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Emploi des diplômés: le management du XXe siècle incapable d’employer les générations du XXIe siècle.

Par Hatem SMINE

UniversNews (Technologie) – Dans le monde actuel, on distingue deux types de pays : ceux qui créent les technologies qui stimulent l’économie, l’administration et la science, et ceux qui se contentent de les acheter. La Tunisie, jusqu’à présent, n’a pas défini sa position. Elle se situe dans une zone grise, ni productrice de technologies, ni totalement réfractaire à celles-ci. L’année 2030 ne sera pas seulement une étape, mais un moment décisif : soit nous devenons un marché pour les produits des autres, soit un pays qui façonne une partie de son propre avenir.

Pour comprendre la situation, la Tunisie dispose de milliers de jeunes diplômés, mais nous ne savons que faire. Le problème n’est pas nouveau. Même avant l’intelligence artificielle, une grande partie de ces jeunes peinent à trouver un emploi. Non pas par manque de compétences, mais parce que leurs acquis étaient devenus obsolètes. L’intelligence artificielle n’a pas créé la crise ; elle l’a révélée et aggravée.

L’université : point de départ

La première réforme doit porter sur les programmes universitaires. Aujourd’hui encore, nous enseignons comme si le monde n’avait pas changé. Les mêmes programmes, les mêmes méthodes, les mêmes hypothèses.

Or, le marché du travail a radicalement évolué. On attend des ingénieurs qu’ils maîtrisent les systèmes Cloud, des médecins qui emploient des outils d’analyse intelligents, des économistes qui travaillent avec des données et des avocats qui utilisent des outils numériques pour analyser les dossiers. Le fossé n’est plus minime. Il est systémique. Et il ne peut être comblé par des réformes partielles, mais par une refonte complète.

Le secteur de l’enseignement privé : entre promesses et illusions

Les établissements d’enseignement privés ont proliféré ces dernières années, promettant un emploi rapide, des taux de réussite élevés, des diplômes attractifs et des partenariats mis en avant. Mais en réalité, une grande partie de ces formations ne permettent pas d’acquérir de véritables compétences. Ce qu’il faut aujourd’hui, ce n’est pas fermer ce secteur, mais le réglementer rigoureusement : examiner les agréments, évaluer les professeurs, mesurer les résultats concrets et lier la formation à la capacité de production de l’étudiant. Car l’éducation ne se résume plus à la simple transmission de connaissances, mais vise à développer des compétences utilisables. Le problème du chômage des jeunes diplômés ne peut être résolu par une administration fonctionnant encore sur papier. Procédures complexes, dossiers dupliqués, signatures manuscrites, documents imprimés puis numérisés : ce système est inadapté à la nouvelle génération. La numérisation de l’administration n’est pas un choix technique, mais économique. Chaque processus numérique crée un emploi et chaque système moderne ouvre de nouvelles perspectives.

Renouvellement des responsabilités

Un autre problème se pose au sein même de l’administration : la persistance des mêmes personnes aux postes de décision, malgré l’évolution du monde. Une administration numérique a besoin de nouvelles compétences. Cela implique une véritable évaluation, une rotation des responsabilités et une limitation du nombre de mandats. Le renouvellement n’est pas une menace, mais une nécessité pour la pérennité de l’administration.

Une université qui produit, pas seulement qui enseigne

Aujourd’hui, un étudiant peut obtenir son diplôme sans avoir accompli quoi que ce soit de concret. Cette situation n’est plus acceptable. Dans chaque discipline, il doit y avoir un résultat : une application, un projet, une expérience, une campagne, un prototype. La valeur ne réside plus dans le diplôme, mais dans ce que l’étudiant est réellement capable de réaliser.

Redéfinir la réussite scolaire

Le système actuel ne fait pas de distinction entre le professeur innovant et le professeur traditionnel. Il n’y a pas de véritables incitations, ni d’évaluation d’impact réel. Cela étouffe l’initiative. Nous devons redéfinir la réussite : la pensée critique, l’analyse, le travail d’équipe, la productivité et la capacité d’apprendre en continu. Ce sont les compétences qui perdureront à l’ère de l’intelligence artificielle.

Vers un ministère des compétences

Aujourd’hui, notre système est axé sur la certification, les procédures et les discours. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une entité unique qui se concentre sur la compétence réelle : Comment enseignons-nous ? Que produisons-nous ? Combien de diplômés trouvent un emploi ? Quelle valeur créons-nous ? L’accent n’est plus mis sur le nombre de diplômés, mais sur la qualité de leur contribution à l’économie.

H.S.

Expert IT et visionnaire technologique

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