
Par Sadok Chaabane, professeur universitaire, ancien ministre de la Justice
Tunis – Univers News. Si les Frères musulmans parviennent à vous déposséder de vos droits, la faute vous incombera entièrement… Bourguiba a fait sa part, et maintenant c’est à vous de faire la vôtre… Bourguiba a promulgué le meilleur texte que la République ait jamais connu… et Ben Ali a poursuivi dans cette voie, inscrivant vos acquis dans la Constitution pour en renforcer l’intégrité et la rendre inviolable par une simple loi… et les Républicains se sont dressés contre ceux qui ont instrumentalisé la révolution et ont empêché l’adoption de ce projet funeste qui, en 2012, visait à anéantir le plus grand acquis de la République et le texte le plus important… et à replonger les femmes dans l’obscurité… réduites à la procréation, cantonnées au foyer, à compléter l’homme et rien de plus, à obéir à ses ordres ou à ses désirs, à être envoyées à l’étranger pour être mariées de force au djihad, à n’avoir qu’un quart d’un homme, à hériter de la moitié de l’héritage masculin, à ne pas choisir l’âge de leur mariage, à ne pas choisir leur époux, à ne pas divorcer à leur guise et à laisser leur mari divorcer à sa guise. Ne rien choisir, ne pas quitter la maison sans le consentement de son mari, ne pas voyager sans autorisation écrite, ne pas se trouver dans des lieux sans la présence d’un tuteur masculin… et ainsi de suite, autant de formes d’asservissement que les filles de Tunisie ignorent aujourd’hui…On aborde désormais le problème sous de nouveaux angles… pas à pas… jusqu’à ce que les acquis soient engloutis un à un, et que tous les gains vous soient arrachés…Le report de l’âge légal du mariage n’est pas lié au Code de la famille, pas plus que le taux élevé de divorce, ni les problèmes de pension alimentaire… ce ne sont que des prétextes…
Concernant la question de la pension alimentaire, par exemple, je rappelle qu’en 1993, le Code de la famille a été amendé, et que j’étais alors ministre de la Justice et que j’ai proposé cette modification… Nous avons remplacé le principe d’obéissance par le principe de coopération (de « la femme doit obéir à son mari » à « les époux coopèrent… »), et nous avons transformé la gestion paternelle de la famille en une gestion conjointe par les deux parents… En contrepartie, la femme a l’obligation de subvenir aux besoins de sa famille si… Elle a de l’argent… Et c’est là que les tribunaux ont un rôle majeur à jouer pour une meilleure application des textes, afin que l’on considère la famille dans son ensemble, et non seulement un homme et une femme, que l’on s’adapte au mode de vie actuel, que l’on allège les difficultés de la vie des familles et que l’on réduise les conflits et les sanctions…
Le Code de la famille n’est pas un texte… Le Code de la famille est une civilisation… C’est ce qui nous a distingués dans le monde entier… C’est ce qui nous a valu le respect… Et y renoncer, c’est reculer non seulement de quelques années, mais de siècles entiers… Tant que la pensée obscurantiste continuera de nous entourer… Tant que la lumière n’aura pas pénétré les sociétés qui nous entourent, cette situation désastreuse exige notre vigilance constante… Ô filles de Tunisie, défendez vos droits… Défendez la Tunisie, car votre retard est aussi celui des hommes et celui de toute la Tunisie…



