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PLF 2026 : un budget de relance… sous perfusion monétaire

UniversNews a décrypté l’essentiel du projet de loi de finances pour 2026, un texte dense et stratégique qui ambitionne de relancer la machine économique tunisienne tout en consolidant la cohésion sociale.

Présenté comme un budget de relance et de reconstruction nationale, il s’inscrit dans la continuité du Plan de développement 2026–2030, avec trois priorités clairement affichées : justice sociale, soutien à la production et discipline budgétaire.

Mais derrière les grandes annonces, le projet révèle aussi les limites d’un modèle économique sous tension : une croissance encore fragile, une pression fiscale déjà à son comble, et un recours sans précédent à la Banque centrale de Tunisie (BCT) pour financer directement le déficit public.

Le texte consacre en effet 63,6 milliards de dinars de dépenses pour 52,5 milliards de recettes, creusant un déficit d’environ 11 milliards de dinars, soit près de 7 % du PIB.

Pour le combler, le gouvernement mise sur un montage financier mixte, combinant emprunts extérieurs et intérieurs, mais surtout un appui monétaire exceptionnel de la BCT de 11 milliards de dinars, sans intérêts, sur quinze ans. Une mesure inédite, jugée par certains comme un acte de souveraineté financière, et par d’autres comme une dérive risquée vers la monétisation du déficit.

Sur le plan social, le projet assume des choix forts : revalorisation des salaires et retraites, régularisation des contractuels, appui à l’emploi des jeunes diplômés et renforcement des budgets sociaux dans la santé, l’éducation et le logement.

Une orientation saluée pour sa dimension humaine, mais critiquée pour son coût budgétaire lourd dans un contexte d’endettement déjà élevé.

Côté fiscalité, la création d’un impôt sur la fortune marque un virage symbolique vers plus d’équité.
Mais dans une économie où l’informel représente plus d’un tiers du PIB, son impact réel dépendra surtout de la capacité de l’administration à identifier et taxer efficacement les patrimoines dissimulés.

Le texte affiche également une volonté de relancer la production et l’investissement, avec des lignes de crédit ciblées pour les PME, les jeunes entrepreneurs et les agriculteurs, ainsi qu’une série de mesures incitatives pour la transition énergétique et l’inclusion sociale.
La création d’un Fonds pour les personnes handicapées, les microcrédits sans intérêt et la promotion des énergies renouvelables traduisent cette orientation plus solidaire et durable.

Enfin, le projet engage une modernisation prudente de l’administration fiscale, via la généralisation de la facture électronique, la numérisation des contrôles et la simplification des procédures pour les Tunisiens à l’étranger.

Des réformes certes nécessaires, mais encore timides au regard des défis structurels.

En somme, la loi de finances 2026 illustre la volonté du gouvernement de relancer l’économie sans renoncer à la souveraineté monétaire, quitte à bousculer les orthodoxies budgétaires.
Un budget de relance, certes ambitieux et social, mais placé sous perfusion monétaire, où l’équilibre entre solidarité et soutenabilité reste à inventer.

Un budget social, ambitieux… et risqué

Le projet de loi de finances pour 2026 se présente comme un tournant stratégique dans la politique économique tunisienne. Adossé au Plan national de développement 2026–2030, il revendique un triple objectif : justice sociale, relance productive et maîtrise budgétaire.
Mais derrière le discours volontariste, le texte révèle aussi les fragilités structurelles d’un État en quête d’équilibre : croissance en panne, pression fiscale à saturation et dépendance accrue à la Banque centrale.

Le budget 2026 prévoit 63,6 milliards de dinars de dépenses pour 52,5 milliards de recettes, soit un déficit de près de 11 milliards de dinars, l’équivalent d’environ 7 % du PIB.

Une trajectoire qui reste préoccupante, malgré la volonté affichée de contenir les dérives.

Des priorités sociales assumées

Le gouvernement a choisi de remettre l’humain au centre du dispositif budgétaire.
Les priorités affichées sont claires : emploi, pouvoir d’achat et services publics.

  • Hausse progressive des salaires et des retraites sur la période 2026–2028 ;
  • Prise en charge par l’État d’une partie des cotisations sociales pour les diplômés recrutés dans le privé ;
  • Régularisation des travailleurs temporaires (enseignants, ouvriers, contractuels) ;
  • Renforcement des budgets sociaux : santé, éducation, logement et transport.

Ces mesures, bien accueillies par les syndicats, s’inscrivent dans une logique de réconciliation sociale, mais alourdissent mécaniquement la charge budgétaire à court terme.

