A la uneTRIBUNE

Comment expliquer l’appétence des USA pour les guerres d’anéantissement dans le monde arabo-musulman ?

Tawfik BOURGOU*

UniversNews (TRIBUNE) –  Depuis la seconde moitié du XXe siècle, de façon continue et permanente, plus que toute autre puissance militaire, les Etats-Unis ont été le pays et l’armée qui ont le plus attaqué le monde arabo-musulman de façon systématique en y appliquant soit la guerre à outrance soit l’usage de tactiques d’anéantissement dans le cadre d’actions militaires de longue durée.

Ces actions ont toutes abouti à des décès de masse comme ce fut le cas dans le cadre de la guerre d’agression en Irak qui n’a été qu’une suite de crimes de guerres et dans certains cas, des crimes contre l’humanité (Abou Ghraib fut un camp de torture, mais aussi dans des prisons délocalisées dans des pays de l’Europe de l’Est, qui ont prêté assistance à des crimes de guerre). Les photos des exactions de l’armée des Etats-Unis contre des Irakiens resteront à jamais comme une marque de viol de la dignité humaine perpétrés au nom d’un abjecte suprémacisme.

La guerre d’Irak a abouti à une tuerie avec un chiffre sans doute minimisé, de cinq-centmille morts du fait des opérations militaires, dans le cadre d’une guerre déclenchée sur un mensonge, avec la fabrication de fausses preuves et d’un détournement d’un mécanisme international de contrôle qui s’est avéré ensuite totalement infiltré par les services de renseignement américain.

L’Irak fut, avant l’attaque actuelle visant à l’anéantissement de l’Iran par les armées conjointes d’Israel et des Etats-Unis, comme le paroxysme d’une guerre d’éradication d’un régime politique qui, auparavant n’avait jamais attaqué les Etats-Unis.

Au-delà de l’appétence à l’usage de l’outil militaire sans raison aucune, sans justification dans le cadre d’opérations militaires sujettes à caution, l’action d’ingérence des Etats-Unis dans les pays arabes méritent d’être expliquées à l’aune du paradigme politique interne aux Etats-Unis, que beaucoup ignorent dans le monde arabe. Car en effet, même si elle est réelle et facile à montrer, la détestation de l’Etat américain pour le monde arabe et le monde musulman dans son ensemble, n’est ni passagère, ni fortuite.

Le premier facteur explicatif de la pratique de l’usage de l’outil militaire ou des opérations d’anéantissement est à chercher dans les profondeurs de l’histoire interne des Etats-Unis et ses rapports avec les peuples premiers sur le sol de ce qui deviendra le territoire des EtatsUnis.

Les Etats-Unis se sont constitués sur une éradication de la population originelle et primordiale. Ce qui fut appelé les « guerres indiennes » ont été des opérations militaires d’éradication, de nettoyage ethnique et d’assimilation forcée des peuples premiers. L’Amérique ne comprenait pas les peuples premiers, ne cherchait pas à les comprendre, les envisageait comme son antithèse, une sous-humanité, a choisi de les éliminer ou de les confiner dans les réserves, elles-mêmes des lieux d’éradication lente.

Dans certaines situations au Moyen-Orient, les administrations américaines ont été complaisantes et compréhensives vis-à-vis d’actions reproduisant à l’exacte identique, ce que fut la pratique historique américaine vis-à-vis des peuples premiers. Les Palestiniens sont aujourd’hui dans cette situation qui aboutira forcément à leur éradication, notamment eu égard aux encouragements de l’Ambassadeur des Etats-Unis en Israël qui, rappelons-le est un pasteur protestant intégriste au discours suprémaciste, messianique et belliciste.

Le second facteur est messianique en lien avec le protestantisme intégriste qui est la croyance commune influençant les cercles du pouvoir aux Etats-Unis. Dans les courants du messianisme protestant, agir afin de réaliser la « reconstruction du temple » est présenté comme un accomplissement de ce que croit-on être des écritures. De fait l’aide des protestants intégristes et des milieux politiques proches de ce courant, à tout ce qui permet d’éradiquer les autres présences, dont celle des Palestiniens prend l’allure d’une injonction, sinon un devoir religieux, un esprit de croisade dont se réclame le ministre de la Défense actuel des Etats-Unis.

Le monde arabe et le monde musulman se trouvent, comme jadis le communisme aspirés et prisonniers d’un absolu religieux. Dans une pensée simpliste basée sur la définition d’un mal absolu, sur la diabolisation de l’autre, les arabes et leur religion sont assimilés à l’ennemi absolu.

