À la uneSanté

Les Tunisiens fortement exposés… à des substances chimiques importées??!!!

UniversNews (Santé) – La Tunisie fait face à une menace chimique « invisible » mais largement répandue : l’exposition croissante aux phtalates et aux bisphénols. Les premiers sont utilisés comme plastifiants pour assouplir le PVC (Polychlorure de vinyle, un polymère thermoplastique de grande consommation), tandis que les seconds: bisphénols, sont employés notamment dans les résines époxydes, lesquelles sont des perturbateurs endocriniens.

Ces substances chimiques, de plus en plus bannies en Europe, restent présentes sur le marché local, selon un rapport, publié en janvier 2026 par l’Association de l’Éducation Environnementale pour les Futures Générations (AEEFG), en collaboration avec le réseau international IPEN.

Intitulé « Situation des phtalates et des bisphénols en Tunisie : expositions et dangers », ce rapport, consulté par l’agence TAP, met en évidence une contamination préoccupante de la population et de l’environnement. Les analyses révèlent que 64,7 % des femmes testées présentent des traces de bisphénol A (BPA) dans leurs urines, avec une concentration moyenne de 0,4 ng/mL.

La contamination touche également, les produits de consommation courante. Des niveaux significatifs de phtalates ont été détectés dans des fromages, des médicaments et des cosmétiques. Dans l’environnement marin, des phénomènes de bioaccumulation ont été observés sur les côtes de Mahdia et de Sfax, aussi bien dans l’eau, les sédiments que les espèces marines.

La particularité de ces substances réside dans leur faible liaison chimique aux matériaux, ce qui facilite leur migration vers l’air, les aliments et le corps humain par ingestion, inhalation ou contact cutané. Même à faibles doses, ils sont associés à des effets sanitaires graves, notamment des troubles de la reproduction et du développement, des maladies métaboliques, cardiovasculaires et certains cancers.

Le rapport met également en lumière le phénomène de « marché de report ». En raison du durcissement des réglementations européennes, notamment via le règlement REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals, une législation européenne entrée en vigueur en 2007 pour sécuriser la fabrication et l’utilisation des substances chimiques), certaines substances interdites ou limitées continuent d’être exportées vers des pays moins réglementés.

La Tunisie, fortement dépendante des importations de matières plastiques, voit ainsi ses sources d’approvisionnement se diversifier vers la Turquie et l’Asie (Chine, Inde, Corée du Sud), en plus de partenaires européens comme l’Italie et l’Espagne. Entre 2020 et 2025, période couverte par l’étude, plus de 2 100 tonnes de plastifiants ont été importées, illustrant l’ampleur du phénomène.

Malgré ces risques, le cadre réglementaire tunisien reste limité. La seule mesure spécifique en vigueur est l’interdiction du BPA dans les biberons (bisphénol A, un composé chimique industriel utilisé pour fabriquer des plastiques en polycarbonate), adoptée en 2010. Les normes actuelles ne prennent pas en compte les effets cumulés et chroniques de ces substances, ce qui accentue la vulnérabilité des populations, notamment des enfants et des nouveau-nés exposés via certains dispositifs médicaux.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page