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Cet ennemi intime (et perpétuel) de la Tunisie… l’Italie !!!

Tawfik BOURGOU*

  • Les acteurs étrangers n’agissent que dans la limite et à travers les failles et les faiblesses que les peuples créent pour eux-mêmes
  • De fait, depuis 1987, l’Italie et l’Algérie prétendent et exercent un condominium sur la Tunisie, de façon directe et ouverte depuis 2011
  • Les Etats-Unis ont façonné la politique italienne pour s’opposer aux « rouges » même si cela passait par l’intronisation à Palerme
  • 90% des subsahariens qui voulaient passer en Europe venaient à travers la frontière algérienne puis poussés par le voisinage vers la Tunisie

UniversNews (TRIBUNE) – Comme à chaque tribune, je voudrais rappeler une constante :  les peuples sont responsables de ce qui peut leur arriver, les bonnes (rares) comme les pires (plus fréquentes en ces temps) choses. 

Les colonisations, les invasions submersives, le délitement d’un pays est d’abord de la responsabilité directe des peuples, la « nakba subsaharienne » incombe au « peuple » des contrebandiers frontaliers, aux passeurs, à ceux qui ont fait travailler au détriment des Tunisiens et à ceux qui ont été derrières les associations « lucratives », des acteurs politiques comme Marzouki ou Chahed ont participé à la catastrophe. Ils ont beau dos de sortir dans les media étrangers, mais ils sont coupables et responsables in solidum. 

Ce sont donc d’abord, des milliers de Tunisiens qui ont participé au malheur du pays. Il fallait que cela soit dit avant de pointer le rôle des acteurs étrangers, lui aussi réel, majeur, et dangereux. Le rôle du voisinage toxique au sud et à l’ouest, comme au nord, le rôle coupable du HCR, mais aussi des pays européens avec lesquels la Tunisie n’avait jamais eu à discuter des questions migratoires et faisant partie de l’internationale fasciste : la Hollande et l’Autriche, auxquels nous ajoutons l’Italie que nous qualifions d’ennemi intime. Nous n’allons pas remonter à Carthage, ni au clown historique, brutal et criminel que fut Mussolini et ses ridicules prétentions sur la Tunisie, nous allons nous situer dans l’histoire proche, car c’est d’elle qu’il s’agit.

Rappelons enfin, que les acteurs étrangers n’agissent que dans la limite et à travers les failles et les faiblesses que les peuples créent pour eux-mêmes. Ceci est facile à vérifier, notamment en ce qui concerne la menace existentielle à laquelle fait face la Tunisie : la nakba de l’invasion subsaharienne. C’est cela qui nous amène à poser le rôle du voisinage direct et de l’Italie dans l’exploitation des failles et des faiblesses que l’action des peuples et des dirigeants produisent.

Peu de gens se souviennent que le coup d’Etat de 1987 contre le Président Bourguiba a été fomenté en coopération avec l’Italie dont les services de renseignement avaient installé depuis lors une «section tunisienne». D’ailleurs, les Italiens avaient informé les Américains et avaient déjà coordonné avec les Algériens avant le fameux 7 novembre 1987 présenté comme un acte de souveraineté et de salut national, ce qui est partiel au vu de son déroulement réel. Un autre rappel s’impose aussi afin de réveiller les amnésiques et ceux oublieux de l’histoire, notamment les adeptes du « dzirisme » qui semble sévir comme une nouvelle religion. 

Le coup de Gafsa a été fomenté par l’Algérie en concertation avec l’URSS, elles en avaient délégué l’exécution à Kadhafi. Le commando avait traversé la frontière depuis l’Algérie à hauteur de Gafsa. A ce moment précis de l’histoire, les Italiens n’avaient pas bougé le petit doigt, même si dans le projet algéro-libyen l’objectif était de se partager le territoire tunisien en deux parts. L’Italie de l’époque n’a pas transféré un « boulon » pour aider la Tunisie. Il suffit de revenir aux documents historiques de l’époque.

En 1987 le premier ministre Ben Ali s’est tourné vers l’Italie, d’abord vers Bettino Craxi (mort et enterré à Hammamet, tout un symbole) et ensuite vers Fanfani qui a été président du Conseil au moment du coupe d’Etat. Contrairement à ce qu’écrivent certains dupes, la France n’a été pour rien dans la déposition médicale de Bourguiba, déposition sujette à beaucoup de cautions même quarante ans après et au vu de ce qu’a été 2011. La France n’avait été informée que vers la fin du coup. S’en est suivi un froid total avec la France définitif, on peut le dire, la France n’accorde à la Tunisie qu’une place très secondaire dans sa diplomatie méditerranéenne qui s’adresse d’abord aux pays en capacité d’agir pour eux-mêmes. 

De fait, depuis 1987, l’Italie et l’Algérie prétendent et exercent un condominium sur la Tunisie, de façon directe et ouverte depuis 2011. Cela fait mal de le dire, mais les réalités les plus douloureuses méritent d’être dites. Le duo a d’ailleurs tout fait pour exclure et couper la Tunisie de tout autre partenaire européen et de démolir le jeu diplomatique tunisien. Or, contrairement à ce que pensent naïvement certains, l’Italie n’a jamais été un acteur fiable pour n’importe quel autre pays, notamment en ce qui concerne les relations et les rapports avec l’Union Européenne. 

