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UGTT : Entre le poids de la crise et l’urgence d’une refonte interne

UniversNews – Le fossé n’a jamais semblé aussi abyssal entre le slogan historique « l’UGTT est la plus grande force du pays » et la réalité brutale d’un déficit financier vertigineux de 60 millions de dinars. Pour le nouveau Bureau exécutif, dirigé par Slah Eddine Selmi, la mission dépasse la simple gestion syndicale : il s’agit de sauver une organisation en pleine zone de turbulences.
​Le congrès de Monastir, qualifié par de nombreux observateurs de congrès de « sauvetage de l’épave », s’est achevé sans qu’un véritable dialogue de fond sur les visions et les projets d’avenir n’ait eu lieu. Si, par le passé, l’UGTT se soudait face aux confrontations directes avec le pouvoir politique, la crise actuelle est d’une nature différente. Nous faisons face à une confrontation « liquide » : pas de poursuites judiciaires massives ni de choc frontal capable de remobiliser les bases. À cela s’ajoute un désintérêt relatif des soutiens internationaux, occupés par d’autres priorités mondiales.

​Une organisation isolée face à ses erreurs

​L’affaiblissement des partis politiques, qui utilisaient autrefois la centrale syndicale comme un rempart ou un levier de visibilité, laisse aujourd’hui l’organisation isolée. L’UGTT doit désormais assumer seule les conséquences d’une gestion passée où « l’erreur de la prolongation » des mandats n’était que la partie émergée de l’iceberg.
​Les divisions sans précédent au sein du précédent Bureau exécutif ont mis en lumière la prédominance des calculs personnels et idéologiques sur l’intérêt syndical. Le discours de fermeté, symbolisé par les menaces de grève générale, s’est effrité, notamment lorsque ces dernières ont été sacrifiées pour préserver la position de l’ancien Secrétaire général, Noureddine Taboubi. Résultat : une perte de crédibilité, un rayonnement amoindri et une crise financière que la fin du prélèvement automatique des cotisations par le gouvernement ne suffit pas à expliquer. C’est bien un défaut de planification et une gestion opaque qu’il faut aujourd’hui remettre en question.

​Le nouveau Bureau : Changement de visages ou changement d’ère ?

​Certes, le renouvellement des membres du Bureau exécutif atteint les 80 %, incluant des représentants de secteurs et de régions clés. Cependant, ce renouvellement quantitatif suffit-il à produire un nouveau discours syndical ?
​Plusieurs indices incitent à la prudence. La présence de retraités au sein de la direction d’une organisation censée représenter les travailleurs actifs pose question. De plus, le revirement du nouveau Secrétaire général, Slah Eddine Selmi — qui appelait autrefois au départ de tous les membres de l’ancienne équipe avant de s’engager lui-même dans la course électorale — entame sa crédibilité initiale. Pour la « minorité syndicale », les arrangements du congrès de Monastir portent encore l’empreinte de la « machine » Taboubi, cherchant à garantir une protection post-mandat.

​Des signaux ambigus

Dès sa prise de fonction, Slah Eddine Selmi a axé ses premières déclarations sur le rétablissement du prélèvement des cotisations à la source. Si ce droit est légitime sur le plan théorique, ce choix de communication est perçu par beaucoup comme un signal négatif : celui d’une continuité dans une approche purement matérielle, alors que le capital militant et moral de l’organisation s’érode.
Slah Eddine Selmi parviendra-t-il à rectifier le tir et à remettre l’UGTT sur les rails de la correction ? La question reste entière. Le nouveau bureau exécutif a désormais la lourde tâche de prouver qu’il ne se contentera pas de réformes de forme, mais qu’il est prêt à opérer la rupture nécessaire avec les erreurs du passé.

KS

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