
La rente blonde qui défie toute l’économie tunisienne !!!
UniversNews – Dans une Tunisie qui peine à financer ses PME, où les industriels négocient leurs lignes de trésorerie au prix fort et où l’État cherche désespérément de nouvelles ressources fiscales, une entreprise continue d’afficher une santé insolente presque provocatrice.
Cette entreprise, c’est Société de Fabrication des Boissons de Tunisie.
Et derrière ses bouteilles de bière, ses sodas et ses caisses empilées dans les cafés populaires se cache peut-être l’une des plus grandes rentes industrielles du pays.
Car la vraie question n’est plus de savoir si la SFBT est rentable.
La vraie question est devenue : comment une activité aussi classique a-t-elle réussi à construire une domination financière aussi écrasante dans une économie en crise chronique ?
- Une entreprise qui semble vivre hors du système tunisien
Le contraste est presque brutal.
La majorité des entreprises tunisiennes vivent sous tension :
- Coûts financiers élevés ;
- Difficultés de refinancement ;
- Pression fiscale ;
- Retard de paiement ;
- Baisse du pouvoir d’achat ;
- Inflation importée ;
- Dinar fragile.
Mais la SFBT semble évoluer dans un univers parallèle.
Pendant que des groupes industriels s’endettent pour survivre, elle accumule de la trésorerie.
Pendant que certaines sociétés restructurent leurs crédits, elle distribue des dividendes.
Pendant que des entreprises réduisent leurs investissements, elle conserve des marges confortables.
Dans un pays où l’endettement est devenu une norme de survie, la SFBT fonctionne presque comme une entreprise sans stress financier.
Et c’est précisément ce qui nourrit les critiques.
Parce qu’à force d’être solide, rentable et ultra-dominante, la société finit par donner l’impression d’être protégée des réalités économiques qui frappent le reste du tissu productif tunisien.
- Une rentabilité qui interroge plus qu’elle ne fascine
Pendant longtemps, la réussite de la SFBT était admirée.
Aujourd’hui, elle interroge.
- Comment expliquer qu’une entreprise opérant essentiellement sur le marché local puisse afficher des niveaux de rentabilité que beaucoup d’industries exportatrices n’atteignent jamais ?
- Comment expliquer une telle stabilité des profits dans un pays marqué par les crises successives ?
- Comment expliquer qu’une activité basée sur des produits de consommation relativement simples génère davantage de cash que certains secteurs technologiques ou industriels à forte valeur ajoutée ?
Derrière la performance financière apparaît une autre réalité : la puissance d’un marché historiquement verrouillé.
La SFBT ne vend pas seulement des boissons.
Elle bénéficie d’un positionnement quasi hégémonique dans plusieurs segments clés de consommation.
Et c’est là que le débat devient économique et politique.
Car lorsqu’une entreprise devient aussi dominante dans un petit marché, la frontière entre réussite industrielle et rente économique commence naturellement à être questionnée.
- Le paradoxe d’un pays qui taxe la bière… mais dépend de ses recettes
Le cas SFBT révèle aussi une contradiction typiquement tunisienne.
Officiellement, l’alcool reste un sujet sensible moralement et politiquement.
Mais fiscalement, il représente une source de revenus extrêmement confortable pour l’État.
Chaque bière vendue génère :
- TVA ;
- Droits d’accise ;
- Impôts sur les bénéfices ;
- Taxes indirectes multiples.
Autrement dit : plus la consommation résiste, plus les recettes publiques respirent.
Le paradoxe est presque ironique : une partie des équilibres budgétaires du pays dépend indirectement des cafés, des hôtels, des restaurants… et des bouteilles de Celtia consommées chaque soir.
La bière devient alors bien plus qu’un produit populaire.
Elle devient un actif fiscal !
- Une Bourse de Tunis devenue dépendante de ses dividendes
À la Bourse de Tunis, la SFBT occupe désormais une place presque psychologique.
De nombreux investisseurs la considèrent comme une valeur refuge locale.
Non pas parce qu’elle représente l’innovation tunisienne. Mais parce qu’elle symbolise la stabilité dans un marché qui manque de visibilité.
Le problème est que cette situation révèle aussi une faiblesse plus profonde de l’économie nationale.
Lorsqu’une brasserie devient l’un des actifs les plus rassurants du pays, cela signifie surtout que :
- Les champions technologiques restent rares ;
- Les industries innovantes peinent à émerger ;
- Les PME cotées restent fragiles ;
- Le marché financier manque de diversification.
Autrement dit, le succès de la SFBT raconte aussi l’échec partiel de l’écosystème économique tunisien à produire d’autres locomotives comparables.
- Une rente industrielle difficile à attaquer
Le plus impressionnant dans le modèle SFBT n’est peut-être même plus sa rentabilité.
C’est sa résilience.
La société semble avoir construit au fil des décennies :
- Une puissance de distribution ;
- Une domination commerciale ;
- Une fidélité de consommation ;
- Une capacité de fixation des marges ;
- Une solidité financière ;
- Un poids boursier ;
- Une importance fiscale.
Le tout formant une forteresse industrielle extrêmement difficile à concurrencer dans le contexte tunisien.
Et c’est précisément ce qui alimente les critiques sur l’absence de réelle concurrence dans certains segments.
Car dans une économie plus ouverte et plus dynamique, des niveaux de rentabilité aussi constants attireraient normalement une pression concurrentielle beaucoup plus forte.
- Le miroir d’une économie tunisienne déséquilibrée
Au fond, la SFBT est devenue le miroir d’une réalité plus dérangeante.
- La Tunisie produit difficilement des géants technologiques.
- Ses startups manquent de financement.
- Ses exportateurs souffrent.
- Son industrie affronte des coûts élevés.
- Ses PME étouffent sous la pression bancaire et fiscale.
Mais une entreprise spécialisée dans la bière et les boissons gazeuses continue de prospérer avec une facilité presque déconcertante.
Ce n’est pas seulement l’histoire d’une société rentable.
C’est l’histoire d’un modèle économique tunisien où :
- La consommation locale reste plus rentable que l’innovation ;
- La rente peut devenir plus puissante que la prise de risque ;
- Les secteurs protégés résistent mieux que les secteurs compétitifs ;
- Les investisseurs recherchent davantage la sécurité que la croissance.
Et pendant que les experts débattent des réformes structurelles, des plans de relance et des équilibres macroéconomiques, la Celtia continue de couler.
Silencieusement.
Comme si, au fond, la bière avait compris l’économie tunisienne mieux que tout le monde.