La raison est facile à comprendre, outre le peu de moyens et de capacités dont elle disposerait pour projeter de la diplomatie ou de l’aide publique au développement, l’Italie post-seconde guerre mondiale est un pur produit de la doctrine de défense américaine en Méditerranée occidentale et une créature de la CIA. Dès 1944, les Etats-Unis ont façonné la politique italienne pour s’opposer aux « rouges » même si cela passait par l’intronisation à Palerme, comme Maire, du plus grand mafieux de l’époque. D’ailleurs, dans la préparation de l’invasion de la Sicile, les forces américaines se sont appuyées sur Cosa Nostra au point d’en faire un des acteurs permanents de la politique italienne. 

Tous les chefs de gouvernements italiens post-seconde guerre mondiale se sont accommodés de la Mafia, au point que celle-ci est « devenue la politique elle-même » comme l’affirme si bien Roberto Saviano, l’auteur de « Gomorra ». La longévité de Giulio Andreotti, dit « Jules l’Arabe » est la résultante de l’accommodement politique entre la Mafia et la politique interne, tant que cela ne gênait pas l’OTAN et les bases américaines en Italie. 

En dehors de ce qui est stratégique pour l’OTAN et évidemment pour les Etats-Unis, l’Italie a carte blanche pour agir dans son voisinage tant que cela ne contrecarre pas les projets et la stratégie américaine. La Tunisie fait partie de ce voisinage immédiat, les Etats-Unis n’accordent d’ailleurs aucune importance stratégique à la Tunisie, contrairement à ce qui est raconté ici et là, c’est ce qui explique le lâchage de Ben Ali et surtout le fait que les Américains se désintéressent directement des malheurs frontaliers du pays. Ceci ne date pas de la présidence Trump, mais bien avant, depuis 1992. Il suffit de faire la recension de la politique américaine en direction de la Tunisie pour s’en convaincre. Cette politique est anecdotique et indirecte. C’est dans l’absence d’une vraie alliance entre la Tunisie et un pays puissant que l’Italie va s’immiscer progressivement. La Tunisie a vécu un vrai huis-clos avec l’Italie, y compris du temps de Ben Ali, peu intéressé par les grands jeux régionaux pour lesquels il n’avait aucune appétence (compétence aussi).  

Au moment de la guerre civile en Algérie dans les années 1990, entre l’armée algérienne et une partie de ses émanations, l’armée italienne avait envisagé d’agir sur le sol tunisien en cas de débordement de la guerre civile algérienne sur le sol tunisien pour éviter la contagion sur son sol. L’Italie avec compris la porosité entre les différents acteurs de la guerre civile algérienne et a négocié directement avec l’armée algérienne afin que l’Italie ne soit pas impliquée dans les actions terroristes, dont les ficelles restent à ce jour énigmatiques. D’ailleurs, malgré l’action de la communauté de San Egidio, ce que les Algériens ont considéré comme une ingérence, le gouvernement algérien a préféré ravaler sa salive car l’Italie contrairement aux autres pays européens avait exporté du matériel militaire sensible aux algériens pour venir à bout des maquis islamistes. 

Ceci pour souligner aux derniers crédules que l’Italie ne considère la Tunisie que dans le cadre de sa relation gazière avec l’Algérie. Pire encore, la Tunisie est pour l’Italie un lieu d’externalisation de ses actions extérieures même si celles-ci ne concernaient pas la Tunisie. L’affaire de la gestion de l’invasion subsaharienne en est un exemple certes récent mais indicateur d’une ancienne stratégie. 

Cette invasion vérifie en tout point la façon d’agir de l’Italie et son caractère inamical vis-à-vis de la Tunisie depuis fort longtemps. 

Rappelons d’abord que 90% des subsahariens qui au départ voulaient passer en Europe venaient à travers la frontière algérienne et que ces peuples entiers en exode massif étaient poussés par le voisinage vers la Tunisie après une traversée du territoire algérien. Il suffit de tracer une ligne sur une carte depuis la Côte d’Ivoire, le plus grand réservoir démographique de clandestins subsahariens, vers la Tunisie pour se rendre compte que les routes migratoires ne peuvent passer que par l’Algérie. 

Or, l’Italie, ni d’ailleurs l’Europe dans son ensemble, ne se sont jamais adressés à l’Algérie pour demander le blocage de la marée submersive. Il est certain que la Tunisie a été sacrifiée pour des objectifs bassement gazier. Or, la Tunisie, a naïvement choisi d’être un corridor pour les autres, y compris pour le gaz algérien sans aucun bénéfice, pire ce passage a vassalisé la Tunisie à l’Italie et à l’Algérie. Or, quand on prétend au statut de pays corridor pour peser sur le jeu il faut avoir de la force et les moyens pour se faire respecter. 

