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BFPME: Une banque en quasi-faillite comptable… sous perfusion budgétaire!!!

  • Lourdes interrogations quant à la viabilité du modèle et une réforme devenue INEVITABLE
  • Une question centrale : la BFPME est-elle encore une banque ou un simple véhicule budgétaire hors bilan de l’État ?
  • Un établissement dans une zone de défaut économique, incompatible avec les exigences prudentielles minimales applicables à une banque

À la lecture attentive des états financiers arrêtés au 31 décembre 2024, la Banque de Financement des Petites et Moyennes Entreprises (BFPME) apparaît dans une situation financière structurellement dégradée, soulevant de lourdes interrogations quant à la viabilité de son modèle, l’efficacité de sa gouvernance et le rôle réel des autorités de tutelle.

Des capitaux propres négatifs : un signal d’alerte majeur

Le fait le plus préoccupant reste la situation nette de la banque. Les capitaux propres de la BFPME s’établissent à –53 millions de dinars, contre –40 millions un an auparavant. Cette dérive continue, amorcée depuis plusieurs exercices, place l’établissement dans une zone de défaut économique, incompatible avec les exigences prudentielles minimales applicables à une banque.

Malgré un capital social inchangé de 100 millions de dinars, l’accumulation de pertes successives (–13,1 MD en 2024 après –16,2 MD en 2023) a totalement érodé les fonds propres. En termes simples, la banque opère aujourd’hui sans coussin de solvabilité, exposant implicitement l’État actionnaire à un risque budgétaire latent.

Une activité bancaire fictive : 93 % de créances nonperformantes

Plus alarmant encore, la structure du bilan révèle une banque sans véritable activité bancaire saine. Le ratio des créances classées atteint 92,95 % en 2024, contre déjà 89 % en 2023. Autrement dit, la quasi-totalité du portefeuille client est non-performante, ce qui constitue un cas extrême dans le paysage bancaire tunisien.

La banque survit artificiellement grâce à :

  • Des agios réservés massifs (142,8 MD),
  • Un provisionnement élevé mais insuffisant au regard du risque réel,
  • Et surtout une externalisation du risque via les garanties de l’État et de la SOTUGAR.

La couverture des actifs classés plafonne à 57,7 %, un niveau faible compte tenu de la gravité de la dégradation du portefeuille. Cette situation traduit non pas une crise conjoncturelle, mais un échec structurel du modèle de financement adopté depuis plus d’une décennie.

Une rentabilité structurellement négative

Le produit net bancaire recule à 5,67 MD, alors que les charges de personnel à elles seules atteignent 13,4 MD, soit plus du double du PNB. Le résultat d’exploitation ressort ainsi à –13,2 MD, confirmant l’absence totale d’effet de levier économique.

La BFPME ne vit plus de son activité bancaire, mais essentiellement :

  • De commissions de gestion sur fonds publics,
  • De ressources budgétaires et para-budgétaires,
  • Et de rééchelonnements successifs de dettes auprès du Trésor.

Il ne s’agit plus d’une banque au sens économique du terme, mais d’un organisme administratif de gestion de lignes publiques, avec une structure de coûts bancaires classiques.

Une dépendance totale au Trésor et aux fonds publics

Les emprunts et ressources spéciales culminent à 286,5 MD, largement supérieurs au total de l’actif net. Les conventions signées en 2024 avec le ministère des Finances – notamment le rééchelonnement de 36,3 MD de prêts du Trésor et l’octroi de nouveaux financements – confirment une mise sous assistance permanente.

Cette situation pose une question centrale : la BFPME est-elle encore une banque ou un simple véhicule budgétaire hors bilan de l’État ?

Des radiations tardives et une gouvernance sous question

La radiation en 2025 de créances anciennes pour 5,17 MD, après audit, illustre la lenteur des décisions et l’absence d’anticipation du risque crédit. Plus grave, certaines radiations sont opérées en l’absence de preuve de poursuite des voies de recours, ce qui soulève des interrogations sur la rigueur des procédures internes et le suivi juridique des engagements.

Par ailleurs, la persistance de charges historiques (intérêts JBIC pris en charge depuis 2015, dossiers contentieux anciens, avances ICD non soldées) révèle une gestion patrimoniale figée, sans véritable stratégie de résolution.

Où sont les autorités de supervision ?

Face à une banque aux fonds propres négatifs, à la sinistralité extrême et à la dépendance budgétaire totale, le silence de la supervision interroge.

  • Quelle est la position de la Banque Centrale de Tunisie sur la continuité d’exploitation ?
  • Quelle est la stratégie de l’État actionnaire majoritaire (60 %) ?
  • Pourquoi aucune recapitalisation, restructuration ou liquidation ordonnée n’a-t-elle été engagée ?

Une réforme devenue inévitable

La situation de la BFPME n’est plus tenable. Elle appelle une décision politique claire : recapitalisation massive assortie d’un changement de modèle et de gouvernance, transformation en agence de financement public non bancaire, ou dissolution ordonnée.

Continuer dans l’inaction revient à institutionnaliser une banque zombie, financée indirectement par le contribuable, sans impact mesurable sur le financement réel des PME tunisiennes.

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