
A-t-on tiré les leçons de la crise énergétique de l’été 2026 en Tunisie ? Les crises énergétiques peuvent-elles servir de déclic pour la transition vers les énergies renouvelables ?Hamdi Hached, activiste écologique, travaille sur plusieurs fronts pour améliorer la situation énergétique en Tunisie. a relevé, dans un post publié sur Facebook, que les crises énergétiques sont interdépendantes et révèlent que le danger actuel ne réside pas dans la crise elle-même, mais dans la capacité de l’État, de la société et de l’économie à continuer de fonctionner lorsqu’un système essentiel dysfonctionne .
Dans une publication intitulée « Dix leçons stratégiques pour la Tunisie après les crises de l’été 2026 » Hached a souligné que ce qu’a vécu la Tunisie durant l’été 2026 ne doit pas être perçu comme une série d’événements isolés : une vague de chaleur prolongée, une pression immense sur le réseau électrique et des coupures de courant fréquentes, des perturbations de l’approvisionnement en eau, des incendies de forêt, des pertes subies par les citoyens, les commerces et les petites entreprises, et souvent un manque d’informations claires et opportunes.Ces crises sont interdépendantes et révèlent que le danger actuel ne réside pas dans la crise elle-même, mais dans la capacité de l’État, de la société et de l’économie à continuer de fonctionner lorsqu’un système essentiel dysfonctionne. Il est donc nécessaire de tirer des enseignements fondamentaux de cet été.
Le premier point est le passage de la gestion de crise à l’anticipation. L’État ne doit pas attendre les coupures de courant, les incendies de forêt ou les températures dangereusement élevées pour agir. Il est indispensable d’adopter une gouvernance anticipative, en utilisant les prévisions météorologiques, les indicateurs de consommation, les cartes des risques et les systèmes d’alerte précoce pour prendre des décisions avant qu’une crise ne survienne.
Le deuxième point est que les infrastructures existantes ne sont plus adaptées au nouveau climat. Les réseaux d’électricité et d’eau, les routes et les bâtiments ont été conçus en grande partie pour un climat différent de celui d’aujourd’hui. Une transition vers des infrastructures résilientes est donc nécessaire : il s’agit d’équipements et de réseaux capables de résister à la chaleur extrême, à une pression continue, aux incendies et aux pannes simultanées.
Troisièmement, l’État ne peut rester le seul fournisseur sans alternatives. Il est crucial de maintenir son rôle social et souverain en matière d’électricité, d’eau et de services essentiels. Cependant, une dépendance excessive à un seul fournisseur et à un seul système crée ce que l’on appelle un point de défaillance unique.En cas de panne du réseau principal, les commerces, les boulangeries, les petites entreprises et les services de santé ne doivent pas cesser leurs activités. L’objectif n’est pas d’affaiblir l’État ni de privatiser son rôle social, mais plutôt de proposer des solutions complémentaires et organisées, telles que l’autoproduction d’énergie, les panneaux solaires, les batteries partagées, les petits réseaux locaux et les fournisseurs d’énergie de secours sous la supervision de l’État.
Quatrièmement, la continuité de service est plus importante que la simple fourniture de services en temps normal. Le succès d’un service public ne se mesure pas uniquement à sa capacité à fonctionner en temps normal, mais aussi à sa capacité à assurer la continuité de ses activités en situation de crise. C’est le principe de la continuité d’activité, qui exige des plans de contingence clairs pour les hôpitaux, les stations de pompage, les réseaux de communication, les établissements de restauration et autres services essentiels.
Le cinquième point concerne l’évaluation des pertes économiques engendrées par les coupures de courant. Ces coupures ne sont pas de simples dysfonctionnements techniques. Elles entraînent des pertes d’équipements, d’approvisionnement alimentaire, de production, de services et de revenus pour les petites entreprises. Il est donc nécessaire de mettre en place un mécanisme de suivi des pertes économiques indirectes et d’envisager un système d’indemnisation ou d’assurance spécifiquement destiné aux entreprises les plus touchées par les coupures prolongées ou fréquentes.
Le sixième point est que la communication en situation de crise fait partie intégrante de la gestion de crise. Les citoyens ne se contentent pas d’attendre le rétablissement de l’électricité ou de l’eau ; ils ont le droit de savoir ce qui s’est passé, quelles zones ont été touchées, combien de temps la coupure pourrait durer et quelles sont les mesures à prendre. C’est le principe de la communication des risques, qui repose sur une information unifiée, précise, rapide et transparente, contrairement au silence ou aux déclarations contradictoires qui alimentent les rumeurs. (Il est certes surprenant que des jeunes prennent l’initiative de créer une application pour informer les citoyens sur le sujet ; leur contribution mérite d’être saluée, mais cela relève de la politique de communication de l’entreprise.)
Le septième point est que les crises ne sont plus sectorielles, mais interconnectées. L’électricité est liée à l’eau, l’eau à la santé, le chauffage aux feux de forêt, et les incendies aux transports, aux communications et à la sécurité alimentaire. Il est donc indispensable d’adopter une gestion intégrée et multidimensionnelle.
Pour le huitième point, la sécurité englobe aujourd’hui le climat, l’énergie et l’eau. Une vague de chaleur intense ou une panne de courant généralisée peuvent rapidement dégénérer en crise sanitaire, économique et sociale, comme c’est le cas actuellement. Il est donc impératif d’élargir la notion de sécurité pour y inclure la sécurité climatique et la sécurité énergétique, car la stabilité d’un pays est désormais liée à sa capacité à résister aux chocs climatiques et à garantir la continuité des services essentiels.
Le point neuf réside dans la prévention qui coûte moins cher que la réparation des dégâts. Tout investissement dans la maintenance des réseaux, le débroussaillage, les équipements de protection civile, l’amélioration des systèmes de surveillance ou le soutien à l’énergie solaire pour les petites entreprises peut générer des économies considérables après une crise. C’est le principe même de l’investissement dans la prévention plutôt que dans la réaction.
Le point dix est que la résilience est une responsabilité partagée. L’État ne peut pas, à lui seul, faire face à toutes les crises, pas plus que le citoyen. Il est donc nécessaire de renforcer la résilience des communautés grâce à une véritable coordination entre les institutions publiques, les municipalités, le secteur privé, la société civile, les universités et les citoyens, avant, pendant et après la crise. La plus grande leçon que nous, en tant que peuple et nation, avons tirée de l’été 2026 est que le changement climatique n’est plus seulement un problème environnemental ou un scénario lointain, il est devenu une épreuve quotidienne pour la capacité de l’État à protéger sa population et à assurer la continuité de l’économie et des services essentiels.
Mohamed Salim



