
L’UIB est-elle encore pilotée dans une logique de développement local… ou dans une logique de gestion de portefeuille d’un groupe international ?
Kamel Néji : une présidence qui, de facto, conserverait les réflexes — et parfois les prérogatives — d’une direction générale.
la Société Générale diligente et transmet un rapport d’inspection ciblant directement Kamel Néji.
Les deux groupes Bouchamaoui et Maghribia ne sont plus représentés au CA suite à une révision du Code de gouvernance de la banque imposée par la société générale actionnaire de référence.
UniversNews – La tension est désormais publique. À Union Internationale de Banques, la fracture entre gouvernance, actionnaire majoritaire et représentants des minoritaires éclate au grand jour.
Au cœur de la tourmente : Tahar Ben Hatira, administrateur représentant les actionnaires minoritaires, figure très proche de l’ancien DG puis PCA Kamel Néji, qui sort de son silence pour dénoncer ce qu’il considère comme une dérive grave dans la gestion et la gouvernance de l’établissement.
- Un modèle à bout de souffle ?
Depuis le départ, en août 2025, de Kamel Néji qui avait dirigé, effectivement la banque pendant près de deux décennies l’UIB semble traverser une zone de turbulence stratégique.
Le diagnostic dressé par Ben Hatira est sans appel :
« L’outil informatique est obsolète, le modèle est essoufflé. »
Derrière cette formule, une critique plus profonde : celle d’un retard structurel face aux mutations du secteur bancaire. Digitalisation inachevée, processus encore largement manuels — notamment en matière de recouvrement — et absence de rupture technologique.
Les indicateurs, selon lui, confirment cette dégradation :
- Produit Net Bancaire en recul
- Pression sur la marge d’intérêt
- Dégradation du coefficient d’exploitation
Autant de signaux qui traduisent, dans son analyse, une perte de compétitivité progressive dans un environnement bancaire en pleine transformation.
- Une gouvernance brouillée au sommet
Un autre point soulevé en filigrane dans cette crise concerne le rôle de Kamel Néji, en tant que Président du Conseil d’administration. D’ailleurs le rapport d’inspection approfondie effectuée ces derniers mois par la société générale implique cette gestion et dénonce des pratiques illégales.
Pour Hatira, c’est la personne de Kamel Néji qui est visée par le groupe français.
Sa position interroge sur le plan de la gouvernance. Selon plusieurs observations concordantes, il continuait à s’impliquer de manière significative dans la gestion opérationnelle et dans toutes les décisions stratégiques, brouillant ainsi la frontière pourtant essentielle entre les fonctions de supervision (Conseil) et d’exécution (Direction générale).
Cette situation alimente un risque de confusion des rôles et fragilise le principe fondamental de séparation des pouvoirs, pilier des bonnes pratiques de gouvernance bancaire.
En d’autres termes, derrière la crise actuelle se dessine aussi une question sensible : celle d’une présidence qui, de facto, conserverait les réflexes — et parfois les prérogatives — d’une direction générale.
- Gouvernance sous tension : le point de rupture
La crise a franchi un cap lors du Conseil d’administration du 6 février 2026.
En cause : une révision du code de gouvernance jugée irrégulière par l’administrateur, qui estime que cette initiative relève exclusivement du Conseil et non de la direction exécutive.
Cette révision manœuvré par la Société Générale, actionnaire de référence a conduit à l’éviction de partenaires historiques. En effet, les groupes Bouchamaoui et Maghribia ne sont plus représentés au Conseil d’administration. Cette mise à l’écart est perçue par les observateurs comme une rupture du pacte de confiance historique. En éliminant ces voix locales, le groupe français s’affranchit des contre-pouvoirs nationaux pour instaurer une gestion purement « portefeuille », déconnectée des spécificités et des besoins du marché tunisien.
Mais le véritable nœud du conflit est ailleurs.
Selon Ben Hatira, la nouvelle configuration du Conseil permettrait à Société Générale, actionnaire majoritaire, de nommer jusqu’à 9 administrateurs sur 12 — un niveau de contrôle assimilé à une prise de pouvoir totale.
Pour les minoritaires, cette évolution pose une question centrale : où s’arrête la légitimité de l’actionnaire majoritaire et où commence l’abus de pouvoir ?
- Abus de majorité et crispation sur les nominations
Le ton monte encore d’un cran lorsque Ben Hatira évoque des pratiques qu’il qualifie explicitement d’« abus de majorité ».
Dans sa ligne de mire :
- La volonté d’imposer un Directeur Général expatrié
- La marginalisation des compétences locales
- Une nomination controversée au poste de Directeur de la stratégie
Cette dernière, assortie d’une rémunération annuelle avoisinant 1,2 Million de dinars, cristallise les critiques. Pour l’administrateur, le décalage entre cette rémunération et la performance actuelle de la banque alimente un sentiment d’injustice et de perte de repères.
Il va plus loin, évoquant un mépris des équilibres internes et des recommandations du régulateur.
- Le régulateur en arbitre ?
Face à ce qu’il considère comme une dérive, Ben Hatira annonce vouloir saisir les autorités.
Deux institutions sont directement concernées :
- Banque Centrale de Tunisie
- Conseil du Marché Financier
L’enjeu dépasse désormais le simple cadre interne de la banque. Il s’agit de tester la capacité du régulateur à arbitrer un conflit classique mais sensible dans les marchés émergents :
la protection des minoritaires face à un actionnaire de référence dominant.
- Une crise révélatrice d’un malaise plus profond
Au-delà du cas UIB, cette crise met en lumière des fragilités structurelles :
- Gouvernance des filiales de groupes étrangers
- Équilibre entre contrôle capitalistique et ancrage local
- Capacité d’adaptation technologique des banques tunisiennes
Car derrière l’affrontement actuel se dessine une question stratégique majeure : l’UIB est-elle encore pilotée dans une logique de développement local… ou dans une logique de gestion de portefeuille d’un groupe international ?
Contactée par Univers News pour savoir la position de la Banque, la direction de l’UIB a affirmé ne pas avoir été officiellement informée de la démarche de Tahar Ben Hatira. Dans une volonté manifeste de reprendre l’initiative, la banque a promis à notre rédaction une interview exclusive avec son nouveau Directeur Général, Pierre Le Run.



