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IA en Tunisie : Entre l’optimisme ministériel et le mur de la réalité

UniversNews – ​Le timing frise l’ironie tragique. Ce mercredi 1er avril 2026, alors que le rapport BMI (Fitch Solutions) dressait un portrait clinique des carences numériques du pays, le ministre des Technologies de la Communication, Sofiène Hemissi, affirmait avec assurance : « l’infrastructure tunisienne est prête à adopter l’intelligence artificielle. » Pourtant, une lecture attentive des données de l’Instance Nationale des Télécommunications (INT) suggère que si la Tunisie est prête pour les discours, elle ne l’est guère pour les serveurs.

​Le mirage de la fibre et le poids du cuivre

​L’IA générative et industrielle exige des débits symétriques et une latence minimale. Or, au troisième trimestre 2025, la fibre optique ne représentait que 6 % des connexions fixes. Le paysage numérique reste dominé par l’ADSL (31 %), une technologie obsolète, et les « box data » (22 %). Faire tourner des modèles de langage massifs sur du fil de cuivre hérité des décennies précédentes relève de la gageure technique.

​Une 5G en mode échantillon

​Si le lancement de la 5G en février 2025 a été célébré comme une victoire, les chiffres de BMI douchent l’enthousiasme : fin 2025, elle ne concernait que 3 % du parc mobile, cantonnée à quelques îlots urbains privilégiés. Les projections pour 2035 — dans neuf ans — n’évaluent sa pénétration qu’à 22 %. Pour les régions intérieures et les universités hors de la capitale, l’IA reste une promesse lointaine, bridée par un réseau mobile saturé.

​Un sous-investissement chronique

​Le signal le plus alarmant ne vient pas des discours, mais des finances. En janvier 2026, la BERD a dû octroyer un prêt de 190 millions d’euros à Tunisie Télécom pour moderniser ses réseaux. Qu’une infrastructure se prétende « prête pour l’IA » tout en dépendant de l’endettement international pour installer ses câbles sous-marins souligne un profond décalage structurel.

​Conclusion : Un plan sans réseaux

​Pendant que les opérateurs affichent des marges d’EBITDA insolentes (41,6 % pour Ooredoo en 2024), l’investissement dans l’équité territoriale stagne. Le plan quinquennal 2025-2030, vanté par le ministère, semble n’être qu’un énième « cache-misère » bureaucratique.

​Le diagnostic de Fitch est sans appel : le marché est proche de la saturation et le potentiel d’expansion est contraint. Monsieur le ministre, l’IA ne se nourrit pas d’aplomb, mais de fibre. Et pour l’instant, la Tunisie n’a que des mots.

KS

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