Fitch Ratings : Tunisie notée B- : le poids déterminant de la gouvernance dans l’analyse de Fitch!!!

UniversNews (SEF) – L’agence de notation internationale Fitch Ratings a annoncé ce vendredi la confirmation de la note souveraine à long terme de la Tunisie à « B- », tout en retirant le pays de sa liste des pays sous observation (UCO). Une décision qui, sans constituer une amélioration de la notation, marque néanmoins un tournant symbolique dans l’appréciation du risque tunisien par les marchés internationaux.
Une décision technique, mais à forte portée économique
Le retrait de la Tunisie de la liste des pays sous surveillance traduit, selon Fitch, une stabilisation relative du profil de risque souverain, à la lumière de ses nouveaux critères de notation introduits récemment. Ces critères intègrent désormais des hypothèses explicites de recouvrement en cas de défaut, offrant une lecture plus fine de la soutenabilité de la dette.
La confirmation de la note « B- » signifie que la Tunisie demeure exposée à un risque de crédit élevé, mais que les scénarios de dégradation rapide ne sont plus jugés imminents par l’agence. En d’autres termes, le pays sort d’une phase d’incertitude aiguë, sans pour autant entrer dans une dynamique d’amélioration.
Quel impact sur le financement de l’économie ?
Sur le plan financier, cette décision pourrait contribuer à réduire la prime de risque perçue, notamment dans les discussions avec les bailleurs bilatéraux et multilatéraux. Pour autant, l’accès direct aux marchés internationaux reste limité, la notation demeurant en catégorie spéculative profonde.
Les investisseurs institutionnels continuent d’exiger :
- Une visibilité accrue sur la trajectoire budgétaire,
- Une clarification de la stratégie de financement de l’État,
- Et surtout, des signaux concrets de réformes structurelles, notamment dans les entreprises publiques et la gouvernance économique.
Gouvernance et réformes : le cœur du jugement de Fitch
Fitch souligne que les facteurs de gouvernance demeurent déterminants dans l’évaluation de la Tunisie. L’agence attribue au pays un score ESG de niveau élevé, reflétant les fragilités institutionnelles, la prévisibilité des politiques publiques et la stabilité du cadre décisionnel.
Fitch considère que certains éléments de gouvernance (le “G” de ESG) influencent directement la capacité de l’État à honorer sa dette, et tirent la note vers le bas.
Il s’agit principalement de :
- Stabilité politique fragile,
- Prévisibilité limitée des politiques publiques,
- Faiblesses institutionnelles,
- Qualité de la gouvernance économique,
- État de droit et efficacité administrative,
- Gestion et performance des entreprises publiques.
Pour les investisseurs, un score ESG élevé (5) signifie :
- Risque politique et institutionnel non diversifiable,
- Dépendance accrue aux décisions de l’État,
- Visibilité réduite sur les réformes et la trajectoire budgétaire.
C’est pourquoi, malgré la sortie de la liste de surveillance, la note reste bloquée à B-.
Autrement dit, la notation actuelle constitue moins une sanction qu’un avertissement durable : sans avancées tangibles en matière de réformes, la marge de manœuvre reste étroite.
Un signal mesuré, mais utile
Pour les autorités tunisiennes, cette décision peut être interprétée comme :
- Un signal de répit,
- Une opportunité de restaurer progressivement la crédibilité financière,
- Mais aussi comme un appel à accélérer les réformes afin de sortir durablement de la zone de vulnérabilité.
Dans un contexte régional et international marqué par le resserrement des conditions financières, la confirmation de la note « B- » et la sortie de la liste de surveillance offrent à la Tunisie un temps précieux. Reste à savoir si ce temps sera mis à profit pour enclencher une trajectoire de redressement crédible et lisible pour les marchés.