L’autre axe de la stratégie italienne dans le territoire tunisien est l’élargissement et l’externalisation de sa marge mafieuse interne vers la Tunisie pour ne pas avoir à la gérer dans la botte italienne.

Rappelons d’abord que l’action de l’Etat italien contre la mafia n’a jamais eu pour objectif de l’éradiquer mais d’en limiter l’impact sans « déranger » les « œuvres sociales » de la mafia. Historiquement d’ailleurs, quand la lutte contre la mafia devait dépasser un seuil, l’action contre l’Etat italien a été très violente et interroge notamment sur le comportement même de l’Etat italien.

Une question simple est à poser et qui n’a pas eu de réponses depuis quelques décennies : qui a tué le juge Falcone ? La nature et la qualité de l’acte d’assassinat pose à ce jour de multiples questions sur les ramifications politique de la Mafia. 

Après cet assassinat, la pieuvre a entamé une mue profonde, quasi politique et a délaissé les marchés « traditionnels », ou les a sous-traités à d’autres, notamment le marché de la drogue qu’elle a même sous-traité aux kults nigérians, il en est de même de la prostitution. La mafia italienne est devenue un acteur majeur de différents marchés publics très lucratifs : les déchets, dont les déchets hospitaliers ultimes dont certaines cargaisons, se sont retrouvés dans le port de Sousse. S’en était suivie une vague promesse de reprise par le gouvernement italien avant l’incendie des conteneurs dans des conditions mystérieuses. 

Les autorités italiennes ne pouvaient ignorer ce qui était exporté vers la Tunisie, ni les conditions dans lesquelles les choses ont été exécutées. Car en effet, depuis la fin des années 1990, l’Union Européenne avait alerté de l’infiltration mafieuse dans les marchés de déchets en Italie, y compris des matières hautement toxiques et dangereuses, dont des matières fissiles et radioactives. Les gouvernements italiens ne pouvaient ignorer le viol de la convention de Bâle sur les trafics transfrontaliers de déchets ultimes. Dans le cas de la Tunisie, ils ont fermé les yeux, s’ils n’ont pas encouragé le transfert transfrontalier, écornant ainsi l’image du pays et contribuant de façon directe à son effondrement. 

Il y a quelques jours certains, à la lecture des brûlots italiens qui s’intéressent à la Tunisie de plus en plus, ont découvert que l’Italie via certaines de ses forces et notamment la «Guardia di Finanza» qui est une force militaire du Ministère italien de l’économie et qui fait office de « douane », entrainait des gardes côtes tunisiens et qu’un article laissait entendre que l’Italie avait la capacité d’intervenir directement en Tunisie. Il faut d’abord souligner que les sessions de formation se sont faites avec le consentement de l’Etat tunisien. Mais concernant l’intervention, les forces navales italiennes n’ont pas besoin de débarquer, il leur suffit de se poster à la limite des eaux territoriales tunisiennes et de procéder à une police des mers sans que cela ne soulève aucun problème. Là n’est pas la question. 

Ce qui est problématique est de s’être livré au voisinage toxique de la Tunisie et de n’avoir quasiment aucun allié pour contrebalancer, la politique toxique de l’Italie. C’est ce manque de stratégie qui rend la situation de la Tunisie intenable pour les générations futures et dans l’immédiat. Coincée entre deux voisins qui se coordonnent contre les intérêts de la Tunisie allant jusqu’à évoquer « la question tunisienne » dans un dialogue entre le ministre algérien des affaires étrangères et Tajani son homologue italien.  Dans chacune des « rencontres gazières » entre Tebboune et Melloni, ils se sentent obligés d’inclure la Tunisie dans leur communiqué sur les zones de tension. 

Quand on mettait en garde contre le laxisme frontalier avec l’Algérie et la Libye, quand on ne sévit pas contre les passages vers l’Europe avec ses propres moyens et qu’on en fait un moyen pour réclamer des fonds, cela se transforme rapidement en outil d’ingérence des autres et un moyen de vassalisation à court terme.  

Le voisin même « prétendument frère » est un rival, voire un ennemi potentiel, entre les Etats, il n’y a que des intérêts et des jeux de puissance, le reste est de la poésie servie à des naïfs. Il suffit de jeter un regard sur le Moyen-Orient pour mensurer l’étendue de la fraternité et de la solidarité islamique. Qui a négocié le quasi-partage de la Syrie avec Israel ? La Turquie. Qui a instrumentalisé le Hamas et envoyé les Palestiniens dans l’enfer et la fin de l’hypothèse même d’un « bout de trottoir » en guise de territoire ? l’Iran. Qui en, sous-main, négocie une mainmise sur la Libye ? L’Egypte qui, au passage, est séparée par juste l’épaisseur d’un parpaing (kantoula) de l’Océan des malheurs palestiniens et se contente de regarder ailleurs. Si l’Italie joue l’effondrement ou même la disparition de la Tunisie, elle n’est que fidèle à son histoire et fidèle à ce qu’elle a fait depuis 1987, les autres, les voisins, frères de religions ou d’ethnie ne sont pas plus différents. Il suffit de se poster à un point de passage frontalier pour s’en convaincre.

T.B.

Politologue    

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