Le troisième facteur tient à l’importance de l’élément militaire dans la politique interne et la politique étrangère américaine. Dans le jeu politique interne des Etats-Unis, la guerre est une ressource, pourvoyeuse d’emplois dans les zones et les couches sociales pauvres, notamment à travers les industries militaires.

Durant les années de guerre froide le surdimensionnement de l’armée ne soulevait que peu de controverses, le consensus et la passivité étaient forts, dans un pays qui a érigé la défense via l’endettement en un paradigme politique central.

L’industrie de la guerre et celle de la peur sont des secteurs économiques qui ont pris souche sur le transfert des ressources de l’Etat (et donc des impôts) vers des groupes puissants agissant via de très puissants lobbys qui se partagent une vaste ressource basée essentiellement sur l’endettement abbysal de l’Etat fédéral dont une partie est financé par un siphonnage de l’épargne internationale et de la rente pétrolière des Etats arabes du golfe sommés d’acheter des armes qu’ils ne peuvent utiliser.

L’entretien d’un climat de guerres permanentes dans une zone aussi éloignée que le MoyenOrient, sans risques réels d’atteindre le sol des Etats-Unis, composée d’Etats vassaux, faibles, autoritaires et sous-développés, permet d’organiser un double racket, un via l’impôt et l’autre via la captation de la rente et de la richesse des potentats du Golfe afin de financer le budget colossal de la défense.

Le dernier facteur est au cœur même de l’histoire, presque du folklore américain que peut illustrer un poème, une chanson, presque le second hymne national des Etats-Unis, le fameux « Amazing grace » celle du pêcheur qui retrouve la foi et le dépravé qui reprend le droit chemin après avoir été séduit par le malin, par « Mammon » ou d’autres créatures bibliques. Souvent, la guerre contre les autres est perçue comme le chemin de la rédemption et le plus efficaces des « détergents » pour laver les pêchers d’un chef égaré.

Le Moyen-Orient arabe est alors le terrain tout désigné de la rédemption par la guerre et l’usage de la violence extrême contre ce que les milieux protestants intégristes considèrent comme un « ennemi perpétuel ». Un ennemi qui a la particularité d’être localisés dans les confins de « la terre biblique » et considéré par les protestants comme des hérétiques.

Souvenons-nous des « ratonnades par missiles » de Bill Clinton pris la main dans l’adultère. Suit alors une scène surréaliste de tartufferie médiatique : contrition télévisuelle en présence de son confesseur en direct agrémentée de quelques salves de missiles tomahawks contre l’Irak de l’époque. Le voilà lavé de ses fautes. Mais l’homme a été rattrapé par le scandale Epstein.

Ce qui arrive en ce moment est de la même veine. Trump a été cité dans les dossiers Epstein et il est vraisemblable que le « Kompromat » ne s’est pas arrêté aux frontières de l’Ile du criminel sexuel.

Dès lors, quoi de mieux qu’une bonne guerre contre un autre « ennemi perpétuel » pour faire d’une pierre trois coups : faire oublier les 6000 citations dans les dossiers d’Epstein, donner un coup de main à Natanyahou et remettre la main sur une partie du pactole des monarchies du Golfe qui effrayées par la guerre vont se précipiter pour acheter des armes qui ne leur serviront à rien.

Dans leurs relations avec le Monde arabo-musulman les Etats-Unis ne font à chaque fois que rendre visite à leurs vieux démons intérieurs et quasi-psychologiques collectifs. Brutaux, à la force surdimensionnée, les Etats-Unis ne sont plus crédibles. Certes, ils ont la capacité de détruire des pays, de démolir des sociétés et d’anéantir même des civilisations, mais ils avancent à contre rebours de l’histoire en réinstallant la guerre et en démolissant le peu, le dernier zeste infime du droit international.

Le monde est malade des contradictions internes des Etats-Unis, mais cela, les Américains eux-mêmes feignent de ne pas vouloir le voir. Beaucoup de ceux qui se considéraient comme leurs amis se sont détournés d’eux, nous visons ici les intellectuels et les académiques. Les Etats-Unis, sont devenus pour beaucoup, comme moi, une référence encombrante même dans mon métier de politologue, même si cela ne signifie pas d’aduler les autres dites puissances, elles sont encore pires, Chine et Russie, elles aussi ont leurs démons internes. L’Ukraine et les Ouighours sont les victimes expiatoires respectives, de Poutine et de Xi.

T.B

Politologue

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page