
UniversNews (SEF) – Hausse du coût du pétrole, accélération de l’inflation et alliés économiques… L’expert en économie Ridha Chkondali analyse les impacts de la guerre en Iran et au Moyen-Orient sur l’économie tunisienne et l’économie mondiale.
Il a déclaré que le conflit en cours au Moyen-Orient aura des répercussions sur les économies tunisienne et mondiale. Dans une publication sur sa page Facebook, il a expliqué que l’escalade au Moyen-Orient s’est immédiatement traduite par une hausse des prix du pétrole de plus de 13 % au cours des deux premiers jours. Ceci témoigne clairement des inquiétudes des investisseurs quant aux perturbations de l’approvisionnement et aux impacts potentiels sur l’économie mondiale.
Chkoundali a présenté quatre scénarios possibles :
- Scénario 1: Le conflit reste limité à des actions militaires sans perturber l’approvisionnement en pétrole. Dans ce scénario, la hausse des prix reflète une prime de risque géopolitique de 10 à 15 % avant de diminuer progressivement avec l’apaisement des tensions. Cela implique une hausse temporaire des coûts de l’énergie et une inflation modérée dans les économies industrialisées, notamment en Europe et en Asie de l’Est, sans pour autant entraîner de stagflation. Dans ce cas, les marchés absorbent le choc grâce aux réserves stratégiques et à la capacité des producteurs situés hors des zones de conflit d’accroître leur production dans une certaine mesure. L’économie tunisienne sera affectée par une hausse modérée de la facture énergétique, accompagnée d’une légère augmentation de l’inflation. Il a souligné que, selon la loi de finances 2026, chaque augmentation de 10 dollars du prix du baril par rapport aux prévisions budgétaires initiales coûtera à la Tunisie environ 1,6 milliard de dinars supplémentaires. Ce scénario permet au secteur économique d’absorber le choc sans perturbations structurelles.
- Deuxième scénario : Perturbation partielle de l’offre. Ce scénario va au-delà de la simple variation symbolique des prix et se traduit par une véritable perturbation partielle des exportations du Golfe ou d’Iran, équivalente à environ 3 à 5 millions de barils par jour. Dans ce cas, la prime de risque se transforme en un véritable choc d’offre, et les prix pourraient dépasser le seuil de 100 dollars le baril. Cette trajectoire exerce une pression considérable sur les économies émergentes importatrices d’énergie, reproduisant le paradigme des années 1970 d’une inflation par les coûts et d’une croissance plus faible. Si ce scénario se concrétise, la Tunisie devra faire face à une augmentation de sa facture énergétique d’environ 4 milliards de dinars, avec une inflation en hausse de 0,75 à 1 point de pourcentage et un creusement du déficit commercial. Les économies importatrices d’énergie de la région, comme le Maroc, l’Inde et la Turquie, seront confrontées à des pressions similaires.
- Troisième scénario : Un choc systémique mondial, se traduisant par une perturbation généralisée du transport maritime ou une fermeture partielle du détroit d’Ormuz, transforme la crise en un choc systémique mondial. Dans ce cas, les prix pourraient augmenter de plus de 30 à 40 % en peu de temps, atteignant potentiellement 120 dollars le baril, voire plus. L’impact s’étendrait à certains pays exportateurs du Golfe en raison des perturbations des exportations et de la hausse des coûts d’assurance et de transport. Ceci ferait ressurgir le spectre de la stagflation mondiale, freinerait l’appétit des investisseurs et augmenterait le coût du financement souverain dans les marchés émergents, tandis que les banques centrales seraient confrontées à des choix difficiles entre la lutte contre l’inflation et la protection de la croissance. La Tunisie supporterait une facture énergétique supplémentaire de 6 à 7 milliards de dinars, avec une inflation en hausse de plus de 1,5 point de pourcentage et un creusement significatif du déficit commercial, ce qui nécessiterait une révision des subventions énergétiques et un réajustement des dépenses publiques.
- Quatrième scénario : Extension internationale du conflit. Si les pays européens rejoignent l’alliance américano-israélienne, ou si la Russie et la Chine apportent un soutien logistique ou diplomatique à l’Iran, l’ampleur du conflit s’étendra du fait de l’alignement des alliances internationales. L’adhésion des principaux pays européens à une coalition dirigée par les États-Unis donnerait à la confrontation une dimension transatlantique, tandis que l’implication potentielle de la Russie et de la Chine, politiquement ou logistiquement, aux côtés de l’Iran, même sans intervention militaire directe, pourrait transformer le conflit en un conflit multipolaire. La Chine, principal importateur de pétrole iranien, serait confrontée à un double risque : une hausse des coûts énergétiques et des perturbations des chaînes d’approvisionnement, ce qui pourrait la contraindre à soutenir Téhéran économiquement ou diplomatiquement afin de garantir la continuité des approvisionnements. La Russie, qui bénéficie relativement des prix élevés du pétrole, pourrait voir dans cette crise une opportunité de se repositionner sur le marché mondial de l’énergie et de renforcer sa position de négociation avec l’Occident. Dans ce quatrième scénario, le pétrole n’est plus une simple variable économique, mais devient un outil stratégique de remodelage des équilibres de puissance internationaux, avec la possibilité de la formation de blocs économiques opposés et un retour à une forte polarisation du système mondial. Dans ce scénario, le prix du baril de pétrole pourrait atteindre 150 dollars, voire plus. Ce scénario transforme le pétrole en un atout stratégique, et la facture énergétique de la Tunisie pourrait augmenter de 10 à 11 milliards de dinars supplémentaires, avec une inflation dépassant les deux points de pourcentage et un déficit commercial important exerçant une pression sur les réserves de change. Cela nécessite d’importantes interventions budgétaires, notamment un réajustement des subventions énergétiques et une révision du budget de l’État. La capacité de la Tunisie à attirer les investissements étrangers sera également affectée par l’augmentation du risque souverain. (M.S)