En chiffres

  • Dépenses : 63,6 milliards DT
  • Recettes : 52,5 milliards DT
  • Déficit : 11 milliards DT
  • Service de la dette : 15,8 milliards DT
  • Emploi public autorisé : 687 000 postes

Une fiscalité « plus juste » mais encore symbolique

Parmi les nouveautés, la création d’un impôt sur la fortune constitue un tournant historique.
Cet impôt, prélevé à hauteur de 0,5 % à 1 % sur les patrimoines supérieurs à 3 millions de dinars, vise à renforcer la progressivité du système fiscal et à réduire les écarts entre grandes fortunes et classes moyennes.

Mais dans une économie où l’informel représente plus de 35 % du PIB et où la fraude fiscale reste massive, la portée réelle de cette mesure demeure limitée.

Le symbole est fort, mais l’efficacité dépendra de la capacité de l’administration à identifier, contrôler et taxer les patrimoines réels, souvent logés dans des structures opaques.

Le financement du budget : entre orthodoxie et audace

Le point le plus sensible du texte reste sans doute le mode de financement du déficit.
Le gouvernement mise sur un montage mixte :

Sources de financement

  • Emprunts extérieurs : 6,8 milliards DT
  • Emprunts intérieurs : 19 milliards DT
  • Autres ressources : 1,2 milliard DT
  • Total : 27 milliards DT

Mais la véritable rupture se situe ailleurs : la Banque centrale de Tunisie (BCT) est désormais autorisée à financer directement le Trésor public à hauteur de 11 milliards de dinars, sans intérêts, sur une période de 15 ans, dont 3 années de grâce.

Une mesure exceptionnelle, qui contourne la loi de 2016 interdisant le financement monétaire du déficit.
L’exécutif la présente comme une « réponse souveraine » à la rareté du financement extérieur et une solution temporaire pour soutenir les équilibres internes.

Cependant, cette orientation inquiète les observateurs : monétiser le déficit revient à injecter de la monnaie sans contrepartie productive, avec un risque réel de pression inflationniste et de dépréciation du dinar.

Autrement dit, un pari audacieux, mais potentiellement coûteux.

 Le prêt BCT en bref:

  • Montant : 11 milliards DT
  • Taux : 0 %
  • Durée : 15 ans (3 ans de grâce)
  • Objet : financement temporaire du déficit budgétaire
  • Base légale : article 12 du PLF 2026

Soutien ciblé à la production et à l’investissement

Le projet ne se limite pas à la dépense sociale.

Plusieurs lignes de crédit dédiées visent à relancer le tissu productif :

  • 15 millions de dinars pour les entreprises des régions intérieures ;
  • 10 millions pour les PME et start-up ;
  • 23 millions pour les jeunes créateurs de projets ;
  • 10 millions pour les petits agriculteurs.

L’État s’engage aussi à prendre en charge une partie du taux d’intérêt (jusqu’à 3 points) pour les crédits d’investissement productif.

Une orientation salutaire, mais encore modeste au regard des besoins de financement du secteur privé, étranglé par le coût du crédit et la frilosité bancaire.

Transition énergétique et inclusion sociale

Autre axe fort du texte : la transition verte et la solidarité sociale.
Le PLF 2026 prévoit :

  • Une réduction des droits de douane sur les panneaux solaires et batteries au lithium ;
  • Des exonérations pour les voitures hybrides et électriques ;
  • La création d’un Fonds national pour les personnes handicapées, financé par une taxe sur les assurances ;
  • Des microcrédits sans intérêt pour les familles à faible revenu.

Ces mesures confirment un virage vers un modèle économique plus inclusif et durable, mais leur succès dépendra de l’efficacité administrative et de la capacité de suivi des projets sur le terrain.

Réformes structurelles : entre modernisation et précaution

Le gouvernement affiche sa volonté de moderniser la fiscalité :

  • Extension de la facture électronique à tous les services ;
  • Simplification des démarches pour les Tunisiens résidant à l’étranger ;
  • Numérisation des procédures fiscales et douanières ;
  • Révision des délais de prescription et de contrôle.

Mais ces réformes, bien que nécessaires, restent progressives et prudentes, signe que l’exécutif avance à petits pas pour ne pas fragiliser davantage un climat économique déjà incertain.

Un pari sur la confiance

En somme, la loi de finances 2026 se veut celle de la reconstruction nationale :
un État plus social, une économie à relancer, et une Banque centrale mise à contribution.

C’est un texte courageux mais périlleux, où l’audace budgétaire flirte avec la frontière de la prudence monétaire.

Le gouvernement parie sur un retour de la confiance interne pour compenser le gel du financement international, notamment celui du FMI.

Verdict : une relance nécessaire, mais sous haute surveillance

Le PLF 2026 illustre la volonté de l’État tunisien de reprendre la main sur sa politique budgétaire.
Mais il ouvre aussi un débat de fond : jusqu’où peut-on repousser les limites de la discipline monétaire au nom de la souveraineté ?

Une chose est sûre : entre ambitions sociales et contraintes financières, la Tunisie joue en 2026 une partie décisive pour son avenir économique et institutionnel.

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