
Tunis – Univers News. Le gouvernement affiche ses priorités : souveraineté financière, investissement, justice fiscale, digitalisation et protection sociale. Reste maintenant à transformer les orientations en chiffres, en projets et en résultats.
Le projet de budget 2027 arrive à un moment où la Tunisie doit résoudre une équation devenue centrale : préserver les équilibres financiers tout en recréant les conditions d’une croissance plus forte.
Les orientations annoncées vont dans plusieurs directions : maîtrise du déficit, mobilisation des ressources propres, lutte contre l’évasion fiscale, intégration de l’économie informelle, réforme des entreprises publiques, transformation numérique, sécurité alimentaire, hydrique et énergétique et soutien à l’investissement. Le gouvernement entend également accélérer l’exécution des projets et améliorer leur rentabilité économique et sociale.
Sur le papier, les priorités sont nombreuses. Le véritable test sera leur traduction budgétaire.
- Le temps des chiffres
La croissance constitue l’un des premiers enjeux. Le scénario retenu pour 2027 repose notamment sur une amélioration de la demande extérieure et une croissance mondiale attendue à 3,4 %, tandis que le prix moyen du Brent est situé entre 75 et 80 dollars.
Mais au-delà des hypothèses, le débat doit porter sur les objectifs : déficit, dette, investissement, masse salariale, subventions, financement intérieur et exécution des dépenses d’équipement.
Un budget crédible est un budget dont les objectifs peuvent être mesurés en cours d’année et évalués à sa clôture.
- La dette ne doit pas évincer l’investissement
La volonté de renforcer les ressources propres et de préserver les équilibres financiers est clairement affichée.
Mais la question du financement demeure. Une mobilisation accrue des ressources domestiques peut réduire certaines dépendances extérieures, mais elle peut également accroître la pression sur les ressources disponibles dans le système financier.
Le sujet n’est donc pas uniquement le niveau de l’emprunt. Il est aussi celui de son utilisation : financer des dépenses courantes ou créer les conditions de nouvelles capacités productives ?
- Investir pour créer les ressources de demain
C’est probablement ici que se joue une partie de l’équation.
L’État social nécessite des ressources. Ces ressources ne peuvent durablement provenir uniquement de la fiscalité ou de l’endettement. Elles doivent aussi être générées par une économie plus productive.
D’où l’importance de l’investissement dans l’énergie, l’eau, les transports, la logistique, les ports, le rail, les infrastructures numériques, les zones industrielles et la modernisation des entreprises publiques.
Le gouvernement affiche précisément l’accélération de l’investissement public et privé parmi ses priorités et insiste sur la nécessité de hiérarchiser les projets selon leur maturité, leur faisabilité financière et leur impact socio-économique.
Le défi sera désormais celui de l’exécution.
- Faire du budget un contrat de résultats
La prochaine étape est donc moins celle de l’annonce que celle du suivi.
- Combien de projets seront effectivement lancés ?
- Combien seront achevés ?
- Quel sera leur coût ?
- Combien d’emplois auront-ils généré ?
- Quel impact sur les exportations, la production et la compétitivité ?
La logique devrait progressivement évoluer vers un budget de résultats, dans lequel chaque grande dépense publique est associée à des objectifs, des indicateurs et des échéances.
- 2026 doit servir de référence
Le gouvernement a présenté une première évaluation de l’exécution du budget 2026 lors du Conseil ministériel consacré au PLF 2027.
Cette évaluation doit maintenant permettre de comparer les prévisions aux réalisations : recettes, dépenses, déficit, emprunt et surtout investissement effectivement exécuté.
Car c’est à partir des écarts constatés en 2026 que les hypothèses de 2027 pourront être appréciées.
- Le vrai défi
La Tunisie ne manque pas nécessairement d’orientations. Elle doit désormais démontrer sa capacité à transformer les orientations en réalisations.
Le mécanisme est connu :
Investissement → production → croissance → ressources → équilibre financier.
À l’inverse, une économie qui réduit continuellement l’investissement pour préserver ses équilibres à court terme risque d’affaiblir progressivement les ressources dont elle aura besoin demain.
Le budget 2027 devra donc trouver cet équilibre délicat entre discipline financière et création de richesse.
C’est moins le nombre de mesures annoncées que leur capacité à produire des résultats qui permettra de juger la portée économique du prochain budget.



