
Quand l’histoire devient une arme diplomatique
Tunis – Univers News. Le vieux contentieux maroco-algérien continue de se déplacer sur de nouveaux terrains. Après les affrontements diplomatiques autour du Sahara occidental, le débat semble désormais s’enraciner davantage dans l’histoire, la conception de l’État et la définition de la souveraineté.
Une nouvelle illustration en a été donnée par Omar Hilale, représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, qui a remis en avant la profondeur historique de l’État marocain et son ancien rayonnement diplomatique en Europe.
Dans un contexte de tensions persistantes entre Rabat et Alger, le diplomate marocain a insisté sur l’importance de replacer la question de l’intégrité territoriale dans une perspective historique. Selon cette lecture, la compréhension de la conception marocaine de la souveraineté ne peut être dissociée de plusieurs siècles d’existence étatique, de continuité institutionnelle et d’influence diplomatique.
Omar Hilale a notamment évoqué la présence du Maroc en Europe dès les XVe et XVIe siècles. Il a rappelé l’existence, à cette époque, de relations diplomatiques entre le Maroc et plusieurs puissances européennes, ainsi que la présence de représentants et d’ambassadeurs marocains auprès de certaines cours européennes.
Cette évocation historique vise à mettre en évidence l’ancienneté de l’État marocain et sa capacité, bien avant l’époque contemporaine, à entretenir des relations diplomatiques avec des États européens. Le propos s’inscrit également dans une comparaison implicite avec l’histoire politique de l’Algérie, dont la forme étatique contemporaine s’est consolidée après l’indépendance en 1962, à la suite de la période coloniale française.
Mais derrière cette lecture historique se profile surtout le dossier du Sahara occidental, véritable cœur du différend entre Rabat et Alger. Le Maroc considère le territoire comme faisant partie intégrante de son unité nationale et territoriale et défend son projet d’autonomie sous souveraineté marocaine. L’Algérie, de son côté, soutient le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et accueille sur son territoire les dirigeants du Front Polisario.
Dans ce contexte, l’histoire devient un instrument supplémentaire dans la bataille diplomatique. Pour Rabat, rappeler la profondeur historique de l’État marocain permet de conforter le discours sur la continuité de sa souveraineté et sur l’ancienneté de ses liens avec différents territoires. Alger défend, quant à elle, une approche fondée notamment sur le droit à l’autodétermination et sur les principes consacrés par les Nations unies.
Les propos d’Omar Hilale ne constituent donc pas seulement une référence au passé. Ils participent à une bataille de récits dans laquelle chaque capitale cherche à imposer sa propre lecture de l’histoire et du droit. Le débat ne porte plus uniquement sur les frontières héritées de la période coloniale ou sur le statut du Sahara occidental, mais également sur la manière dont l’histoire de la région peut être mobilisée pour légitimer des conceptions différentes de la souveraineté.
Cette confrontation des récits rappelle que le différend maroco-algérien dépasse largement les relations bilatérales. Il touche à la mémoire, à l’identité politique et à la construction des États du Maghreb. Et à mesure que le dialogue entre Rabat et Alger demeure bloqué, l’histoire semble prendre une place croissante dans les argumentaires diplomatiques.
Du Maroc médiéval aux chancelleries européennes des XVe et XVIe siècles, puis aux indépendances du XXe siècle, chacun des deux pays puise ainsi dans son propre récit historique pour défendre ses positions actuelles. Une chose est certaine : dans le face-à-face maroco-algérien, le passé est loin d’être révolu. Il demeure une pièce maîtresse du débat sur le présent et, surtout, sur l’avenir du Maghreb.
KS



