185 MDT de bénéfice en six mois… mais plusieurs dossiers fiscaux, douaniers et concurrentiels viennent rappeler qu’un géant industriel n’échappe pas aux zones de risque
La SFBT continue d’impressionner par ses performances financières. 185,1 millions de dinars de bénéfice net au premier semestre 2026, un résultat d’exploitation en hausse de 19,5% et une structure financière particulièrement solide. Mais derrière cette mécanique de rentabilité se dessine un autre sujet, beaucoup moins visible : celui des contentieux et contrôles qui s’accumulent autour du groupe.
À première vue, les chiffres de la Société de Fabrication des Boissons de Tunisie ne prêtent guère à discussion.
Au 30 juin 2026, la SFBT affiche un résultat net de 185,07 MDT, contre 169,64 MDT un an auparavant, soit une progression de 9,1%. Les revenus atteignent 379,28 MDT, en hausse de près de 6%, tandis que le résultat d’exploitation grimpe beaucoup plus rapidement, de 19,5% à 96,06 MDT.
Une performance qui confirme la capacité du groupe à préserver ses marges dans un environnement économique pourtant loin d’être facile.
Mais les comptes semestriels racontent aussi une deuxième histoire.
- Une accumulation de dossiers qui mérite attention
La SFBT fait actuellement face à plusieurs dossiers fiscaux, sociaux, douaniers et concurrentiels.
Deux des principaux contentieux fiscaux concernent les exercices 2019 et 2017. Le premier représente une taxation d’office de quelque 36 MDT, tandis que le second porte sur environ 9,3 MDT. Ces dossiers font l’objet de procédures judiciaires et d’expertises, avec des audiences prévues en octobre 2026.
À cela s’ajoute un redressement CNSS d’environ 1,59 MDT, ainsi qu’un dossier douanier portant sur 11,5 MDT au titre du rapatriement de recettes d’exportation. Sur ce dernier dossier, la société indique avoir conclu une conciliation et mis en place un règlement échelonné.
Et ce n’est pas tout.
La SFBT est également concernée par la décision du Conseil de la concurrence portant sur une amende de 12,995 MDT pour la société, dans le cadre d’une décision de première instance visant le groupe à hauteur de 19,985 MDT. La société a indiqué avoir fait appel.
Enfin, une nouvelle vérification fiscale approfondie couvrant les exercices 2021 à 2024 est en cours depuis 2026.
Autrement dit, le sujet n’est plus celui d’un contentieux isolé, mais celui d’une cartographie de risques devenue particulièrement dense.
- Pas de quoi ébranler la forteresse financière
Il serait toutefois excessif de transformer ces dossiers en menace existentielle pour la SFBT.
Les chiffres racontent exactement l’inverse.
Les capitaux propres demeurent très élevés. À fin 2025, ils dépassaient le milliard de dinars et représentaient environ 75,7% du total du bilan. La société disposait également d’une trésorerie nette particulièrement confortable et de quasiment aucun endettement bancaire significatif.
Au premier semestre 2026, les provisions pour risques et charges atteignent 33,19 MDT.
La direction de la société précise par ailleurs qu’une partie des montants réclamés a déjà été réglée et que certaines pénalités ont été abandonnées dans le cadre de l’amnistie fiscale. Selon son propre calcul, l’exposition résiduelle des principaux dossiers concernés ressort à environ 41,5 MDT, dont 33,19 MDT provisionnés.
La nuance est importante.
Il ne s’agit donc pas de dire que la SFBT serait financièrement fragilisée par ses contentieux. Elle ne l’est manifestement pas.
La véritable question est ailleurs.
- Le risque n’est pas financier, il est aussi institutionnel
Pour une entreprise de cette taille, la multiplication des contrôles et procédures pose une question plus large : celle de la relation entre un acteur économique dominant et les différentes administrations chargées de contrôler son activité.
Fiscalité, douane, sécurité sociale, concurrence : les fronts sont multiples.
Et lorsque le Conseil de la concurrence intervient pour abus de position dominante, le dossier dépasse le simple calcul d’une amende. Il touche à la structure même du marché et à la place occupée par le groupe dans l’économie tunisienne.
C’est précisément cette dimension qui mérite d’être suivie.
Car la SFBT n’est pas une entreprise comme les autres.
C’est l’un des groupes industriels les plus puissants du pays, un acteur majeur de l’agroalimentaire, un important contributeur fiscal et une valeur phare de la Bourse de Tunis.
Sa situation mérite donc une lecture qui dépasse les seuls résultats trimestriels.
- 185 MDT de bénéfice : le chiffre qui cache une autre réalité
Le paradoxe est finalement là.
La SFBT peut simultanément afficher 185 MDT de bénéfice en six mois, investir massivement — les décaissements consacrés aux immobilisations ont atteint 48,4 MDT au premier semestre contre 13,6 MDT un an auparavant — et devoir gérer plusieurs dossiers judiciaires et administratifs.
C’est toute la difficulté de la lecture financière d’un grand groupe : un excellent compte de résultat ne signifie pas l’absence de risques.
Les investisseurs regardent le bénéfice.
Les commissaires aux comptes regardent les engagements et les risques.
L’administration regarde les déclarations et les obligations.
Le Conseil de la concurrence regarde le marché.
Et le juge, lui, tranchera certains des dossiers les plus sensibles.
- Le 7 octobre, premier rendez-vous
Deux procédures fiscales importantes doivent connaître une nouvelle étape judiciaire en octobre.
Le rendez-vous sera donc particulièrement suivi.
Non pas parce que la survie financière de la SFBT serait en jeu — elle ne l’est clairement pas au regard de ses fondamentaux — mais parce que ces procédures permettront de mesurer concrètement l’écart entre les réclamations initiales de l’administration et les montants finalement retenus.
- C’est là que se trouve le véritable enjeu.
Pour la SFBT, la priorité sera désormais double : continuer à produire des résultats record tout en réduisant progressivement son exposition aux risques fiscaux, douaniers et concurrentiels.
Car pour une entreprise qui dispose d’une telle puissance financière, le prochain défi n’est peut-être plus de gagner davantage.
C’est de rendre son environnement juridique et réglementaire aussi robuste que son bilan.
Et c’est probablement là que se jouera la prochaine étape de l’histoire de la SFBT.




