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Le Crépuscule du Wahhabisme : Vers une Révolution Religieuse en Arabie Saoudite ?

UniversNews – L’Arabie Saoudite traverse actuellement une phase de transformation sociétale et religieuse sans précédent. Alors que de nombreuses nations du monde islamique restent attachées aux « livres jaunes » — ces manuscrits anciens souvent entourés de controverses quant à leur validité historique et leur rigueur — le Royaume semble avoir pris une bifurcation radicale.

Sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, une révision profonde des interprétations et des exégèses religieuses est désormais engagée, avec pour objectif d’éliminer les lectures jugées erronées ou porteuses de conséquences sociales dangereuses.

L’aspect le plus spectaculaire de ce renouveau concerne le traitement réservé à l’héritage numérique du Cheikh Saleh Al-Fawzan. Selon plusieurs rapports émanant de plateformes électroniques du Golfe, une décision de premier plan ordonne la suppression intégrale de son patrimoine virtuel.

Cette mesure d’envergure englobe plus de onze mille fatwas, près de deux mille leçons, ainsi que des centaines de sermons et de conférences !

En complément de cet effacement documentaire, ses comptes officiels sur les réseaux sociaux, notamment X et YouTube, ont été fermés, marquant une rupture nette avec les vecteurs traditionnels de diffusion du conservatisme.

Cette décision s’inscrit directement dans la trajectoire stratégique de la Vision 2030, qui vise à moderniser le pays tout en renouvelant son discours religieux. Il s’agit de limiter l’influence des courants radicaux pour favoriser un environnement marqué par l’ouverture et la modernité.

Le Cheikh Al-Fawzan se retrouve au cœur de cette mutation car ses enseignements sont désormais accusés d’avoir ancré des modèles de pensée rigides. Son influence aurait particulièrement pesé sur des dossiers sensibles tels que la place de la femme dans la société, la musique ou encore les règles de mixité, créant ainsi un climat d’inertie intellectuelle qui entravait les opportunités de dialogue rationnel.

Au-delà des questions de mœurs, les autorités soulignent les effets pernicieux de ces fatwas sur la cohésion sociale et l’image internationale de l’Islam. Ces textes sont pointés du doigt pour avoir approfondi les fractures sectaires et alimenté un discours d’exclusion envers les non-musulmans ou d’autres courants de l’Islam.

Cette atmosphère idéologique est aujourd’hui perçue comme un terreau ayant pu favoriser l’extrémisme et la violence par le passé.

En purifiant le discours officiel, le Royaume cherche donc à se dissocier de ces perceptions radicales pour projeter une image de tolérance et de paix.
Une ironie temporelle majeure entoure ce processus : cette décision de retrait massif intervient peu de temps après la nomination d’Al-Fawzan au poste de Grand Mufti en 2025.

Ce paradoxe suggère une manœuvre politique complexe visant à reprendre le contrôle de l’institution religieuse pour mieux la réformer de l’intérieur. Cette étape cruciale dans la redéfinition de la relation entre la religion et l’État soulève une interrogation fondamentale : assistons-nous à une révision globale et sincère de l’héritage wahhabite, ou s’agit-il d’une restructuration sélective destinée à aligner l’appareil religieux sur les nouveaux impératifs de puissance du pays ?

KS

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