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Le professeur en économie Ridha Chkoundali pointe le délestage : la STEG n’est pas la seule responsable de ce gâchis 

Le professeur universitaire en économie Ridha Chkoundali a relevé, dans un post publié sur sa page facebook que les  coupures de courant récurrentes que nous subissons aujourd’hui, qui ont  entraîné dans certaines régions le décès de personnes placées sous assistance respiratoire, ne sont pas un simple dysfonctionnement technique passager dû à la chaleur estivale. Cet effondrement est la conséquence inévitable d’un système de gouvernance économique défaillant qui perdure depuis de nombreuses années sans réforme.

 Les citoyens s’indignent : « Je paie des factures exorbitantes qui dépassent mon pouvoir d’achat, alors pourquoi suis-je privé d’électricité ? Et où sont passés les millions de dinars de prêts garantis par l’État ? »

La STEG (Société tunisienne d’électricité et de gaz) n’est pas la seule responsable de cette situation catastrophique ; la responsabilité est partagée.

1. La STEG bénéficie de nombreux prêts garantis par l’État, mais ces fonds ne servent ni à améliorer ses infrastructures ni à accroître sa capacité de production. L’entreprise a récemment obtenu un prêt garanti par l’État de 420 millions de dinars, et ce n’est pas la première fois qu’elle reçoit un tel prêt. En temps normal, lorsqu’une entreprise énergétique emprunte des centaines de milliards, cet argent sert à construire de nouvelles centrales électriques ou à moderniser des réseaux de distribution vétustes afin de prévenir les coupures de courant. Mais la vérité est choquante : ce prêt n’est qu’une solution temporaire pour renflouer la trésorerie de l’entreprise. Autrement dit, il sert directement à rembourser d’anciennes dettes accumulées et à payer le gaz importé d’Algérie en devises fortes pour éviter de sombrer dans le noir. Nous empruntons pour consommer au jour le jour, et non pour investir dans l’avenir. C’est ce qu’on appelle, en termes économiques, un « cercle vicieux d’emprunt pour la consommation », et c’est le début de la faillite structurelle de toute institution publique.

2. Il y a une absence totale d’équité fiscale et financière. Comment peut-on s’attendre à ce qu’un citoyen lambda, qui paie régulièrement sa facture, supporte les coupures de courant et les hausses de prix, tout en fermant les yeux sur les véritables responsables de la ponction de liquidités et sur ceux qui ne paient pas leurs factures à la STEG (Société tunisienne d’électricité et de gaz) ? La dette de la STEG dépasse les 6 milliards de dinars. Qui ne paie pas ? Ministères, municipalités, hôpitaux publics et institutions d’État consomment de l’électricité et accusent des années de retard dans le paiement de leurs factures, tandis que l’État hésite à verser à la STEG les sommes qui lui sont dues, prélevées sur le fonds de subvention, pour couvrir la différence entre le coût réel et le prix de vente. L’État se fait à la fois juge et partie : il empêche la société de couper l’électricité aux administrations publiques, la prive de liquidités, puis la tient pour responsable du déficit ! – Vol d’électricité : des quartiers entiers, des exploitations agricoles et des ateliers clandestins volent ouvertement de l’électricité grâce à des branchements illégaux, sans aucun contrôle légal. Aujourd’hui, le citoyen respectueux des lois paie, à travers ses factures exorbitantes, l’électricité volée.

 3. Inflation de l’emploi et privilèges légalisés – Inondation de l’institution par des nominations arbitraires : Sous la pression de la rue et des revendications sociales, l’intégration de milliers d’employés et de sous-traitants, sans étude des besoins réels de l’entreprise ni des compétences techniques requises, a engendré un chômage déguisé et une inflation alarmante de la masse salariale, qui absorbe désormais la part la plus importante des revenus de l’entreprise, au détriment des budgets de maintenance et du développement technique du réseau. – Avantages en nature généreux : alors que l’entreprise souffre d’une pénurie de liquidités et risque la faillite, le système de « consommation d’électricité gratuite et illimitée » ou d’électricité fortement subventionnée reste en vigueur pour des dizaines de milliers d’employés et de retraités de STEG, ainsi que leurs familles. D’un point de vue économique, il s’agit d’un gaspillage de ressources énergétiques, au moment même où l’État demande à tous les citoyens de rationaliser leur consommation !

4. Dépendance au gaz et aux devises fortes La Tunisie produit plus de 95 % de son électricité à partir de gaz naturel. Nos gisements de pétrole et de gaz… La demande est en constante diminution. De ce fait, nous sommes contraints d’importer la majeure partie de notre gaz en devises fortes. Avec la dévaluation du dinar tunisien, le coût de production d’un kilowattheure pour la STEG a été multiplié par plusieurs fois. L’entreprise achète ses intrants à des prix mondiaux exorbitants et vend l’électricité aux consommateurs à des tarifs subventionnés, ce qui creuse chaque jour davantage son déficit. Ce déficit financier abyssal empêche la STEG (Société tunisienne d’électricité et de gaz) de moderniser ses postes de transport et de distribution, qui ne sont plus techniquement capables de gérer le pic de consommation estival et l’augmentation de la consommation de climatisation. Les ingénieurs sont donc contraints de procéder à des coupures de courant forcées pour protéger le réseau contre les incendies de transformateurs et les pannes totales.

5. Combien de temps allons-nous continuer avec cette solution au coup par coup ? Les citoyens tunisiens ne peuvent plus supporter des factures plus élevées pour des services de plus en plus dégradés, qui mettent en danger la santé des patients à domicile. Les solutions sont claires et nécessitent une volonté politique forte :

 – Apurement de la dette : L’État doit immédiatement régler les arriérés de la STEG dus par ses ministères et institutions publiques afin de sauver sa société. Liquidités.

 – Application de la loi : Le vol généralisé et les branchements illégaux doivent être immédiatement stoppés par des mécanismes de dissuasion stricts. Le système de privilèges au sein de l’entreprise doit être revu afin de s’adapter à la réalité de la crise.

– Développement de l’énergie solaire : La Tunisie bénéficie d’un ensoleillement abondant tout au long de l’année. La lenteur, la bureaucratie et les empiètements de certains acteurs qui entravent les projets d’énergies renouvelables constituent une atteinte à la sécurité énergétique tunisienne. Il est impératif d’ouvrir immédiatement et à grande échelle la voie à la production d’électricité à partir de l’énergie solaire afin d’alléger la pression sur le gaz importé.

 Ridha Chkoundali, Professeur universitaire en économie

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