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INDICE NATIONAL DE PERFORMANCE DU DÉVELOPPEMENT : CE QUE RÉVÈLENT LES 40,8 % DE LA TUNISIE

des écarts significatifs: Le Grand Tunis 49,4 %, Nabeul, à 45,2 %. À l’autre extrémité, Sidi Bouzid 33,8 %, Kairouan et Kasserine 34,6 %.

La Tunisie dispose désormais d’un outil inédit pour mesurer, secteur par secteur et jusqu’à l’échelle de la délégation, l’efficacité de son développement : l’Indice National de Performance du Développement (INPD). Contrairement aux indicateurs macroéconomiques classiques, qui livrent une photographie globale du pays, l’INPD croise les dimensions économique, sociale et environnementale à l’échelle des secteurs et des territoires. Objectif affiché : dépasser le simple constat statistique pour identifier, avec précision, où se situent les points de blocage du développement tunisien.

Le score national qui en résulte est de 40,8 %. Ce chiffre, qui sert de moyenne de référence, masque cependant des écarts considérables entre secteurs et entre régions — c’est précisément cette hétérogénéité que l’indice cherche à mettre en évidence. Les données, sourcées et compilées, doivent à terme alimenter l’application PerfECT (Performance Evaluation & Communication Technologies), conçue pour rendre ces informations accessibles et comparables dans le temps.

Une lecture sectorielle contrastée

Le détail par secteur fait apparaître des écarts marqués. Le bloc Alimentation/Finance affiche le meilleur score, à 56,4 %, suivi de Transports/Télécoms, à 50,3 %. Ces deux secteurs, présentés comme les plus performants, restent néanmoins proches de la moyenne nationale, ce qui relativise l’idée d’une réelle excellence sectorielle.

À l’inverse, deux secteurs décrochent nettement : Logement/Tourisme, avec 26,5 %, et Instruction/Culture, à 33,3 %. Ce sont précisément les secteurs les plus directement liés aux conditions de vie, à l’éducation et à l’habitat qui affichent les scores les plus faibles — un constat que l’INPD met en évidence de manière chiffrée, là où il restait auparavant largement qualitatif.

La dimension économique, principal point faible

La ventilation par grande dimension du développement apporte un éclairage complémentaire. La composante environnementale obtient 45,4 %, devant la composante sociale, à 42,3 %. La dimension économique, en revanche, ne dépasse pas 34,8 % — la plus faible des trois.

Ce résultat interroge dans un contexte où la croissance, l’investissement, l’emploi et la compétitivité figurent parmi les priorités affichées des politiques publiques. Il suggère surtout un problème d’efficacité dans la transformation des ressources et des opportunités en résultats concrets. La question posée par l’indice n’est donc plus seulement de savoir combien la Tunisie dépense ou investit, mais ce que ces dépenses et ces investissements produisent réellement pour les citoyens et les territoires.

Le territoire, dimension centrale de l’indice

L’INPD permet également une lecture à l’échelle territoriale, où les écarts sont là aussi significatifs. Le Grand Tunis arrive en tête avec 49,4 %, suivi de Nabeul, à 45,2 %. À l’autre extrémité, Sidi Bouzid affiche 33,8 %, tandis que Kairouan et Kasserine atteignent 34,6 %.

Ces écarts territoriaux ne sont pas nouveaux : l’inégalité régionale du développement est un problème identifié de longue date en Tunisie, y compris avant 2011. Ce que change l’INPD, c’est la possibilité de traduire ce problème en un indicateur synthétique, comparable dans le temps et entre régions, plutôt qu’en un simple constat qualitatif.

Quatre dossiers, un même constat de fond

Plusieurs dossiers sectoriels illustrent, chacun à leur manière, la même problématique de fond mise en évidence par l’INPD : celle de la transformation des ressources en résultats.

Sur l’eau, la disponibilité par habitant est aujourd’hui d’environ 400 m³ par an, contre environ 850 m³ en 1996, soit un niveau nettement inférieur au seuil de rareté de 1 000 m³ par habitant et par an retenu par la FAO. À cette contrainte s’ajoutent des pertes importantes dans les réseaux d’irrigation, un raccordement insuffisant à l’assainissement et des difficultés persistantes dans le traitement des eaux usées. Le problème ne se limite donc plus à la disponibilité de la ressource ; il concerne également sa gestion, sa distribution et l’entretien des réseaux.

Sur l’énergie, la production électrique reste fortement dépendante du gaz naturel, alors que le pays dispose d’un potentiel renouvelable estimé à plusieurs centaines de gigawatts, aujourd’hui exploité à hauteur de quelques pourcents seulement. Le poids des subventions énergétiques et les inefficiences du modèle continuent par ailleurs de peser sur les finances publiques.

Sur les produits de base, les pénuries récurrentes de pain, de lait, de café ou de viandes rouges sont associées, selon l’INPD, à une faible efficacité du système de compensation et à une résilience limitée face aux crises d’approvisionnement. Un dispositif public coûteux ne garantit donc pas nécessairement la disponibilité des produits subventionnés au moment où les citoyens en ont besoin — l’enjeu portant alors sur la production, le stockage, la distribution et la gouvernance des filières concernées.

Sur le plan législatif enfin, l’INPD attribue un score national de 35 %. Au-delà des moyens matériels ou humains de l’institution, l’indice interroge la qualité du processus de décision publique : la production législative répond-elle aux priorités économiques, sociales et territoriales du pays, sur des dossiers tels que la fiscalité, le salaire minimum, l’accès au financement ou le foncier ?

De la mesure à l’usage des données

Selon ses concepteurs, l’intérêt de l’INPD réside moins dans le classement qu’il établit que dans l’usage qui pourra en être fait par la suite. L’ambition affichée de l’application PerfECT est de transformer ces données en outil de lecture, de comparaison et, potentiellement, d’aide à la décision publique.

La Tunisie dispose déjà d’un nombre important de statistiques, de rapports et de diagnostics sectoriels ou régionaux. L’apport spécifique de l’INPD tient à sa capacité à relier ces données entre elles, à les territorialiser jusqu’à l’échelle de la délégation, et à les synthétiser dans un format directement exploitable. Avec un score national de 40,8 %, l’indice ne prétend pas clore le débat sur la performance publique tunisienne ; il en pose les termes de façon plus précise, secteur par secteur et région par région.

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