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Dette intérieure : la Tunisie bascule vers le long terme, les BTA franchissent un seuil historique

UniversNews (Analyse) – La structure de financement de l’État tunisien connaît une mutation profonde. Jamais auparavant le Trésor n’avait autant privilégié les emprunts à moyen et long terme auprès du système bancaire local. Cette inflexion stratégique, marquée par un recours massif aux Bons du Trésor Assimilables (BTA), traduit une volonté claire : stabiliser le profil de la dette et réduire les risques liés au refinancement à court terme.

Selon les dernières données disponibles, l’encours des BTA vient de franchir un seuil historique de 33 Milliards de dinars, un niveau inédit qui illustre l’ampleur du basculement en cours. En parallèle, les instruments de trésorerie à très court terme, longtemps utilisés pour gérer les besoins immédiats de liquidité, sont désormais relégués au second plan.

  • Évolution de l’encours des BTA en Tunisie (2022–2026)
AnnéeEncours BTA (en Milliards D)Évolution annuelleCommentaires
2022~13,5Niveau encore modéré, avant accélération du financement domestique
2023~16,5+22 %Début du basculement vers le marché local
2024~18,5+12 %Accélération progressive liée aux tensions extérieures
2025~28,4+53 %Explosion du recours aux BTA
2026 (mars)33,0+16 %Niveau record historique

Lecture de l’évolution :

  • Accélération spectaculaire depuis 2024–2025 : L’encours passe de moins de 20 milliards à plus de 33 milliards en deux ans, soit une hausse de près de +80 %.
  • Point de rupture en 2025 : Le passage de ~18,5 à ~28,4 milliards marque un changement structurel, avec un recours massif au financement bancaire domestique.
  • Consolidation en 2026 : Le seuil des 33 milliards de dinars confirme l’ancrage du modèle long terme

Cette évolution traduit moins une simple croissance qu’un changement de paradigme :

  • Abandon progressif des BTC (court terme)
  • Internalisation du financement de l’État
  • Pression croissante sur la liquidité bancaire
  • Risque d’éviction du crédit privé
  • Une stratégie dictée par la prudence financière

Ce recentrage sur le long terme répond à plusieurs impératifs. D’abord, il permet d’allonger la maturité moyenne de la dette publique et de lisser le calendrier de remboursement, limitant ainsi les pics de refinancement susceptibles de fragiliser les équilibres budgétaires. Ensuite, dans un contexte d’accès restreint aux marchés internationaux, le financement domestique devient un pilier incontournable.

Les autorités cherchent ainsi à se prémunir contre les tensions de liquidité et les aléas de marché, tout en offrant une meilleure visibilité aux investisseurs institutionnels, principalement les banques.

  • Un effort croissant supporté par les banques

Ce choix stratégique n’est pas sans conséquence pour le secteur bancaire. En absorbant une part croissante des émissions de BTA, les banques tunisiennes renforcent leur exposition à la dette souveraine. Cette situation soulève des interrogations sur l’effet d’éviction du crédit au secteur privé, déjà confronté à des conditions de financement plus strictes.

À mesure que les besoins de l’État augmentent, le risque est de voir les ressources bancaires orientées prioritairement vers le financement du Trésor, au détriment de l’investissement productif. Un arbitrage délicat dans une économie en quête de relance.

  • Une soutenabilité à surveiller

Si le recours au long terme améliore la gestion du profil de dette, il ne résout pas pour autant la question fondamentale de sa soutenabilité. Le niveau élevé des encours, combiné à un coût de financement en hausse, exerce une pression croissante sur les finances publiques.

La dynamique actuelle appelle ainsi à une vigilance accrue : sans une reprise durable de la croissance et une consolidation budgétaire effective, l’augmentation de l’endettement domestique pourrait à terme accentuer les déséquilibres macroéconomiques.

  • Vers un nouveau modèle de financement ?

Le franchissement du seuil des 33 Milliards de dinars en BTA marque un tournant. Il consacre l’émergence d’un modèle de financement largement internalisé, où le marché domestique joue un rôle central.

Reste à savoir si cette trajectoire pourra être soutenue dans la durée sans compromettre l’équilibre du système financier.

Entre nécessité de financement et préservation de la stabilité économique, la Tunisie avance sur une ligne de crête, où chaque arbitrage compte !!!

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