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Tunisie : la dette, une équation de plus en plus complexe

Entre besoins de financement, réformes différées et contraintes budgétaires

L’endettement public est redevenu l’un des principaux déterminants de la stabilité économique des États. La hausse des dépenses publiques, les tensions géopolitiques, le renchérissement de l’énergie et le ralentissement de la croissance ont profondément modifié les équilibres budgétaires à travers le monde. Si les grandes économies disposent encore d’une capacité importante pour financer leurs déficits, les pays émergents et les économies à faible marge de manœuvre font face à une réalité beaucoup plus contraignante.

La Tunisie illustre parfaitement cette différence de traitement. Confronté à des besoins de financement élevés, le pays doit arbitrer entre soutien à l’activité, maintien des équilibres sociaux et préservation de la soutenabilité de ses finances publiques.

Une dérive mondiale des finances publiques

Depuis la crise sanitaire, les déficits budgétaires se sont installés dans la durée. Les États-Unis, plusieurs pays européens, le Japon ou encore le Royaume-Uni continuent de financer des politiques publiques ambitieuses par un recours accru à l’endettement.

Selon les institutions financières internationales, la dette publique mondiale poursuit sa progression, aussi bien dans les économies avancées que dans les pays émergents. Cette évolution traduit une transformation profonde des politiques budgétaires : les gouvernements privilégient désormais le soutien à la croissance, à l’investissement ou au pouvoir d’achat, quitte à repousser l’effort d’assainissement.

Cette stratégie reste toutefois beaucoup plus facile à mettre en œuvre pour les économies bénéficiant d’une forte crédibilité financière et d’un accès permanent aux marchés internationaux.

La Tunisie ne dispose pas des mêmes marges

La situation tunisienne est sensiblement différente.

Le pays supporte un niveau élevé de dépenses publiques, notamment en matière de compensation énergétique, alors même que ses capacités de financement demeurent limitées. Chaque choc externe — qu’il soit énergétique, géopolitique ou financier — exerce une pression immédiate sur les équilibres budgétaires.

Contrairement aux grandes économies, la Tunisie ne peut financer durablement ses déficits à faible coût. L’accès aux marchés internationaux reste difficile et les ressources concessionnelles demeurent conditionnées à l’avancement des réformes économiques et institutionnelles.

Cette réalité réduit considérablement les marges de manœuvre des pouvoirs publics.

Le coût des réformes différées

Les débats autour d’un programme avec le Fonds monétaire international dépassent désormais la seule question du financement.

Pour de nombreux économistes, un accord constituerait également un signal de confiance susceptible de faciliter l’accès à d’autres bailleurs de fonds et de réduire progressivement le coût du financement extérieur.

En son absence, chaque échéance de remboursement mobilise des solutions plus complexes et souvent plus coûteuses, accentuant la vulnérabilité des finances publiques.

Parallèlement, les dépenses liées au nouveau Plan national de développement, aux investissements publics et aux subventions continuent d’exercer une forte pression sur le budget de l’État.

Les agences de notation restent attentives

Les agences internationales continuent de surveiller l’évolution de la trajectoire budgétaire tunisienne.

Les dernières analyses soulignent que l’assainissement des finances publiques pourrait connaître un ralentissement en raison des nouveaux engagements budgétaires et de la persistance de contraintes économiques importantes.

Au-delà de la notation elle-même, c’est surtout la perception du risque souverain qui influence directement les conditions de financement de l’État ainsi que celles de nombreuses entreprises publiques.

Le véritable défi : retrouver des marges de manœuvre

Le débat ne se limite plus au volume de la dette mais porte désormais sur sa capacité à rester soutenable.

Une dette peut accompagner le développement lorsqu’elle finance des investissements productifs générateurs de croissance. Elle devient en revanche un facteur de fragilité lorsqu’elle sert principalement à couvrir des dépenses courantes ou à différer les ajustements structurels.

Pour la Tunisie, l’enjeu consiste désormais à restaurer progressivement des marges budgétaires, améliorer l’efficacité de la dépense publique, accélérer les réformes économiques et renforcer la confiance des investisseurs.

Car, contrairement aux grandes puissances économiques, le temps est une ressource financière rare. Chaque année de report réduit un peu plus les options disponibles et augmente le coût des ajustements futurs.

L’avenir des finances publiques tunisiennes dépendra ainsi moins de la capacité à emprunter que de la capacité à transformer durablement le modèle économique afin de renouer avec une croissance capable de stabiliser, puis de réduire progressivement, le poids de la dette.

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