défi : transformer la baisse de l’inflation en gain de pouvoir d’achat

Le thermomètre de l’inflation affiche enfin un léger répit. En juillet 2026, la hausse des prix en Tunisie recule à 5,1 %, son niveau le plus bas depuis plusieurs mois. Une évolution encourageante qui pourrait laisser croire à une amélioration du pouvoir d’achat. Pourtant, derrière cette embellie statistique, la réalité des ménages reste bien différente : les produits les plus consommés continuent de flamber, tandis que les services et les biens manufacturés entretiennent une inflation persistante. Entre satisfaction des économistes et frustration des consommateurs, les chiffres publiés par l’Institut National de la Statistique (INS) racontent une histoire plus nuancée qu’il n’y paraît.

  • Une inflation en baisse, portée par le ralentissement des prix alimentaires

Selon les dernières données de l’INS, l’inflation annuelle s’est établie à 5,1 % en juillet 2026, contre 5,3 % en juin, confirmant une tendance graduelle à la décélération. L’indice général des prix atteint désormais 196,2 points (base 100 en 2015), tandis que les prix progressent de 0,2 % sur un mois.

Cette amélioration est essentiellement attribuable au ralentissement des prix du groupe « Alimentation et boissons », dont la hausse annuelle passe de 7,1 % à 6,6 %. Il s’agit d’un signal positif, l’alimentation représentant plus du quart de la structure de consommation des ménages tunisiens.

Cependant, cette moyenne masque des disparités importantes. Plusieurs produits essentiels continuent d’enregistrer des hausses particulièrement marquées :

  • Viande ovine : +16,7 % 
  • Fruits frais : +13,8 % 
  • Viande bovine : +13,7 % 
  • Volailles : +12,5 % 
  • Poissons frais : +11,6 % 

À l’inverse, quelques produits apportent un léger répit aux consommateurs :

  • Huiles alimentaires : -4,9 % 
  • Œufs : -3,8 % 

En d’autres termes, si les statistiques montrent un ralentissement de l’inflation, le contenu du panier de la ménagère demeure soumis à de fortes tensions.

  • Les produits libres continuent d’alimenter la hausse des prix

L’un des enseignements majeurs du rapport de l’INS réside dans l’écart persistant entre les produits soumis aux mécanismes du marché et ceux dont les prix sont administrés.

En juillet :

  • Les produits à prix libres affichent une inflation de 6,2 % ; 
  • Les produits à prix encadrés ne progressent que de 1,1 %. 

Cette différence illustre le rôle stabilisateur de la politique d’encadrement des prix. Toutefois, elle révèle également que la pression inflationniste demeure concentrée sur les segments où les prix sont déterminés librement par le marché.

Cette dualité constitue aujourd’hui l’une des principales caractéristiques de l’inflation tunisienne.

  • Les services demeurent sous tension

Autre enseignement important : l’inflation ne provient plus uniquement de l’alimentation.

L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits alimentaires frais et l’énergie et reflète la tendance de fond des prix, s’établit à 4,8 %, contre 4,9 % en juin. Cette légère baisse confirme que les tensions restent profondément ancrées dans plusieurs secteurs.

Les hausses les plus significatives concernent notamment :

  • Restaurants et hôtels : +6,5 % sur un an et +1,4 % sur un mois, la plus forte progression mensuelle de l’ensemble des groupes de consommation ;
  • Santé : +5,8 % sur un an et +0,7 % sur un mois ;
  • Articles d’habillement et chaussures : +9,1 % sur un an ;
  • Logement, eau, gaz et électricité : +4,3 %. 

Ces évolutions traduisent une inflation de plus en plus portée par les services et les produits manufacturés, phénomène généralement plus difficile à résorber que les fluctuations des produits alimentaires.

  • Une contribution toujours dominée par les produits manufacturés

La décomposition de l’inflation montre que les principales contributions proviennent :

  • Des produits manufacturés, qui représentent 1,8 point des 5,1 % d’inflation ;
  • Des services, avec 1,4 point ;
  • De l’alimentation, des boissons et du tabac, avec 1,2 point ;
  • De l’énergie (0,4 point) ;
  • Des autres produits (0,3 point).

Cette structure confirme que les tensions inflationnistes se diffusent progressivement dans l’ensemble de l’économie et ne sont plus uniquement liées aux produits alimentaires.

  • Une amélioration réelle… mais encore insuffisante

La baisse de l’inflation constitue incontestablement une bonne nouvelle pour les autorités économiques. Elle traduit les premiers effets du resserrement monétaire engagé par la Banque centrale ainsi que l’apaisement progressif de certaines tensions sur les marchés internationaux.

Mais pour les ménages, le ressenti reste bien différent.

Les produits les plus consommés continuent d’afficher des hausses à deux chiffres, tandis que les dépenses contraintes – santé, logement, restauration ou habillement – poursuivent leur progression. Dans ces conditions, le ralentissement de l’inflation demeure largement imperceptible dans le budget quotidien des familles.

Surtout, le maintien d’une inflation sous-jacente proche de 5 % montre que les tensions restent structurelles. Sans amélioration durable de la production locale, de la productivité et des circuits de distribution, la Tunisie restera exposée aux chocs extérieurs et à une inflation difficile à ramener vers les standards internationaux.

Le chiffre de 5,1 % constitue donc davantage un motif d’encouragement qu’un motif de satisfaction. La désinflation est engagée, mais elle n’a pas encore produit son principal effet : redonner un véritable pouvoir d’achat aux ménages tunisiens. Le défi des prochains mois sera de transformer cette amélioration statistique en une amélioration concrète du quotidien des citoyens.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page