Sonia Zoghlami, l’architecte discrète de la finance inclusive

Tunis – Univers News. Haute fonctionnaire du ministère des Finances et présidente du conseil d’administration de l’Autorité de contrôle de la microfinance, Sonia Zoghlami œuvre, loin des projecteurs, à rapprocher le crédit de ceux qui en ont le plus besoin : petits entrepreneurs, femmes porteuses de projets et régions de l’intérieur.
Dans l’administration tunisienne, certaines figures pèsent davantage par leurs dossiers que par leurs apparitions publiques. Sonia Zoghlami est de celles-là. Son nom fait rarement les gros titres, mais il revient dès qu’il est question d’orienter l’argent vers l’économie réelle.
Une carrière forgée au cœur du ministère des Finances
C’est au ministère des Finances qu’elle a bâti l’essentiel de son parcours. Directrice générale des finances dès 2018, elle occupe aujourd’hui le poste de directrice générale du financement. Une position à la fois d’observation et d’action : le financement des PME, de l’agriculture et du logement, la réglementation des établissements financiers et l’élargissement de l’accès au crédit relèvent de son périmètre.
Autant de chantiers qui touchent directement au quotidien des entreprises et des ménages, et qui exigent de concilier rigueur budgétaire et soutien à l’investissement.
L’inclusion financière, fil rouge d’un parcours
S’il fallait retenir un thème de sa trajectoire, ce serait celui-là. En 2018, elle prenait la parole lors d’un forum consacré au développement de la finance inclusive en Tunisie. En 2022, elle contribuait à l’évaluation de la Stratégie nationale d’inclusion financière, l’un des grands chantiers de réforme du secteur.
Derrière ces engagements, une conviction : un système financier ne remplit pleinement son rôle que s’il atteint aussi ceux qu’il laisse habituellement de côté. Le jeune qui veut lancer son activité, l’artisane d’une ville de l’intérieur, l’agriculteur qui n’a pas de garanties à offrir à une banque.
À la tête du conseil du régulateur de la microfinance
En septembre 2023, un arrêté du ministère des Finances la nomme présidente du conseil d’administration de l’Autorité de contrôle de la microfinance (ACM). Elle connaissait déjà l’institution, où elle siégeait auparavant comme représentante du ministère des Finances.
Le rôle de l’ACM, créée en 2011 dans le cadre de la refonte du secteur, est loin d’être symbolique. Elle intervient dans la procédure d’agrément des institutions de microfinance et dispose de pouvoirs disciplinaires pour faire respecter la réglementation. Dans un secteur où la protection des emprunteurs et la solidité des institutions doivent avancer de pair, la gouvernance du régulateur est un enjeu de premier plan.
Sidi Bouzid, Kasserine : la finance à hauteur de territoire
Ses récents déplacements à Sidi Bouzid et à Kasserine en disent long sur sa vision. Dans ces gouvernorats du Centre-Ouest, où le chômage des jeunes reste élevé et où l’accès au crédit bancaire demeure difficile, elle a mis l’accent sur la finance à impact et l’entrepreneuriat féminin.
Le choix de ces régions n’a rien d’anodin : c’est là que la microfinance montre le mieux sa capacité à transformer une idée en activité, et une activité en revenu.
Une voix qui compte pour la suite
Au croisement de la politique publique de financement et de la supervision de la microfinance, Sonia Zoghlami occupe une position rare : elle contribue à fixer les règles tout en mesurant leurs effets sur le terrain. Une double lecture précieuse au moment où la Tunisie cherche à mobiliser toutes ses ressources pour relancer l’investissement et l’emploi.
Son ambition tient en une idée : faire du crédit un levier d’initiative plutôt qu’un privilège, au service d’un système financier plus inclusif, plus accessible et mieux connecté à l’économie réelle.
Mourad Ben Hamadi



