A la uneAnalyses UNIVERSNEWS

Le tandem Khadhraoui–Khouaja à la manœuvre pour tourner la page

UniversNews – Pour la première fois depuis des années, la Tunisian Foreign Bank donne des signes tangibles de rupture avec un passé marqué par les dérives financières et une gouvernance contestée. Longtemps fragilisée par des pertes récurrentes, sous surveillance étroite du régulateur français et dépendante de ses actionnaires, la banque semble aujourd’hui engager un virage stratégique décisif.

À la tête de cette nouvelle dynamique, un tandem expérimenté : Haykel Khadhraoui, ancien de la Banque Centrale de Tunisie, et Foued Khouaja, ex-responsable du pôle Systèmes d’information et transformation digitale à la STB et de la banque de l’abitat. Leur ambition est claire : restaurer la crédibilité d’une institution fragilisée et engager une transformation en profondeur, au-delà des réponses conjoncturelles du passé.

Une rupture stratégique assumée : la fin des recapitalisations sans vision

Le changement de doctrine est net. Les augmentations de capital ne seront plus des solutions de court terme destinées à combler des déficits structurels, mais des instruments au service d’un redressement durable.

Ce repositionnement marque une rupture avec les pratiques antérieures, où les principaux actionnaires — notamment la Société Tunisienne de Banque et BH Bank — intervenaient régulièrement pour préserver les équilibres prudentiels sans refonte réelle du modèle économique.

Désormais, la priorité est donnée à une transformation structurelle, orientée performance, maîtrise des risques et viabilité à long terme.

Un audit global sous supervision française : point de départ du redressement

Au cœur du dispositif : le lancement imminent d’un audit stratégique global (“full audit”), supervisé par le CAREP. Cette démarche, exigeante mais incontournable, vise à établir un diagnostic exhaustif des faiblesses structurelles identifiées par le régulateur.

Le cabinet en charge sera annoncé dans les prochains jours, mais l’objectif est déjà clair : aligner la banque sur les standards européens en matière de gouvernance, de gestion des risques et de conformité.

Cet audit constitue la pierre angulaire d’un plan de transformation qui devra convaincre rapidement les autorités françaises, notamment l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR).

Restaurer la confiance : le véritable chantier

Au-delà des enjeux réglementaires, le défi central reste celui de la reconstruction de la confiance.

Confiance du régulateur, bien sûr, mais aussi des partenaires financiers et de la diaspora tunisienne, cœur historique de la clientèle de la banque.

Le nouveau management semble structurer son action autour de trois leviers fondamentaux :

Discipline des risques, avec une redéfinition du cadre d’appétence et un renforcement des contrôles

Gouvernance renforcée, plus indépendante et responsabilisée

Transparence accrue, notamment sur la performance financière et les orientations stratégiques

Un actif stratégique sous-exploité : la banque de la diaspora

Au-delà du redressement interne, TF Bank dispose d’un atout majeur : son agrément bancaire en France.

Cet agrément constitue une opportunité rare pour les actionnaires tunisiens. Avec une diaspora de plus de 800 000 Tunisiens en France, la banque bénéficie d’un positionnement unique pour capter l’épargne en devises et renforcer les flux financiers transfrontaliers.

Les actionnaires historiques — dont la Société Tunisienne de Banque et BH Bank — semblent désormais privilégier une logique de développement orientée marché, rompant avec une approche centrée uniquement sur le soutien financier.

Vers la fin du cycle de crise ?

Après une décennie marquée par les pertes, les sanctions et les recapitalisations répétées, TF Bank pourrait amorcer une sortie progressive de crise.

Les premiers signaux restent prudents, mais la dynamique engagée tranche avec l’immobilisme des années précédentes. Le véritable test sera la capacité du management à convaincre rapidement le régulateur français de la solidité et de la crédibilité du plan engagé, dans un contexte où la pression sur l’agrément reste implicite mais bien réelle.

Une dernière chance… crédible ?

e qui distingue cette tentative des précédentes n’est pas tant l’ampleur des moyens mobilisés que la cohérence stratégique et la qualité d’exécution annoncée.

TF Bank joue probablement sa dernière carte. Mais, pour la première fois depuis longtemps, elle semble réunir les conditions essentielles d’un redressement réussi : une vision claire, une gouvernance crédible et une volonté affirmée de transformation.

Le bout du tunnel n’est pas encore atteint — mais il est enfin visible.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page