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La Tunisie face à l’épreuve de lucidité

Par Mustapha MACHAT

UniversNews (EDITO) – Ce qui s’apparente aujourd’hui à une succession de crises ; géopolitiques, monétaires, énergétiques, technologiques ; est en réalité bien plus profond ; un basculement de l’ordre économique mondial. La mondialisation libérale telle que nous l’avons connue s’effrite, les rapports de force se durcissent, la souveraineté économique revient au centre du jeu, et les règles se réécrivent sous nos yeux.

La Tunisie ne peut plus se contenter d’observer ce mouvement depuis la rive. Elle y est déjà prise.

C’est précisément cette prise de conscience qui avait été au cœur du grand débat organisé par Univers News en juin 2025, réunissant décideurs publics, chefs d’entreprise, experts financiers et universitaires. Le constat, alors largement partagé, reste aujourd’hui d’une brûlante actualité : le statu quo n’est plus une option.

Le nouvel ordre économique qui se dessine est multipolaire, mais aussi plus conflictuel. Les chaînes de valeur se régionalisent, les grandes puissances protègent leurs intérêts stratégiques, la finance se recompose autour de nouveaux instruments, et les standards —climatiques, numériques, réglementaires— deviennent des armes économiques.

Dans ce contexte, les pays intermédiaires comme la Tunisie sont confrontés à un dilemme clair :

Le grand débat d’Univers News avait mis en lumière une vérité souvent occultée : le danger pour la Tunisie n’est pas l’ouverture, mais l’ouverture sans stratégie ; ce n’est pas la souveraineté, mais la souveraineté sans compétitivité. La Tunisie dispose d’atouts réels : position géographique, capital humain, profondeur historique de ses relations euro-méditerranéennes, savoir-faire industriel et financier. Mais ces atouts ne valent rien sans vision cohérente, réformes crédibles et prévisibilité des règles du jeu. Une idée forte avait émergé : la Tunisie peut devenir un espace d’interface, un pont économique entre l’Europe, l’Afrique et le Monde arabe —à condition de moderniser son cadre économique, de sécuriser son environnement des affaires et de faire confiance à l’entreprise comme acteur de stabilité, et non comme variable d’ajustement.

À l’inverse, l’économie informelle galopante, la défiance envers les instruments modernes de paiement, l’instabilité réglementaire et la tentation du repli menacent de reléguer le pays à la périphérie des nouveaux flux.

Une exigence s’impose plus que jamais, celle de la clarté concernant notre place dans le monde, au niveau de nos priorités économiques et, surtout, clarté sur le rôle de l’État, du secteur privé, de la finance et des institutions de régulation.

Le grand mérite du débat d’Univers News, en juin dernier, aura été de rompre avec le déni. Reste désormais à transformer ce diagnostic collectif en décisions courageuses. Car dans le nouvel ordre économique qui s’installe, les pays qui hésitent trop longtemps finissent par choisir… mais par défaut… Et le coût de ce choix-là est toujours le plus élevé !!!

M.M.

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