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Tunisie-Algérie-Europe : Le Transmed au cœur d’un nouveau contrat de souveraineté

UniversNews – ​La géographie n’est pas seulement une donnée cartographique ; elle est, pour la Tunisie, un actif stratégique de premier plan. Au centre de cette architecture se trouve le gazoduc Trans-Mediterranean (Transmed), une artère de 2 475 km reliant les gisements de Hassi R’mel à la Sicile. Avec une capacité de transit annuelle de 30,2 milliards de m³ — extensible à 40 milliards — ce pipeline est devenu le pilier de la sécurité énergétique de l’Italie, qui a importé environ 20,1 milliards de m³ via ce canal en 2025, couvrant 36 % de ses besoins. Pour la Tunisie, ce rôle de pivot ne peut plus se contenter d’un cadre technique obsolète.

​La revalorisation de la redevance : un impératif de souveraineté

​Le dossier de la redevance gazière est le premier levier de cette renégociation. Le taux actuel de 5,25 %, relique d’un accord de 2019, a généré environ 1,25 milliard de dinars de recettes pour l’État tunisien en 2025. Cependant, ce montant reste déconnecté de la réalité d’un marché européen où le prix TTF a fluctué autour de 50 €/MWh début 2026.

​La Tunisie est en droit d’exiger le passage à une redevance de 8 %. Une telle hausse, indexée sur les cours réels, pourrait porter les recettes annuelles vers le seuil des 2 milliards de dinars. Ce « Droit de Souveraineté » n’est pas une simple taxe, mais un mécanisme de financement vital pour un budget national qui fait face à un besoin de financement de 8 milliards de dollars en 2026, exacerbé par un prix du baril de pétrole (Brent) oscillant autour de 113 dollars, bien loin des 63 dollars prévus initialement.

​Le nexus énergie-eau : sécuriser le Sahara

​La souveraineté énergétique est indissociable de la sécurité hydraulique. Le Sahara tunisien repose sur le Système Aquifère du Sahara Septentrional (SASS), une nappe fossile de 40 000 milliards de m³ partagée avec l’Algérie et la Libye. Actuellement, les prélèvements régionaux atteignent 2,7 milliards de m³ par an, provoquant une baisse continue des niveaux piézométriques.

​La renégociation du Transmed doit inclure des quotas d’extraction garantis et un soutien technologique pour l’exploitation durable de la nappe de l’Albien. Sans une gestion concertée de cette « bombe nucléaire géologique », le développement agricole du Sud tunisien — vital pour fixer les populations — reste illusoire. L’eau est ici le corollaire de l’énergie : sécuriser le gaz vers le Nord doit permettre de sécuriser l’eau pour le Sud.

​La politique comme moteur des accords gaziers

​L’énergie est le bras armé de la diplomatie. Entre Tunis et Alger, les accords gaziers reflètent une relation de dépendance mutuelle. Pour l’Algérie, la Tunisie est le corridor le plus sûr et le plus rentable vers son premier client européen, l’Italie (échanges bilatéraux de 13 milliards d’euros en 2025). Pour la Tunisie, cette proximité politique doit se traduire par une solidarité énergétique accrue, notamment lors des pics de consommation estivaux où la demande électrique nationale met à mal la balance des paiements. La diplomatie gazière actuelle doit transformer la Tunisie d’un simple « pays de transit » en un partenaire stratégique de co-développement.

​Le co-développement frontalier contre l’instabilité

​La sécurité du transit dépend de la prospérité des zones frontalières. L’économie informelle et la contrebande prospèrent là où l’investissement fait défaut. Un programme de co-développement, soutenu par des fonds européens de stabilité, doit viser la création d’emplois massifs pour les 15,2 % de chômeurs que compte le pays (chiffres fin 2025). En investissant dans la transformation des économies locales du Nord-Ouest au Grand Sud, on réduit les risques sécuritaires pesant sur les infrastructures de transport d’énergie, transformant la frontière en une zone de croissance formelle.

​Vers une intégration aux mécanismes financiers européens

​Enfin, en tant que garant de la sécurité énergétique du Nord, la Tunisie doit prétendre à un statut d’exception. Cela implique l’éligibilité aux fonds de cohésion de l’UE et un démantèlement complet des barrières tarifaires. En 2025, le déficit de la balance courante s’est creusé à 2,5 % du PIB. Une intégration aux mécanismes de l’UE permettrait d’alléger cette pression.

​L’histoire nous rappelle que la sécurité de l’Europe a souvent commencé en Tunisie, du débarquement de Sicile en 1943 à l’héroïsme à Monte Cassino. Ignorer l’urgence économique tunisienne aujourd’hui reviendrait à fragiliser le maillon central de la chaîne énergétique méditerranéenne. Cette renégociation est le socle d’un nouveau contrat de confiance où la géographie tunisienne est reconnue comme un actif stratégique au service de la prospérité régionale.

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