
- Un budget de promesses impossibles et un exercice de séduction qui aggrave les déséquilibres, affaiblit les recettes et alourdit les dépenses
- Chaotique à l’Assemblée, incohérente dans le contenu… la loi de finances 2026 inquiète !!!
- Entre recrutements massifs, fonds sociaux non-financés et encouragements paradoxaux aux importations, le texte reflète une stratégie de court terme
- Plus de quarante articles supplémentaires greffés au projet initial, sans étude d’impact et, dans certains cas, sans la moindre logique économique
UniversNews (SEF) – La Tunisie a adopté sa Loi de finances 2026 dans un climat parlementaire digne d’un champ de bataille : cris, invectives, départ théâtral de la ministre des Finances et suspension de la séance.
Mais derrière ce chaos spectaculaire se cache une réalité encore plus inquiétante : un budget transformé en catalogue de promesses électorales, saturé de mesures populistes, de régularisations massives et d’exonérations toutes azimuts, totalement déconnecté des contraintes économiques et financières du pays. Entre recrutements massifs, fonds sociaux non-financés et encouragements paradoxaux aux importations, ce texte reflète une stratégie de court terme qui risque de fragiliser durablement la crédibilité de l’État et d’aggraver un déficit déjà abyssal.
Un enchaînement de concessions, un empilement de mesures ajoutées au fil des pressions, au mépris de toute stratégie. Plus de quarante articles supplémentaires ont été greffés au projet initial, sans étude d’impact, sans financement et, dans certains cas, sans la moindre logique économique.
Un budget transformé en machine à promettre !!!
Le texte final ressemble davantage à un document électoral qu’à un outil de pilotage financier.
Chaque groupe social, professionnel ou sectoriel a obtenu sa dose de satisfaction :
- Régularisations massives dans la santé, l’éducation, les municipalités, les agents de propreté;
- Recrutements improvisés des bénéficiaires d’« آلية 16 »;
- Intégration de listes d’attente dans le secteur paramédical;
- Stabilisation d’agents contractuels dans plusieurs ministères.
Dans un pays déjà écrasé par une masse salariale parmi les plus lourdes au monde, ces décisions relèvent du pur irrationnel budgétaire.
Exonérations et cadeaux fiscaux : recette amputée, déficit aggravé
Le texte aligne ensuite une longue liste d’exonérations et d’allégements :
- Réduction de l’impôt sur le revenu ;
- Suppression des droits sur les panneaux solaires ;
- Baisses pour les lunettes, l’aluminium et plusieurs importations ciblées ;
- Abandon des taxes de circulation 2022–2024 ;
- Exonérations pour les cartes de soins et certains équipements énergétiques.
Ces mesures, séduisantes sur le papier, creusent davantage un déficit déjà abyssal. Aucun mécanisme compensatoire n’est prévu. Aucun calcul d’impact n’est présenté. Le pays s’engage dans un affaiblissement fiscal délibéré.
Des fonds sociaux créés à la chaîne… et laissés sans ressources
Le budget multiplie également les fonds sectoriels :
Fonds de l’eau, Fonds pour la justice environnementale, Fonds pour les orphelins, Fonds de la santé animale, Fonds de la pause biologique…
Autant de structures qui, sans financement réel ni gouvernance claire, risquent de rejoindre la longue liste des fonds tunisiens dormants, créés pour calmer et oubliés dès le lendemain.
Un encouragement paradoxal à l’importation
Alors même que le pays manque de devises, la loi ouvre davantage les vannes des importations :
- Élargissement du privilège d’importation de voitures ;
- Importation collaborative de machines agricoles ;
- Allégement de taxes sur divers équipements ;
- Extension d’exonérations pour les véhicules agricoles.
Ce paradoxe résume l’ensemble de la politique économique actuelle : satisfaire immédiatement, sacrifier durablement.
La dérive BTS : quand le risque remplace la prudence
Le volet BTS est probablement le plus risqué. Le texte étend massivement :
- Les plafonds de crédit,
- Les bénéficiaires,
- Les garanties publiques,
- Les conditions préférentielles.
Le tout pour une banque déjà fragilisée, sous-capitalisée, et affichant un taux d’impayés inquiétant.
Cette dérive pourrait coûter très cher à l’État, sans aucun bénéfice structurel pour la croissance.
Au final : un budget qui promet tout, sauf la vérité
La Tunisie traverse une crise multidimensionnelle : déficit historique, réserves en devises sous tension, croissance faible, pression sociale élevée. C’est dans ce contexte que le pays adopte, paradoxalement, l’une des lois de finances les plus dépensières, les plus incohérentes et les plus politiquement opportunistes de la dernière décennie.
Ce texte n’est pas un plan de redressement.
C’est un exercice de séduction.
Il aggrave les déséquilibres, affaiblit les recettes, alourdit les dépenses et éloigne encore davantage les réformes nécessaires : réforme fiscale, restructuration administrative, lutte contre l’informel, soutien productif à l’industrie, modernisation de la dépense publique.
Une rupture entre l’État et la réalité
La scène parlementaire chaotique n’était pas un incident : c’était un symptôme.
Le véritable chaos se trouve dans le contenu même du texte.
L’Etat ne pourra pas continuer longtemps à promettre ce qu’il ne peut financer, ni à bâtir des budgets sur des illusions.
La Loi de finances 2026 n’est pas un projet pour redresser le pays.
C’est un miroir aux alouettes.
Et les crises futures risquent de le rappeler avec violence.



