Santé privée : L’entrée d’AKDITAL en Tunisie… opportunité stratégique ou signal d’alerte??!!!

- Quelle capacité du pays à préserver une souveraineté minimale dans un secteur aussi stratégique que la santé ??!!!
- Une attractivité qui masque des failles structurelles et un désengagement local qui interroge??!!!
- Une forme d’essoufflement du modèle de développement national dans la santé privée
- La question est pourquoi la Tunisie se retrouve en position de cédant intégral dans un secteur vital
UniversNews (SEF) – Les quatre établissements hospitaliers exploités par le groupe THG passent désormais à 100 % sous le contrôle du groupe marocain AKDITAL, marquant ainsi la première implantation du leader marocain de la santé privée en Afrique du Nord hors Maroc. Si l’opération est présentée comme un investissement structurant pour le secteur, elle soulève également des interrogations légitimes sur l’avenir de la santé privée en Tunisie et sur la place laissée aux opérateurs nationaux.
Un désengagement local qui interroge
La cession intégrale des établissements de THG à un groupe étranger pose d’abord une question de fond : pourquoi aucun acteur tunisien n’a-t-il été en mesure de reprendre ou de consolider ces structures ?
Ce retrait total du capital local traduit les difficultés persistantes des investisseurs tunisiens à mobiliser des financements longs dans un environnement économique contraint, mais aussi une forme d’essoufflement du modèle de développement national dans la santé privée.
Plus encore, le passage à 100 % sous contrôle étranger interroge sur la capacité du pays à préserver une souveraineté minimale dans un secteur aussi stratégique que la santé, même lorsqu’il s’agit du segment privé.
AKDITAL : un acteur puissant, mais à quel prix ?
AKDITAL arrive en Tunisie avec une réputation solide et un modèle industriel éprouvé. Mais cette puissance financière et organisationnelle pourrait rapidement déséquilibrer un marché déjà fragile, composé majoritairement de cliniques indépendantes et de structures de taille moyenne.
Le risque ?
Une concentration progressive du secteur, une pression accrue sur les marges des acteurs locaux et, à terme, une standardisation de l’offre de soins qui pourrait privilégier la rentabilité au détriment de certaines spécialités moins lucratives mais socialement nécessaires.
Patients et médecins : promesses et incertitudes
Du côté des patients, les promesses d’amélioration des équipements et de modernisation des services sont réelles. Toutefois, la question des coûts reste centrale. L’arrivée d’un grand groupe régional pourrait accentuer la segmentation de l’offre, renforçant l’accès à des soins de qualité pour les patients solvables, tout en creusant l’écart avec le reste du système de santé.
Pour les professionnels de santé, si les perspectives de carrière et de formation sont mises en avant, le risque de perte d’autonomie médicale et de standardisation excessive des pratiques suscite déjà des réserves dans certains cercles médicaux.
Une attractivité qui masque des failles structurelles
Présentée comme un signe d’attractivité du pays, cette opération met aussi en lumière les failles du climat d’investissement tunisien. La Tunisie attire davantage par la valorisation relativement faible de ses actifs que par une vision stratégique claire et stable du développement du secteur de la santé.
En d’autres termes, la question n’est pas seulement de savoir si AKDITAL est un bon investisseur, mais pourquoi la Tunisie se retrouve en position de cédant intégral dans un secteur vital, faute de champions nationaux suffisamment soutenus.
Un précédent à surveiller de près
L’entrée d’AKDITAL en Tunisie pourrait faire école. D’autres groupes régionaux ou internationaux pourraient suivre, accélérant la transformation du secteur de la santé privée en un marché dominé par quelques grands opérateurs transfrontaliers.
Dès lors, l’enjeu pour les autorités tunisiennes n’est pas de freiner l’investissement étranger, mais de définir des garde-fous clairs : régulation tarifaire, exigences en matière de qualité, équilibre territorial, et surtout articulation cohérente entre santé publique et santé privée.
Entre opportunité et vigilance
Cette opération marque indéniablement un tournant. Mais elle impose aussi un débat de fond : la santé peut-elle être traitée comme un actif économique parmi d’autres ?
Sans vision stratégique nationale, le risque est réel de voir la Tunisie devenir un simple terrain d’expansion pour des groupes régionaux, au détriment d’une politique de santé cohérente, inclusive et durable.



